n°1179 avril 2006
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Actualité Démographie Photo de classe
L’Ordre a présenté le 23 mars les résultats de son panorama annuel de la démographie pharmaceutique. Un état des lieux arrêté au 1er janvier, qui livre dans le détail la physionomie de la profession.
C’est un exercice désormais traditionnel, mais que l’on ne raterait sous aucun prétexte. Le Conseil national de l’Ordre publie chaque année une véritable radiographie de la profession, et révèle les détails les plus intimes de l’anatomie officinale, et, au-delà, de l’ensemble des sections représentées à l’Ordre. Qui êtes-vous ? Où exercez-vous ? Sous quelle forme ? En répondant à ces questions, cette enquête annuelle dessine, année après année, le portrait d’une profession en constante mutation.

Succession assurée… jusqu’à quand ?

Une bonne nouvelle pour commencer : Jean Parrot, président du conseil national, a indiqué qu'il avait reçu l'assurance du ministère de la Santé que le numerus clausus des étudiants admis à passer en deuxième année des études pharmaceutiques serait fixé à 3 000 pour 2006, contre 2 790 précédemment. L’Ordre avait réclamé cette mesure dès 2002 en se référant à une étude prospective portant sur les vingt prochaines années, et confirmée depuis par une étude de la Direction de la recherche des études et de l’évaluation (Drees). En quinze ans, la structure d’âge de la population des phar maciens inscrits à l’Ordre s’est profondément modifiée. Sans ce relèvement du numerus clausus, les 25 444 inscrits situés dans la tranche d’âge 45-54 ans n’auraient eu, au mieux, que 24 000 à 25 000 successeurs. Une pénurie qui tomberait on ne peut plus mal : « l’activité pharmaceutique devra être renforcée pour faire face à de nombreux défis sanitaires nouveaux : vieillissement de la population qui demandera un développement du maintien à domicile ; baisse de la démographie médicale, et surtout une répartition très inégale sur le territoire alors qu’il faudra assurer un suivi efficace des malades atteints de pathologies chroniques ». Les auteurs de l’étude relèvent en outre que « la mise en oeuvre d’une réelle politique d’éducation pour la santé va aussi nécessiter plus de professionnels de santé, dont des pharmaciens ».
D’où cette mise au point de Jean Parrot, président du Cnop : « Nous avons de forts besoins en renouvellement, et l’on doit plaider auprès de nos tutelles pour aller au-delà des 3 000 ». Seulement, analyse-t-il, « ce sera difficile car la tendance naturelle des pouvoirs publics, et notamment de Bercy, est de voir dans nos confrères des offreurs, mais aussi des sources potentielles de dépenses ». Eternel débat… Pour l’heure, l'Ordre entend demander un numerus clausus de 3 500 pour 2007 et les quelques années suivantes, « quota qui devra être relevé à mesure que la profession pharmaceutique croît ».

Envie de pharmacie

Autre point positif, les diplômés sont de plus en plus nombreux à vouloir exercer leur métier, et le taux de croissance des inscriptions à l’Ordre (+ 1,75 %) « est principalement dû à la diminution très marquée du nombre des nouveaux diplômés qui n’exercent pas – seulement 10%– alors qu’elle se chiffrait à 20 % en moyenne ces dernières années, analyse Jean-Luc Audhoui, trésorier de l’Ordre : les jeunes diplômés veulent exercer la pharmacie ».
Du côté des titulaires, on continue d’observer un ralentissement de la féminisation des troupes, poursuivie à un rythme soutenu durant les décennies soixante-dix et quatre-vingt. Fin 2005, la proportion des femmes s’établissait à 53,94 % (contre 81,72 % chez les adjoints).
La section A (titulaires d'officine) a progressé de 0,5 % à 28 110 inscrits pour 22 610 officines. Au cours de l'année, neuf officines ont été créées et soixante sept ont fermé.

Toujours plus de SEL

Pour le reste, les grandes évolutions observées les années précédentes dans la structure des officines se sont poursuivies en 2005. L'Ordre a ainsi noté un plus grand nombre de diplômés par officine : un tiers des officines comprennent trois pharmaciens ou plus et 22 % comptent un seul pharmacien, ce qui présente une inversion par rapport aux chiffres de 1998, où un tiers des officines ne comprenaient qu'un seul pharmacien. De même, 2005 a de nouveau été marquée par une très forte croissance des sociétés d'exercice libéral (SEL), qui ont progressé de 40 % par rapport à fin 2004. Elles concernaient fin 2005 pas moins de 2 057 officines. Les SEL représentent 9 % du total des officines et sont particulièrement présentes dans certaines régions, telles que la Basse-Normandie (21,3 % des officines), l'Alsace (21,2 %) et la Lorraine (19,3 %). Au vu de cette progression, « on peut envisager dans quelques années, prévoit Jean-Luc Audhoui, un nombre de SEL égal à celui des SNC ». Une évolution lourde d’enjeux, et que suivent à la loupe l’Ordre et les syndicats…

Laurent Gainza
Illustration Ordre des pharmaciens
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LE RÉSEAU SOUS SURVEILLANCE
« Nous sommes les seuls professionnels à offrir une répartition harmonieuse sur l’ensemble du territoire, et ce maillage territorial est très apprécié de la population », analyse Isabelle Adenot, présidente de la section A de l’Ordre. « Néanmoins, nous sommes inquiets car nous dépendons étroitement des autres professionnels de santé, et notamment des prescripteurs. Or, ces derniers, ne veulent plus exercer dans les zones très rurales ». C’est pourquoi l’Ordre a développé un logiciel de cartographie très puissant, afin de recenser ces disparités, et permettre aux officinaux de mieux connaître leur environnement pour pouvoir y adapter leur exercice (disponible sur son site Internet http://www.ordre.pharmacien.fr/fr/bleu/index3.htm). Pour chaque département sont détaillés le nombre d'officines, le nombre de médecins généralistes, l'évolution de la population ou encore son vieillissement. On constate ainsi, dans certains départements comme la Creuse ou la Nièvre, de véritables hémorragies démographiques. « A terme, pronostique Jean Parrot, c’est la catastrophe assurée ! ». « Il faut, recommande le président de l’Ordre, que les pharmaciens soient prospectifs ». Cette carte, qui sera actualisée chaque année, devrait les y aider.