n°1179 avril 2006
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Santé Thyroïde Dérèglements en tous genres
Les dérèglements de la thyroïde sont fréquents et, le plus souvent, très bien soignés. Mieux vaut les dépister sans tarder.
Actuellement, plus de 10 % des Français souffriraient de problèmes thyroïdiens. Or, lorsque cette glande ne fonctionne plus correctement, le retentissement peut être important sur la vie quotidienne. D’où la nécessité d’une détection précoce des anomalies thyroïdiennes pour mettre en place un traitement efficace.

Hyper et hypo

Tout dérèglement de la thyroïde a pour effet de perturber la production des hormones qu’elle sécrète. L’excès d’hormones entraîne une accélération de la plupart des fonctions de l’organisme : c’est l’hyperthyroïdie. Inversement, l’insuffisance d’hormones est la cause d’un ralentissement des fonctions : c’est l’hypothyroïdie. Dans l’hyperthyroïdie, on constate une accélération des battements du cœur, une perte de poids importante et rapide, des diarrhées, des contractions musculaires plus rapides. Des cheveux cassants, une peau chaude et moite, une intolérance à la chaleur, une excitation, voire une agressivité, des troubles des règles sont d’autres signes pouvant laisser soupçonner cette affection. La cause la plus fréquente d’hyperthyroïdie est la maladie de Basedow, une pathologie auto-immune qui s’accompagne parfois d’un goitre et d’une exophtalmie. Une infection virale, un apport iodé excessif, un stress, un choc émotionnel pourraient contribuer au déclenchement de la maladie, plus fréquente chez les femmes jeunes et les fumeurs. A l’inverse, l’hypothyroïdie provoque ralentissement du cœur, prise de poids, constipation, crampes, chute de cheveux, frilosité, peau sèche et pâle, trous de mémoire, dépression. La femme ménopausée est directement concernée par ce trouble thyroïdien, de loin le plus fréquent. Les dérèglements de la thyroïde pendant la grossesse sont d’autre part relativement courants. Une hypothyroïdie peut ainsi survenir au décours de l’accouchement, après une phase d’hyperthyroïdie. Il faut savoir qu’une dysfonction thyroïdienne peut avoir des conséquences, non seulement sur la mère, mais également sur le fœtus (en perturbant son développement neurologique et psychomoteur). On décèle les anomalies de la thyroïde par une prise de sang et un dosage de l’hormone TSH (1). Une valeur plus élevée que la normale est révélatrice d’une hypothyroïdie. A l’opposé, une valeur inférieure est évocatrice d’une hyperthyroïdie. Un dosage des hormones thyroïdiennes T3 et T4 (2) permet ensuite de confirmer le diagnostic. Le traitement a pour but de ramener à la normale la production hormonale. En cas d’hyperthyroïdie, les médicaments antithyroïdiens sont destinés à bloquer la fabrication des hormones. Si ce traitement se révèle inefficace, si la thyroïde est très volumineuse ou en cas de problème cardiaque, la chirurgie (résection de la quasi-totalité de la thyroïde et traitement hormonal à vie) ou l’utilisation d’iode radioactif (pour supprimer une partie de la thyroïde) peuvent être indiqués. Pour traiter une hypothyroïdie, on fait appel aux hormones thyroïdiennes.

