n°1179 avril 2006
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Actualité Edito Enquête à charge

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Après les douloureuses mesures contenues dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2006, les baisses de prix et les plafonnements des prix de vente sur la LPPR, la série noire continue pour la profession avec un article au vitriol du magazine Que choisir, qui fait peser de lourds soupçons sur la probité des pharmaciens. On ne pourra d’ailleurs s’empêcher de penser que cette enquête tombe fort à propos, au moment où des déremboursements massifs entrent en application, un peu comme si la revue voulait mettre en garde son lectorat vis-à-vis d’une profession toujours plus avide de bénéfices engrangés sur le dos de la collectivité.
Les disparités de prix relevées, ainsi que celles qui ne manqueront pas d’être pointées en raison des déremboursements massifs que l’on connaît aujourd’hui, ne sont pas, et de loin, notre fait exclusif ! L’orientation qui nous est aujourd’hui imposée a pour effet de provoquer une déréglementation du marché en transférant de la puissance publique vers l’industrie pharmaceutique la gestion des prix des médicaments traitant le petit risque. Le précédent système - qui garantissait aux fabricants un contrat prix-volume avec des prix bloqués – n’existe plus, ce qui a mécaniquement provoqué une hausse des prix. Nous sommes quant à nous pris en tenailles entre nos contraintes de référencement et les conditions commerciales qui nous sont consenties selon le canal d’approvisionnement choisi. Il est ici opportun de rappeler que la FSPF, lors du classement en SMRI de ces spécialités, avait prôné de conserver des prix administrés avec un remboursement à taux zéro. Une telle mesure, si elle avait été acceptée, aurait eu pour effet de maintenir des prix modérés et homogènes qui ne portent pas préjudice aux patients.
En outre, au lieu de comparer arbitrairement une dizaine de produits comme le font les auteurs de l’enquête, il aurait été beaucoup plus judicieux de comparer les coûts de traitement des pathologies, car chacun d’entre nous, dans ses choix de gammes de produits, dispose d’équivalents moins onéreux que ceux qui lui sont imposés par un client mystère... Mais l’article n’aurait sans doute pas été aussi percutant !
Enfin, non content de dénoncer de prétendues dérives commerciales, le magazine reprend à son compte le vieux serpent de mer de la rémunération des pharmaciens à l’honoraire, censée résoudre aussi bien l’inflation des prix que la qualité de l’acte pharmaceutique. C’est oublier bien vite que le médicament remboursable, qui représente l’essentiel du chiffre d’affaires de nos officines, est amplement régulé par l’Etat... En outre, la marge officinale sur le remboursé n’est pas simplement proportionnelle mais comprend déjà une part d’honoraire.
Il est facile, et dans l’air du temps, de dénoncer le mercantilisme éhonté des pharmaciens. Encore faut-il, quand on entreprend d’enquêter sur notre activité, prendre la peine de nous interroger sur les contraintes que nous avons à gérer. Une instruction menée exclusivement à charge permet rarement de faire éclater la vérité.

Philippe Berthelot
Directeur de la rédaction