n°1179 avril 2006
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Santé Parasitologie Les leçons du chik

Alors que le nombre des personnes atteintes a dépassé la barre des 200 000, l’épidémie a amorcé son déclin. Retour sur une gestion de crise discutée.

ImageForte fièvre, douleurs articulaires et musculaires invalidantes, maux de tête, petites hémorragies, éruptions cutanées... Les symptômes sont toujours les mêmes, et seule leur durée varie. « Trois jours, trois semaines ou trois mois », résume Stéphane Parmentier, vice-président du Syndicat des pharmaciens de la Réunion. Pour faire face, aucun vaccin ni traitement curatif connu. Seuls les symptômes se soignent, à coup de paracétamol et d’AINS, voire de dérivés morphiniques. Restent deux solutions préventives : détruire les gîtes larvaires et se protéger des piqûres, même pour les patients déjà infectés, potentiellement contaminants pendant dix jours par l’intermédiaire du moustique Aedes.

Pharmaciens en première ligne
Prévention, information et prise en charge des patients infectés : voilà quatre mois que les officines réunionnaises vivent à l’heure du chikungunya. « Il a fallu faire face à tous niveaux, sur fond de pénurie de personnel, pour répondre à une clientèle deux fois plus abondante que d’habitude, constate Stéphane Parmentier, qui exerce à Saint-André, à l’est de l’île. Environ 80% des ordonnances présentées concernent le chikungunya. » A tel point que la préfecture a demandé aux officinaux d’assurer leurs gardes sans interruption tant que la situation le nécessitera, alors qu’en période ordinaire, elles ferment à 22 h. Ces derniers ont dû répondre à une demande accrue de répulsifs, certains Réunionnais ayant souhaité s’en procurer des quantités très importantes à titre préventif. D’où la nécessité de réguler la demande pour permettre à chacun de disposer des produits nécessaires et laisser le temps aux approvisionnements réguliers de parvenir sur l’île. Malgré cela, les répulsifs ont fini par devenir une denrée rare dans les pharmacies, la plupart ayant été en rupture de stock provisoire. En l’absence de traitement curatif, les vitamines, huiles essentielles, gelée royale et les plantes locales ont également fait l’objet de fortes demandes pour leurs supposées vertus. En désespoir de cause, nombre de Réunionnais se sont tourné vers des remèdes de la dernière chance comme le chlorure de magnésium, plus connu pour ses vertus laxatives.
Côté logistique, il a fallu parer au plus pressé, d’où des ratés en termes d’approvisionnement. Face à la pénurie de répulsifs, les officinaux se sont « dépannés » entre eux. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre, grâce aux efforts des grossistes et des importateurs. « Avec la pression, les prix des grossistes ont baissé dès la mi-février », note Fréde Sautron, présidente du Syndicat des pharmaciens de la Réunion.

Mesures tardives
Pariant sur le fait que le virus ne survivrait pas à l’hiver austral, période où la prolifération des moustiques s’interrompt naturellement, les autorités locales n’ont pas mesuré la gravité de la situation au début de l’épidémie et après sa recrudescence. Ce n’est donc qu’au terme de dix mois d’hésitation qu’un « plan global de lutte contre l’épidémie » a été décrété pour juguler cette crise sanitaire : renforcement du dispositif de démoustication, distribution gratuite de 300 000 doses de répulsifs aux populations les plus démunies, prise en charge à 100 % des médicaments antidouleur prescrits, matériel hospitalier envoyé en renfort, test de 170 molécules en laboratoire pour évaluer leur éventuel effet sur le virus, mise en place à la DGS (Direction générale de la Santé) d’une cellule spécialisée dans la surveillance des approvisionnements en produits de santé... Aussi importants soient-ils, les moyens déployés ne compenseront pas la faiblesse de la veille sanitaire à La Réunion.

Fanny Rey
IRD - Michel Dukham