n°1179
avril 2006
Actualité
Génériques
Sprint vers les 70 %
Déjà trois points de plus pour le générique. Pharmaciens en tête, tout le monde se mobilise pour remporter la victoire d’étape courant juin.
La Cnam est souvent apôtre de la modération. Elle n’en a pas moins adressé un satisfecit clair aux pharmaciens quant à l’évolution du taux de substitution générique. La profession « semble se mobiliser sur le sujet. Il convient de noter que depuis la signature de l’accord, le taux de génériques a déjà augmenté de plus de trois points en moins de deux mois », félicitait-elle le 9 mars dernier lors d’un point d’information. Autant dire que les officinaux sont allés deux fois plus vite que prévu. Arrivé à 64,8 % à la mi-février, le taux de substitution a donc fait un départ canon suite à l’accord signé le 5 janvier entre Assurance maladie et syndicats de pharmaciens.
Instruction civique
Rappelons que l’objectif est de 70 % de pénétration avant la fin de cette année. Si le rythme se maintient, les délais devraient être tenus, ce qui permettrait à la Cnam d’engranger 100 millions d’économies supplémentaires. A la fin de l’année, le taux de substitution sera calculé sur les chiffres de décembre. Et à mi-chemin, soit dès le mois de juin prochain, il devra déjà avoir été porté à 66 %. « Les pharmaciens ont apparemment compris l’enjeu, on espère qu’ils vont continuer dans ce sens », se félicite Jean-Marc Yzermann, conseiller économique à la FSPF. Du côté des génériqueurs, l’heure est également à l’optimisme, comme le confirme Hubert Olivier, vice-président du Gemme : « les premiers résultats de la Cnam sont encourageants mais il faudrait qu’elle aide plus les pharmaciens, en couplant les courriers de relance aux patients qui consomment peu de génériques à une campagne de communication radiotélévisée ». Même si une campagne similaire à celle de 2003 n’est pas encore prévue, la Sécu n’a pas pour autant oublié sa part du travail : elle fait feu de tout bois pour convaincre les Français de passer au générique. 500 000 nouveaux assurés recevront dès la mi-mars une lettre de relance les incitant à en accepter, ce qui fait suite à une première salve lancée dès la fin de l’année dernière, qui avait déjà ciblé 267 000 réticents. Opération apparemment couronnée de succès : la Cnam se félicite du comportement de ces usagers « faibles consommateurs de génériques ». Elle a obtenu de bons résultats avec le Mopral (oméprazole), l’Hyperium (rilménidine) et le Séropram (citalopram). Plus de 40 % des personnes démarchées auraient changé de comportement pour ces trois molécules. Egalement à son tableau d’honneur : cinq départements dont les assurés se sont montrés particulièrement civiques, suite à la réception de ces courriers : l’Ardèche, les Alpes-de- Haute-Provence, l’Hérault, l’Yonne et la Seine-et-Marne, qui peuvent se targuer de presque 50 % de taux de « changement de comportement ».
Efforts à doser
Quand l’Assurance maladie se met au marketing direct, elle ne fait pas les choses à moitié. Rappelons que tous les pharmaciens et les médecins de France ont eu droit à une rencontre avec les émissaires de la Cnam chargés de la promotion du générique. Les 54 000 généralistes ont ainsi été visités dans le courant de l’année dernière, ainsi que les 23 000 officines du territoire, chiffres individuels de substitution en main. De quoi insuffler encore plus de vie à un marché déjà très dynamique : les médicaments génériques connaissent depuis trois ans une croissance exponentielle : de 38,7 % en 2002, leur part est passée à 61,4 % l’année dernière. Et au dernier relevé de mi-février 2006, il a donc atteint 64,8 %, d’où le satisfecit de la Cnam. « Il faudrait être au-delà de 66 % à fin juin, toute avance est bonne à prendre pour atteindre l’objectif. D’autant que plus les pharmaciens sont mobilisés, plus on montre notre implication, moins les futures mesures d’économies nous concerneront », analyse Jean-Marc Yzermann. Dans le baromètre des vingt molécules sous la loupe des pouvoirs publics, certaines se comportent très bien – la rilménidine a déjà dépassé son objectif de 60 % – d’autres nécessiteront d’intensifier l’effort de substitution pour parvenir à l’objectif. La gabapentine est, par exemple, encore un peu à la traîne : avec seulement 15,7 % de génériques, l’objectif des 40 % est encore loin. Il faut dire que la molécule partait de bas : 4,2 % en juillet 2005…
Qui est « in », qui est « out » ?
