n°1189
avril 2007
Santé
Conseil
Polémiques sur les compléments
La toxicité et/ou l’inutilité des compléments alimentaires revient de temps à autre sur le devant de la scène, au gré de la parution d’études dans des revues internationales.
Ça chauffe pour les compléments alimentaires. Non content de s’être fait allumer par le Comité Consommation, Logement et Cadre de vie (CLCV), une association de consommateurs, c’est le Journal of the american medical association (Jama) qui s’y est mis à son tour. « Poudre aux yeux et pilules pipeau », accusent les premiers, tandis la revue scientifique n’hésite pas à parler d’ « augmentation de la mortalité ». Le Jama vise particulièrement les antioxydants, responsable selon les auteurs de l’étude d’une augmentation de la mortalité après métaanalyse de nombreux essais cliniques. Cela ne « remet pas en cause la sécurité des compléments alimentaires », répond le syndicat français de la diététique et des compléments alimentaires, qui conteste à la fois les résultats et la méthode de la revue de référence outre- Atlantique.
Quant au CLCV, il assène que « les vertus des compléments alimentaires relèvent pour l’essentiel de l’affabulation ». Jean- Loup Allain, président du syndicat de la diététique, encaisse ces attaques avec calme et humour. « On en a vu d’autres, relativise-t-il, c’est peut-être parce qu’on a trop bien su vulgariser les propriétés des compléments alimentaires ». Et de justifier leur utilisation : « un tiers des femmes consomment moins de 1 700 calories par jour, dans ces conditions et même avec l’aide d’un diététicien, il est très dur d’arriver à l’équilibre nutritionnel. Ce n’est pas un problème d’absence de preuve auxquelles sont confrontés les compléments mais de niveau de preuve ».
Un petit quelque chose en plus
Comprenons-nous bien : s’ils avaient prouvé une quelconque efficacité dans une pathologie, ces produits ne seraient plus qualifiés de compléments alimentaires mais bien de médicaments ! Pourtant tout n’est pas noir : les omégas 3 ont prouvé quelques bénéfices dans les maladies cardiovasculaires et il faut se rappeler les résultats positifs de l’étude SU.VI.MAX en 2003 : 30 % de cancers en moins par rapport au placebo dans le groupe « complémenté » en vitamines et minéraux. Saturée de messages hygiénistes, l’opinion publique varie entre la foi aveugle et le couplet « si ça ne fait pas de bien, au moins ça ne fait pas de mal ». Paradoxalement, le marché est florissant : il faut dire que les fabricants manient l’allégation santé avec suffisamment de dextérité pour ne pas tomber sous le coup des lois sur les spécialités pharmaceutiques. Ce qui permet à certains fabricants de se positionner sur le créneau thérapeutique des « vraies » pathologies : DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge), diabète de type 2... Bien ou mal ? Jean-Loup Allain assume : « Si les associations de consommateurs avaient vraiment quelque chose à nous reprocher, ils nous attaqueraient en justice, et ce n’est pas le cas ». En attendant la prochaine polémique.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina