n°1189
avril 2007
Santé
Grossesse
Avant l’heure, c’est pas l’heure
Coup sur coup plusieurs tests précoces de grossesse sortent sur le marché. Plus précoces, certes, mais les résultats sont à prendre avec des pincettes.
Attendre n’est pas dans l’air du temps. Même 72 heures, même au risque de s’exposer à des déceptions. C’est du moins l’impression que l’on peut avoir en compulsant les résultats du sondage qu’a fait paraître le laboratoire Fumouze suite à la sortie de leur test First response, dont la particularité consiste à détecter l’hormone chorionique gonadotrope – et donc la grossesse – jusqu’à trois jours avant la date présumée des règles : 81 % des femmes désireraient savoir plus tôt si elles attendent un enfant. Un an et demi avant, elles n’étaient que 50 % si l’on en croit le sondage que cite un autre fabricant, Unipath, qui commercialise lui le test Digital Clearblue. Les femmes seraient donc de plus en plus pressées ! Mais l’empressement se paie par un risque de faux négatif conséquent, puisqu’à 72 heures avant la date présumée des règles, la grossesse n’est détectée que dans 83 % des cas, chez les femmes qui secrètent suffisamment d’hCG. Quatre jours avant les règles, le taux chute à 50 %. Pile ou face, en somme. Il ne faut pas confondre la sensibilité des tests avec leur fiabilité, toujours excellente : au-delà de 99 %, pour peu qu’ils soient utilisés dès le premier jour de retard des règles.
Enceinte ou pas enceinte ?
À noter, digital Clearblue communique sur « quatre jours avant les règles », alors que First response se contente de trois jours. Attention aux patientes qui possèdent des cycles irréguliers : le calcul risque d’être périlleux. Pour en avoir le cœur net, on pourra in fine conseiller de pratiquer un examen médical et une prise de sang pour détecter et doser l’hCG. Il y a en effet beaucoup de variables qui peuvent retarder l’apparition de l’hormone dans le sang : une ovulation ou une implantation tardive de l’œuf, par exemple. Autant de paramètres qui conduisent à des tests négatifs. Il faudra donc le réitérer quelques jours plus tard, pour être sûr(e) du résultat. Dernier inconvénient de ces tests, pas des moindres pour les femmes en attente d’un heureux évènement : ils peuvent détecter des fausses couches précoces, normalement insoupçonnables par les patientes, puisque malgré le début de grossesse, les règles surviennent en temps et en heure. Attention à ne pas tomber de haut dans ce cas. Mais là, selon l’avis du professeur Dominique Luton, secrétaire général du collège des gynécologues et obstétriciens français, « on sort du champ médical, c’est du ressort personnel de chacun ».
Laurent Simon
Photo Miguel Medina