Cancers en progression

Indépendamment ou conjointement à ces dérèglements, la thyroïde peut présenter d’autres affections, relatives à sa morphologie : goitre, nodules, etc. Celles-ci sont dépistées par la palpation du cou. Puis confirmées par échographie qui apporte des renseignements précis sur la taille de la thyroïde, le nombre et la dimension des nodules, etc. La cytoponction ou la scintigraphie s’avèrent d’autre part utiles pour révéler le caractère malin ou bénin des nodules. Comme l’indique le Pr. André Aurengo, spécialiste en médecine nucléaire à la Pitié-Salpêtrière (Paris), « le cancer de la thyroïde est un cancer rare. Il représente environ 1 % des cancers survenant dans la population générale en France. Depuis les années 1975, on constate cependant que sa fréquence progresse régulièrement dans tous les pays développés. Cette augmentation est attribuée pour l’essentiel, par les endocrinologues notamment, au dépistage et à la multiplication des échographies qui fait découvrir des petits cancers qui ne se seraient pas développés qui sont très fréquents et ignorés chez l’adulte. Ces progrès techniques ont entraîné logiquement une augmentation de son incidence après 40 ans ». Une carence en iode importante, des prédispositions génétiques ou des facteurs hormonaux pourraient contribuer à la survenue du cancer de la thyroïde. Cependant, à ce jour, la seule cause véritablement identifiée est l’irradiation de la thyroïde, due à une radiothérapie par exemple ou à une contamination par de l’iode radioactif. « Mais ce n’est un facteur de risque que chez l’enfant très jeune ou in utero », précise André Aurengo. Des conditions particulières sont-elles requises pour que des rayonnements ionisants déclenchent la survenue d’un cancer de la thyroïde chez l’enfant ? Réponse du spécialiste : « Oui, car bien que nous soyons exposés quotidiennement à une irradiation naturelle, nous ne constatons pratiquement pas de cancers de la thyroïde chez le jeune enfant. En fait, il faut une forte irradiation donnée pendant un temps bref. Ce fut le cas lors de l’accident de Tchernobyl en 1986 où de grandes quantités d’iode radioactif se sont dispersées dans l’environnement. La conséquence en a été, quatre ans plus tard, une augmentation considérable de la fréquence des cancers thyroïdiens dans les pays les plus contaminés par l’accident : Biélorussie, Ukraine et Russie. Et les principaux concernés ont été les enfants de moins de dix ans et in utero » D’une manière générale, la survenue des troubles de la thyroïde augmentant avec l’âge, la surveillance de cette glande est importante tout au long de la vie.

Claire Grevot
Photo Miguel Medina

(1) TSH : thyreostimuline hormone, secrétée par l’hypophyse.
(2) T3 (triiodothyronine) et T4 (thyroxine ou tétraiodothyronine) sont identifiées par la présence de 3 ou 4 atomes d’iode. L’iode est le composant principal de ces hormones, indispensable à leur fabrication. L’alimentation doit en apporter 300 microgrammes/jour en moyenne.
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INTERVIEW
« Il s'est passé quelque chose »

Roland Desbordes, président de la Criirad, Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité, évoque les retentissements sanitaires de l’accident de Tchernobyl sur la population française.
« Tout d’abord, il n’y a aucune étude épidémiologique d’envergure sur les cancers de la thyroïde en France, que ce soit avant ou après l’accident de Tchernobyl. Nous n’avons donc aucun chiffre précis. Tout ce que l’on peut constater, c’est une tendance à l’augmentation des cancers. Si cette tendance a, certes, démarré avant l’accident, elle s’est nettement accrue après. Il s’est donc passé quelque chose. Les nombreux prélèvements et mesures effectués dans l’environnement, dans l’Est de la France nous ont permis de faire une évaluation, grossière mais scientifique, de l’impact sanitaire des retombées. Ainsi, à partir de ce qu’ont consommé les personnes en 1986, nous avons pu reconstituer les doses reçues au niveau de la thyroïde. Résultat : nous avons pu évaluer le risque de cancer à plusieurs milliers de victimes. Il faut savoir que l’augmentation des cancers est très nette depuis vingt ans, date de l’accident. » 


Pharmaciens en première ligne
La prévention des risques nucléaires et radiologiques a conduit le gouvernement à établir un plan de stockage et de distribution de comprimés d’iode stable, qui évite la fixation de l’iode radioactif sur la thyroïde. Après une première distribution organisée en 2000 dans la zone des 10 km autour des centrales nucléaires, les pouvoirs publics ont lancé une nouvelle distribution en 2005 au cours de laquelle les habitants ont été invités à retirer gratuitement en pharmacie leur boîte de comprimés d’iode en échange d’un bon de retrait. Une deuxième mesure de sécurité sanitaire impliquant les pharmaciens pourrait bientôt voir le jour. « Nous sommes actuellement en négociation avec le ministère de la Santé pour organiser un stockage des comprimés dans les pharmacies afin d’obtenir une répartition uniforme d’iode stable dans tous les départements en cas d’accident nucléaire », indique André Kuypers, responsable du dossier au sein du Bureau national de la FSPF.