2006 réservera de plus quelques entrées majeures au Répertoire, qui « pèse trois milliards d’euros actuellement, estime Hubert Olivier, l’élargissement en 2006 représentera 850 millions d’euros, soit près d’un tiers en plus ». La pravastatine est l’une de ces grosses molécules bientôt génériquables. La Sécu en attend 60 % de substitution dès la fin de l’année : elle fera partie du baromètre de suivi de l’objectif 70 %. « Le taux de substitution de 60 % peut être atteint en deux ou trois mois pour ces molécules. Ce qui veut dire qu’à court terme, ces grosses sorties font en moyenne baisser les taux, mais elles génèrent plus d’économies », prévientil. Devant toutes ces échéances, il est entendu que l’aide des médecins ne sera pas trop : les deux professions vont devoir travailler main dans la main, et l’accord tripartite pourra y contribuer. Les médecins l’ont signé le 3 mars, dans la foulée des revalorisations d’honoraires qu’ils ont obtenues de la Sécu. Cet accord permettra en particulier de favoriser la prescription dans le Répertoire. Espérons qu’ils y mettront plus de coeur qu’à prescrire en DCI… Comme le précise Jean-Marc Yzermann, « si le médecin pousse réellement le malade à consommer des génériques et prescrit dans le Répertoire, les économies attendues seront au rendez-vous ». Et tout le monde sera content.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina
LES DESSOUS DE LA SUBSTITUTION
Avec quatre pharmaciens sur cinq qui génériquent plus d’une boîte sur deux, l’implication des officinaux dans la substitution n’est plus à prouver. Elle n’en devient pas pour autant plus facile. Les objectifs de l’étude Cognito, menée par Celtipharm, étaient de relativiser le poids de la volonté individuelle du pharmacien, de mesurer le poids de l’environnement et l’impact de la structure pharmacie sur l’effort de substitution. Or, les auteurs de l’étude ont eu la bonne surprise de recevoir 12 158 réponses en trois semaines, soit plus d’un pharmacien sur deux. Les résultats partiels, communiqués lors du Medec (le salon de la médecine), laissaient néanmoins apparaître quelques disparités. La Corse occupe par exemple le bas du tableau avec un petit 49 % de substitution, en partie à cause d’une offre très inférieure à la moyenne. Les réseaux commerciaux sont en effet peu développés sur l’Île de beauté.
Autre région à la traîne, l’Île-de-France : la région compte beaucoup de spécialistes traditionnellement moins enclins à autoriser la substitution, ainsi que de nombreuses prescriptions hospitalières jamais libellées en DCI. Autres particularités, un effectif moyen inférieur à la province et un CA plus important. Logiquement, les titulaires interrogés mettent en avant le manque de temps et la difficulté de motiver l’équipe pour proposer du générique aux clients.
L’étude Cognito a également analysé les réactions des officinaux par rapport à trois populations réputées plus rétives aux génériques : les personnes âgées, malvoyantes ou de langue étrangère. Les premières sont citées par plus de 40 % du panel comme « à risques » de le refuser. De manière générale, l’intérêt de la substitution générique a bien pénétré les esprits : 98 % des pharmaciens la plébiscite, que ce soit pour des raisons économiques ou à moins forte raison (55 % au niveau national) pour des raisons civiques, à savoir sauver les comptes de la Sécu.