n°1179 avril 2006
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Actualité Interview Xavier Bertrand nous répond
Pour les pharmaciens, l’année 2006 est celle de tous les défis, mais aussi de toutes les incertitudes. Objectifs génériques, gestion des déremboursements, tarification des dispositifs médicaux, nouvelles missions de santé publique, DMP… Sur tous ces sujets, le ministre de la Santé a accepté de s’exprimer.  Sans détour.

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■ La fin de l'année 2005 a été marquée par une très forte mobilisation de la profession face aux mesures initialement prévues dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2006, notamment les TFR à 24 mois. Comment avez-vous vécu ce conflit, et ressenti cette incompréhension des pharmaciens ?

En 2006, un effort a été demandé à l’ensemble des partenaires du système de santé : les industriels, les médecins, les patients et les pharmaciens. Les résultats des mesures prises depuis deux ans sont là. Le déficit de l’Assurance maladie a été ramené à 8 milliards d’euros. Sans réforme, il aurait atteint 16 milliards. Cette décélération des dépenses n’a été possible et ne se poursuivra que grâce à l’implication de l’ensemble des acteurs, dont les pharmaciens. Cette implication permettra non seulement d’engendrer des économies, mais aussi d’apporter de véritables changements d’habitudes, d’enraciner des comportements permettant d’assurer la meilleure qualité des l’Assurance maladie. Je sais que l’effort est important, mais je tiens à rappeler l’enjeu de la réforme. Il est de sauvegarder notre système de santé, qui repose sur la solidarité puisque nous cotisons selon nos moyens et nous sommes soignés selon nos besoins. Mais il s’agit aussi de l’améliorer pour tenir compte des évolutions démographiques, bien sûr, mais aussi médicales, avec des traitements novateurs coûteux. Il faut orienter l’usage des ressources vers ce qui est le plus efficient et le plus innovant dans le système de santé. Voilà pourquoi j’ai choisi de faire porter l’effort sur la politique du générique, parce que je sais que votre profession peut nous aider à mener à bien l’évolution indispensable de notre système de santé.

■ Les pharmaciens se sont engagés avec l'Uncam sur un objectif ambitieux de progression du marché du générique. Les estimez-vous suffisamment armés pour affronter ce défi ?

Je suis sûr qu’ils sont non seulement armés pour, mais aussi réellement engagés dans la réussite de ce défi. Il faut être clair, le bénéfice en sera partagé entre le pharmacien, avec des marges qui ne le pénalisent pas sur les génériques, et l’Assurance maladie. Les bons résultats des premiers mois de 2006, avec 64,8 % de pénétration des génériques dans le répertoire le montrent. Je suis persuadé que les pharmaciens nous permettront d’atteindre notre objectif de 70 % fin 2006.

■ Une grande campagne publique d'information sur le médicament générique ne serait-elle pas de nature à faciliter la montée en puissance de ce marché ? L'envisagez-vous ?

Je souhaite comme vous une nouvelle campagne publique d’information, même s’il n’y a pas de méconnaissance du générique. Les études montrent que 94 % des assurés savent ce qu’est un générique, ce qui est considérable et montre les progrès accomplis en quelques années. Mais il reste des réticences. « Je suis persuadé que
les pharmaciens nous permettrons d’atteindre notre objectif
de 70 % fin 2006 » 

Certains, qui savent ce qu’est un générique, ont encore du mal à accepter la substitution. Les actions de communication de la Cnamts, ciblées sur les patients qui consomment régulièrement des médicaments génériqués et qui n’ont pas encore accepté la substitution, ont vocation à réduire les incompréhensions. Ces opérations ont été un succès dans les régions dans lesquelles elles ont été menées, puisque près de 40 % des assurés contactés ont modifié leur comportement et accepté la délivrance de génériques.

■ L'accord tripartite pharmaciens/ Uncam/médecins visant à faciliter la substitution générique n'a toujours pas vu le jour, du fait du gel des négociations conventionnelles entre les médecins et l'Assurance maladie. Ce retard est-il, selon vous, de nature à freiner la progression du marché des génériques ?

Cet accord est en cours de négociation et devrait être signé très prochainement. Je reste attaché au développement de l’utilisation des génériques et ne souhaite en aucun cas freiner cette progression.

■ Outre leur objectif générique, les pharmaciens font actuellement face à la complexe mise en place des vignettes oranges. Ne pensez-vous pas que les échéances fixées n'ont pas suffisamment tenu compte des contraintes informatiques, logistiques et administratives du circuit de distribution ?

D’après les informations dont je dispose, cette mise en place s’est finalement faite sans heurts majeurs. Il a fallu aux complémentaires le temps de se positionner sur le remboursement du ticket modérateur des vignettes oranges et, effectivement, un petit temps d’adaptation des systèmes informatiques. Tout est finalement rentré dans l’ordre.

■ Un certain nombre de dispositifs médicaux ont récemment fait l'objet de baisses de prix et d'instauration de prix limite de vente. Cette dernière mesure prive les pharmaciens de marge de manœuvre dans la fixation de leurs prix, et donc de leur marge. Comment envisagez-vous la résolution de ce problème ?

