n°1189
avril 2007
Actualité
Nicolas Sarkozy
: « Le pharmacien doit être reconnu »
Tout le monde aura constaté combien la santé était absente du débat présidentiel. Les colossaux du vieillissement de la population, de la désertification médicale, du rétablissement des comptes sociaux... sont étrangement relégués dans les coulisses de la lutte élyséenne. Les pharmaciens l’ont bien compris, et c’est pourquoi la FSPF a décidé de monter au front, en organisant à Paris, le 27 mars, un grand rassemblement national où les principaux candidats ont invités à venir présenter leurs projets. D’ores et déjà, nous sommes allés demander aux quatre « poids-lourds » de cette élection – Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen – de répondre aux questions qui vous taraudent, et de réagir aux très nombreux courriers que vous nous avez adressés.
Leader incontesté du parti majoritaire, Nicolas Sarkozy est donné comme l’un des grands favoris de cette élection. Il a fait de Xavier Bertrand, ministre de la Santé, l’un de ses porte-paroles.
Les points – clés
Le Pharmacien de France : Quels changements comptez-vous apporter au financement de l’Assurance maladie pour approcher l’équilibre des comptes tout en préservant le système de santé ?
Nicolas Sarkozy : Le premier des changements à apporter, c’est de cesser de réduire la politique de santé à une politique de financement de l’Assurance maladie car cela nous a toujours amenés à rationner les soins, les médicaments ou le nombre des professionnels de santé sans jamais ou rarement maitriser les déficits. Les dépenses de santé vont croître dans les décennies qui viennent pour répondre à l’allongement de la durée de la vie et rendre accessible à tous le progrès thérapeutique. C’est une bonne chose pour les Français, pour les professions de santé, mais aussi pour l’emploi, la croissance et l’innovation. Je n’élude pas pour autant la question des déficits. Je crois qu’on y répondra, d’une part, en luttant contre les abus, les fraudes et les gaspillages qui représentent entre 7 et 15 milliards d’euros annuels, d’autre part, en instituant une franchise raisonnable et juste, permettant de responsabiliser les patients, enfin et surtout, disons le car c’est au cœur de mon projet, en revenant au plein emploi par la revalorisation du travail.
Face aux nombreuses mesures qui ont frappé l’économie officinale, les pharmaciens réclament aujourd’hui une revalorisation de leur rémunération. Comptez- vous répondre à cette demande ?
Les pharmaciens ont contribué personnellement à l’effort de redressement des comptes en se faisant les moteurs de la substitution en faveur du générique. Un grand nombre d’officines ont dépassé leurs objectifs individuels de substitution. Pourtant, nombreux sont ceux qui, dans la profession, ressentent aujourd’hui des difficultés. Pour trouver des marges de manœuvre supplémentaires, il faut ouvrir de nouveaux champs d’activité aux pharmaciens. Et à nouvelles activités, nouvelles rémunérations. La médication familiale, avec un avis du pharmacien, est une piste. Inclure le pharmacien dans le parcours de soins en est une autre. Prenons l’exemple de certaines maladies chroniques. Ne peut-on pas imaginer que le pharmacien puisse assurer une partie du suivi de ces maladies, en collaboration avec le médecin ? Ne peut-on pas aussi inclure le pharmacien dans le suivi à domicile des patients âgés dépendants ? Personnellement, je crois à ces possibilités d’activités nouvelles données au pharmacien. J’ajoute que je veux faire du médicament et de l’innovation pharmaceutique une priorité de la recherche et de la politique de santé en France. C’est ainsi que le pharmacien se sentira moins marginalisé et que son activité pourra se développer.
Sur fond de désertification médicale en milieu rural, quelles mesures comptez-vous mettre en œuvre pour permettre aux officines de s’y maintenir ?
Il y a trois principes avec lesquels il ne faut pas jouer : le monopole des pharmaciens, la répartition géographique et l’exercice personnel. Parce que la pharmacie d’officine est, dans une période de grande fragilité démographique médicale, un élément structurant et stabilisateur qui doit être protégé. Par exemple, les pharmaciens ont un rôle essentiel dans la permanence des soins. En revanche, lorsque des officines rencontrent des difficultés dans des zones en désertification, elles doivent pouvoir se réunir et bénéficier d’une protection sur leur zone géographique. De même, il faut réfléchir à la manière de faciliter une organisation du travail qui permette au pharmacien de quitter son officine pour se rendre à domicile. Toutes les pistes sont ouvertes pour consolider les officines dont nous avons besoin.
L’essor des médicaments génériques repose très largement sur le pharmacien. Continuerez- vous à vous appuyer sur cet acteur ?
Les pharmaciens ont accompli un formidable travail de pédagogie auprès des assurés sociaux pour le développement du générique et sont pleinement mobilisés. Je crois que les médecins doivent prendre à leur tour toute leur part dans cette action en s’efforçant de rédiger leurs ordonnances en dénomination commune internationale.
Quels moyens comptez-vous mettre en œuvre pour permettre aux pharmaciens de développer le marché dit d’ « automédication »?
