n°1179 avril 2006
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Actualité OTC Interrogations et perspectives
Les déremboursements constituent une opportunité de développer la médication familiale, malgré un contexte peu favorable. Aux pharmaciens d’agir.
Les autorités ont balayé large : la seconde vague de déremboursements concerne 282 spécialités (152 molécules) qui regroupent des classes thérapeutiques entières. L’occasion de remettre les compteurs à zéro dans l’offre de soins médicamenteuse. Pourtant, « ces déremboursements auraient pu constituer une bonne occasion de responsabiliser les différents acteurs, médecins, pharmaciens, patients et pouvoirs publics, sur la prise en charge des pathologies du quotidien », indique Hugues Lecat, P-DG de Sanofi- Aventis OTC. « Mais on ne peut que déplorer le contexte et en particulier l’association de ces médicaments au terme de Service médical rendu insuffisant (SMRI) qui va à l’encontre du développement de l’automédication ; car quand on dit ‘‘insuffisant’’, tout le monde entend inefficace voire inutile. Cette terminologie doit absolument être évitée. Et il aurait été plus judicieux d’annoncer clairement une redéfinition de la politique de prise en charge des médicaments, qui se concentre prioritairement sur les pathologies les plus lourdes. »

Culture du tout remboursé

L’automédication, en France, reste particulièrement frileuse, comme en témoignent les derniers chiffres disponibles*, avec un recul, cette année encore, de la plupart des segments. A l’inverse, on constate au niveau mondial une accélération de la croissance de l’automédication. On peut citer l’exemple de l’Allemagne où la part de l’automédication est toujours en augmentation dans un contexte particulièrement favorable puisque les fabricants de produits déremboursés n’ont pas augmenté leurs prix et ont été suivis par les pharmaciens. « Le volume de médication familiale en France reste faible en raison d’une culture bien ancrée du tout remboursé… pour payer à l’officine, les patients sortent leur carte Vitale mais n’ont pas le réflexe de sortir leur carte bancaire ! On observe la même situation dans les pays où le système de remboursement est comparable au nôtre », souligne Philippe Liebermann, vice-président de la FSPF.

Politique de prix


« Le déremboursement, prévoit-il, risque de s’accompagner d’une augmentation du prix des produits, liée au prix fabricant et à l’application d’une TVA de 5,5 %. C’est ce que l’on a pu constater par le passé, parfois avec des dérives sur le prix fabricant. Le prix de vente sera aussi variable selon que le pharmacien aura choisi ou non de référencer tel ou tel médicament… se pose alors la question du prix réel normal du marché pour un médicament donné. »
Les pharmaciens sont aujourd’hui ‘‘ballottés’’ dans un marché qu'ils ne peuvent pas évaluer : "Quand on dit ''insuffisant",
tout le monde entend
inefficace voire inutile"
politique de prix et de communication des laboratoires, impact des campagnes publicitaires sur les demandes des patients, leur attachement à une marque, risque de transfert de prescription vers d’autres classes thérapeutiques remboursées, etc. Les syndicats de médecins incitent à ne pas modifier leur attitude de prescription de médicaments ayant fait la preuve de leur efficacité, mais les règles du jeu ont changé et s’accompagnent d’une sémantique très négative pour les produits déremboursés… le pharmacien ne dispose encore que de peu d’arguments pour répondre aux questions, bien légitimes, des patients, pour participer à leur éducation et au changement nécessaire de mentalité en matières de prise en charge des soins du quotidien.

Faire évoluer son rôle


« Nous engageons des actions de promotion et de sensibilisation auprès des médecins, des pharmaciens et du grand public : pour que les médecins continuent à prescrire ces médicaments, pour que les pharmaciens bénéficient de prix aussi comparables que possible après déremboursement afin de faciliter la délivrance des médicaments, soit sur prescription soit en conseil. Enfin, souligne Hugues Lecat, nous souhaitons que les dispositions actuelles en matière de communication auprès du public, très restrictives en France par rapport aux autres pays européens, puissent évoluer. Il faudrait également mener une politique de communication positive sur la médication familiale ; ce n’est pas le cas aujourd’hui. » Sans doute, une communication positive ne doit-elle pas tomber dans les travers d'un système à l'américaine usant et abusant de la publicité y compris pour les produits de prescription. La valorisation du rôle du pharmacien doit passer par un véritable conseil, ne se limitant pas à proposer une marque mais une solution. « Le pharmacien de demain devrait pouvoir poser des diagnostics simples, délivrer les produits en conséquence et apporter les explications et conseils nécessaires aux patients pour les pathologies bénignes du quotidien... c'est aussi un changement de mentalités. Ce sont ces chantiers de l'avenir qui permettront au pharmacien de faire évoluer son rôle de professionnel de santé et d’être sollicité par les patients pour un véritable conseil, notamment dans le cadre de la médication familiale », conclut Philippe Liebermann.

Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

*Marché de l’automédication en 2005, d’après les données IMS.



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INTERVIEW
" Insuffisant ne veut pas dire inefficace "

Les médicaments déremboursés affublés de l’adjectif « insuffisant » sont-ils pour autant inefficaces ? La sémantique étant ambiguë, pourquoi maintenir une telle terminologie ? Le Pr. Gilles Bouvenot, président de la Commission de la Transparence (CT), répond à nos interrogations.

« Selon un décret de 1999, la CT est tenue d'instruire les dossiers de tous les médicaments disposant d'une AMM pour lesquels une demande d’inscription sur la liste des médicaments remboursables est émise par les laboratoires et de leur attribuer un SMR. Si le SMR est ‘‘suffisant pour être pris en charge par la solidarité nationale’’, la CT émet un avis favorable pour une inscription sur la liste des médicaments remboursables, le taux de remboursement étant lié au degré de SMR. Dans le cas contraire, le SMR est dit, selon les termes du décret, ‘‘insuffisant pour être pris en charge par la solidarité nationale’’ et la CT attribue au médicament un avis défavorable pour son remboursement. N'oublions pas que ces médicaments ont fait la preuve de leur efficacité et qu’ils disposent tous d'une AMM ! », précise Gilles Bouvenot. « Mais nous sommes contraints d’utiliser la terminologie du décret… je la considère personnellement comme très gênante et souhaite son abrogation. Un prochain décret, actuellement en préparation, aboutira à l’éradication du terme ‘‘insuffisant’’ qui est aujourd’hui abusivement assimilé à ‘‘inefficace’’, et lèvera ainsi l’ambiguïté. » Il faut donc pour l'heure « faire avec », non seulement pour cette deuxième vague de déremboursements, mais aussi pour la prochaine vague qui se rattache au même processus de réévaluation et donc à la même terminologie… « On peut s’attendre à des levées de boucliers l’été prochain quand la CT va rendre ses avis au ministre qui décidera du sort des médicaments concernés, dont les vasodilatateurs », confie Gilles Bouvenot. « Nous affrontons une très difficile situation de communication, nous en sommes conscients. Les premiers retours et témoignages indiquent toutefois que les pharmaciens assument pleinement leur rôle en expliquant aux patients que ces produits sont efficaces mais ne sont pas jugés suffisamment performants pour être remboursés. Je pense, et c’est le médecin qui parle, que le pharmacien est le plus proche du patient, c'est l’homme clé de la situation. Il peut rassurer sur la qualité des produits déremboursés. De plus, l’idée que l’on ne peut plus tout payer est en train de faire son chemin; il s'engage un changement de culture et de mentalité en matière de consommation de médicaments. »