J’ai demandé au Comité économique des produits de santé de porter une attention particulière à la façon dont les fabricants et les distributeurs allaient modifier leur prix à la suite de cette limitation des prix de vente. A terme, le marché devrait amener l’ensemble des composants des prix à des niveaux compatibles avec la survie de tous, fabricant, distributeur et pharmacien, dans le cadre de prix limite de vente. C’est le marché qui va ramener les prix à des niveaux compatibles avec une bonne rémunération de l’ensemble des acteurs. Si cela n’était pas le cas, et si des anomalies persistaient encore dans les semaines qui viennent, le CEPS serait amené à proposer très rapidement des mesures plus contraignantes de fixation des prix de cession ou des marges des grossistes-répartiteurs, ce que je ne souhaite pas pour le moment.

■ Avec les génériques, les produits de médication familiale constituent un important gisement d'économies pour l'Assurance maladie. Pourtant, en France, ce marché peine à progresser. Les pouvoirs publics sont-ils disposés à agir sur ce levier ?

La médication familiale est non seulement une source d’économies, mais c’est aussi un mode de prise en charge important de nombreux troubles de la vie quotidienne. J’ai engagé sur ce sujet une réflexion avec toutes les parties concernées, afin de pouvoir proposer de nouvelles mesures.

■ La réévaluation des médicaments menée par la Haute autorité de santé vous a déjà conduit à revoir à la baisse la prise en charge de nombreuses spécialités. La notion même de Service médical rendu « insuffisant » n'est-elle pas de nature à dissuader les patients d'accorder leur confiance à ces médicaments ?

Ces médicaments sont radiés parce que leur service médical, c’est-à-dire l’amélioration de l’état de santé qu’ils apportent aux patients qui les prennent, a été considéré comme insuffi-sant pour justifier une prise en charge. « Je reste attaché au développement
de l’utilisation des génériques
et ne souhaite en aucun cas freiner cette progression »
 Ceci ne signifie pas qu’ils sont totalement inutiles et qu’ils ne peuvent pas être utilisés dans le cadre d’une automédication éclairée, par des patients qui pensent en retirer un bienfait. Cette notion est, je le reconnais, bien mal traduite par la notion de SMR insuffisant. J’ai demandé que des propositions me soient faites sans délais après la fin de la réévaluation, pour disposer d’un terme moins préjudiciable à l’avenir de ces produits. Il serait par exemple plus juste de dire que leur SMR est faible et que leur prise en charge n’est pas prioritaire.

■ La politique de prise en charge par le régime complémentaire de ces spécialités est-elle à la hauteur de vos espérances ?

Il est sans doute un peu tôt pour dire quels vont être les modes de prise en charge de ces médicaments par les complémentaires. Pour la prise en charge du ticket modérateur des veinotoniques, je crois que les attitudes ont été variables. Certaines complémentaires tirent d’emblée les conclusions de la notion de SMR insuffisant, d’autres préfèrent, comme je l’ai fait, continuer à assurer la prise en charge pendant une période de transition.

■ Les pharmaciens sont appelés à prendre une part croissante dans des actions de prévention, d'éducation sanitaire et de santé publique, à l’exemple du plan grippe aviaire ou de la dispensation des comprimés d'iode autour des sites nucléaires. Quels espoirs fondez-vous sur cette évolution de leurs missions ?

Les pharmaciens sont parmi les professionnels de santé les plus accessibles à l’ensemble des citoyens. A ce titre, ils ont un rôle majeur de prévention, de conseil et d’éducation à jouer. Ils peuvent s’impliquer dans de nombreuses actions, comme la politique de réduction des risques, en nouant des contacts et en apportant des conseils autour de la délivrance de la contraception ou des produits destinés aux usagers de drogue. En cas de crise, ils participent à la dissémination des outils et de l’information pour la protection du public. Par exemple, ils disposeront dans les semaines qui viennent de matériel d’information sur la grippe aviaire.

■ Le Dossier médical personnel constitue l'un des axes principaux du plan de réforme du système de santé que vous conduisez. Dans quelle mesure les pharmaciens prendront-ils part à ce projet ?

Les instances nationales, ordinales et syndicales des pharmaciens témoignent de l’intérêt du DMP. Le dossier médical personnel, dans son volet pharmaceutique, participe de la sécurisation de la dispensation médicamenteuse et de la prévention de la iatrogénie. Le « dossier pharmaceutique du patient » pourra alimenter le volet pharmaceutique du DMP, avec pour objectifs la réduction de l’iatrogénie médicamenteuse, la lutte contre les redondances de soins, l’encouragement à l’observance des traitements, la facilitation du suivi thérapeutique et la lutte contre les abus, notamment les toxicomanies médicamenteuses. Il sera également un outil de sécurisation de la dispensation médicamenteuse pour les pharmaciens. Un travail juridique et technique est en cours afin de confirmer l'articulation entre le dossier pharmaceutique et le DMP. D’ores et déjà, la réflexion s’organise, puisque des pharmaciens d’officine se sont portés volontaires pour participer aux expérimentations du DMP sur les sites pilotes lancées en avril.

Propos recueillis par Laurent Gainza
Photos Miguel Medina