Je n’aime pas le terme d’automédication car je considère qu’il ne faut pas laisser les patients seuls face au médicament. Je préfère donc le terme de médication assistée, qui suppose de continuer à recourir au spécialiste du médicament qu’est le pharmacien. C’est l’une des raisons pour lesquelles je suis favorable au monopole des pharmaciens. De la même manière, je souhaiterais que la piste de la prescription d’urgence puisse être creusée, avec le concours de la Haute autorité de santé et des médecins. En toute hypothèse, je ne crois pas qu’il faille envisager le développement de la médication assistée dans une optique d’économies pour l’Assurance maladie, mais dans l’optique d’améliorer notre dispositif de santé et d’aider nos concitoyens à prendre en main leur santé.
Si le principe d’instauration d’une franchise sur les remboursements de soins est acquis, ses modalités font débat. Le montant de 100 euros par famille et par an est régulièrement évoqué. Qu’en est-il ?
La franchise que je propose n’est pas une franchise à l’acte qui présente l’inconvénient de peser davantage sur ceux qui sont les plus malades. Un tel système n’est pas juste. Elle est une franchise annuelle décomposée en quatre catégories : les consultations, l’hospitalisation, les médicaments et les examens biologiques. La santé est l’un des biens les plus précieux que nous avons. Il ne me paraît pas anormal que chacun y contribue de manière modeste, mais réelle. Je suis en outre persuadé que la franchise réduira le consumérisme qui se développe actuellement dans la relation entre les patients et les professionnels de santé. La santé n’est pas un bien comme un autre. Sa gratuité la banalise. S’agissant des modalités de cette franchise, elles seront soumises à la concertation. En aucun cas, la franchise ne devra dissuader certains de nos compatriotes de se soigner. Les personnes titulaires du minimum vieillesse et les enfants en seront donc certainement exonérés. Quant au montant, la logique de ce que je propose, c’est qu’il dépende de l’état du déficit de l’Assurance Maladie.
Les pharmaciens prennent une part croissante dans des actions de prévention, d’éducation sanitaire et de santé publique. Comptez-vous encourager ces missions, et selon quelles modalités ?
Je veux tout d’abord rendre hommage aux pharmaciens qui ont su parfaitement accompagner cette évolution de notre système de santé. Les pharmaciens sont en prise directe avec les patients et font, dans leur exercice quotidien, beaucoup de prévention. Il est probable que de nouvelles actions requerront à nouveau leur participation. Dans tous les cas, des formations leur seront proposées comme cela a été fait pour la grippe aviaire.
Certains États de l’Union européenne ont récemment ouvert de larges brèches dans le monopole pharmaceutique. Doit-on craindre le même type de décisions en France ?
e suis fermement opposé à toute remise en cause du monopole des pharmaciens. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, le surdosage involontaire du paracétamol est par exemple l’une des premières causes de défaillance hépatique. Casser ce monopole conduirait en outre à fragiliser un réseau d’officines vital pour le tissu médical du pays. Je le défendrai donc sans hésitation.
En France, le pharmacien est un professionnel libéral indépendant, propriétaire de son officine. Comptez-vous faire en sorte que l’accès au capital de l’officine continue d’être réservé aux seuls pharmaciens ?
Le caractère patrimonial de l’officine est un des piliers du système. Je veux donner le choix aux pharmaciens de pouvoir administrer leur entreprise comme ils le souhaitent. Le capital en fait partie. Mais je souhaite que le pharmacien reste maître de son métier. C’est pour cela que je suis opposé à la libéralisation totale du capital prôné par certains pays voisins. En particulier, dans le domaine des sociétés d’exercice libéral, il nous faut empêcher l’installation de SEL en cascade, qui risquent de conduire à une déresponsabilisation des acteurs. L’exercice personnel est un principe auquel je crois.
Nous vous avons fait part des questions et préoccupations de nos lecteurs. Que vous inspirent-elles ?
J’ai été très frappé, à la lecture des courriers que vous m’avez transmis, par le mépris dont un grand nombre de pharmaciens se sentaient victimes. J’ai beaucoup apprécié la qualité de certaines contributions qui cherchaient à dépasser les problématiques des pharmaciens ou même les questions sanitaires, pour présenter une vision globale pour notre pays. Pour ma part, je crois que le pessimisme que vous relevez est en total décalage avec les ambitions que peut légitimement avoir cette profession. Avec les génériques, elle a démontré sa capacité d’entraînement. Demain, avec le dossier pharmaceutique du patient en coordination avec le dossier médical partagé, avec le développement de la médication assistée, le pharmacien jouera un rôle toujours plus essentiel dans notre système de soins. J’entends bien le préserver et faire en sorte qu’il soit reconnu à sa juste mesure.
Propos recueillis par Fanny Rey
Photo Miguel Medina

● Pas de remise en question du monopole, de la loi de répartition ni de l’exercice personnel.
● Donner la possibilité aux pharmaciens d’exercer de nouvelles activités rémunérées (médication familiale ou insertion du pharmacien dans le parcours de soins, par exemple) pour leur permettre de surmonter leurs difficultés économiques.
● Creuser la piste de la prescription d’urgence, avec le concours de la Haute autorité de santé et des médecins.
● En cas de difficulté en zone rurale, permettre aux pharmaciens de se réunir et de bénéficier d’une protection dans leur zone géographique.
● Empêcher l’installation de SEL en cascade.
● Instaurer une franchise annuelle et décomposée en quatre catégories (consultations, hospitalisation, médicaments et examens biologiques), dont les modalités restent à définir.