n°1189
avril 2007
Actualité
Ségolène Royal
" Je vous propose le dialogue "
Tout le monde aura constaté combien la santé était absente du débat présidentiel. Les enjeux colossaux du vieillissement de la population, de la désertification médicale, du rétablissement des comptes sociaux... sont étrangement relégués dans les coulisses de la lutte élyséenne. Les pharmaciens l’ont bien compris, et c’est pourquoi la FSPF a décidé de monter au front, en organisant à Paris, le 27 mars, un grand rassemblement national où les principaux candidats sont invités à venir présenter leurs projets. D’ores et déjà, nous sommes allés demander aux quatre « poids-lourds » de cette élection – Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen – de répondre aux questions qui vous taraudent, et de réagir aux très nombreux courriers que vous nous avez adressés.
Triomphalement adoubée par les militants du PS, Ségolène Royal s’est fait
une spécialité du débat participatif. Elle se présente pour la première fois
à l’élection présidentielle.
Le Pharmacien de France : Les pharmaciens ont payé un lourd tribut au redressement des comptes de l’Assurance maladie, avec près de 160 millions de perte de marge pour la seule année 2006. Quel message leur adressez-vous ?
Ségolène Royal : Je sais que les pharmaciens ont été fortement mis à contribution, comme tous les Français. Plus généralement, la gestion des finances sociales a été catastrophique depuis 2002. Le retour à l’équilibre avait été promis pour 2007. Des mesures d’économies ont dû être mises en place à la hâte et sans la concertation indispensable avec tous les acteurs. La santé des français mérite mieux que ce bricolage. Je tiens à préserver la protection sociale des Français et à leur garantir un système de santé de qualité. Cela passe par une large concertation avec les partenaires sociaux, les professionnels de santé et les usagers, ainsi que les régimes complémentaires et un respect du rôle du Parlement. Nous devrons rétablir l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale pour assurer sa pérennité.
Face aux difficultés économiques que traverse la pharmacie, à la chute des prescriptions, aux déremboursements massifs, aux conditionnements trimestriels, les pharmaciens réclament une revalorisation de leur rémunération. Entendez-vous cette demande ? " Je ne suis pas favorable à une délivrance en self-service dans la pharmacie de produits en automédication "
Les officines sont un maillon indispensable de la chaîne de soins, auquel je suis attachée. Les mesures prises précédemment ont eu des effets négatifs. D’autres évolutions peuvent entraîner des effets positifs, comme l’intensification de la lutte contre le tabagisme, le développement de l’hospitalisation à domicile et le passage en ville de nombreux médicaments souvent coûteux. Les délégations de tâches méritent aussi discussion. Je propose donc aux pharmaciens d’engager rapidement le dialogue.
L’essor des médicaments génériques a permis à l’Assurance maladie d’engranger 750 millions d’euros d’économies en 2006. Comptez-vous permettre au pharmacien de demeurer le principal acteur de ces économies, notamment en maintenant un dispositif incitatif pour lui permettre de poursuivre la substitution générique ?
La poursuite de la politique en faveur des génériques est indispensable et doit se développer, y compris sur des bases incitatives. Les enjeux de ce développement doivent mobiliser tous les acteurs, au premier rang desquels les pharmaciens qui ont un rôle fondamental à jouer.
Le marché des spécialités dites d’« automédication » représente un potentiel d’économies insuffisamment exploité en France. Quels moyens comptez-vous mettre en œuvre pour permettre aux pharmaciens de développer ce marché ?
L’automédication est une pratique déjà répandue, même si les Français y sont moins enclins que d’autres. Il me semble nécessaire d’y mettre un peu d’ordre dans un souci de santé publique : que ceux qui sont à même de traiter seuls un problème bénin, qu’ils connaissent bien, aient à leur disposition des médicaments sûrs et efficaces me paraît être une bonne chose, et je pense que les pharmaciens d’officine ont là un rôle de conseil et d’orientation indispensable, qui fait partie de leur mission de professionnels de santé. Cependant, je ne peux accepter que des médicaments déremboursés en automédi- cation voient leur prix doubler ou tripler. Enfin, je ne suis pas favorable à une délivrance en self-service dans la pharmacie de produits en automédication hors du conseil des praticiens de l’officine.
Comptez-vous vous attaquer au problème de la démographie médicale, et à la disparition des cabinets médicaux dans les campagnes, qui ont un impact direct sur la rentabilité des officines ?
Je tiens à permettre l’accès aux professionnels de santé sur tout le territoire, médecins, professions paramédicales et pharmaciens. Créer une maison de santé s’il n’y a pas de pharmacien à proximité n’aurait aucun sens. Les pharmaciens ont à mon sens un vrai rôle à jouer auprès des patients, dans l’éducation à la santé et l’éducation thérapeutique, l’accompagnement des personnes âgées, le conseil en automédication. Je suis très inquiète devant les inégalités territoriales en termes d’offre de soins. Face à la disparition des cabinets médicaux dans les campagnes, je propose des solutions contractuelles comportant des financements de bourses d’études, d’aides à l’installation et de services aux professionnels en partenariat avec les collectivités territoriales et, en contrepartie, des engagements pour exercer sur les territoires ruraux ou urbains.
Les pharmaciens prennent une part croissante dans des actions de santé publique. Comptez-vous encourager ces missions, et selon quelles modalités ?
Il est vrai que les pharmaciens prennent une part croissante dans les actions de prévention, d’éducation sanitaire et de santé publique et je m’en félicite. Une réflexion sur de nouvelles actions de santé publique pourrait être engagée, sur la base de modalités négociées.
Envisagez-vous d’intensifier le maintien à domicile des personnes âgées et/ ou malades, et quel rôle souhaitez-vous y voir jouer les pharmaciens ?
" Je serai attentive à la situation des officines "
Le maintien à domicile des personnes âgées est clairement une priorité. Le pharmacien a naturellement un rôle à jouer, auprès d’une population bien souvent polymédiquée, au niveau de la dispensation comme de l’éducation à la santé et même de la pharmacovigilance. Il faut développer les modalités de portage des médicaments à domicile dans le cadre de réseaux de santé pour maintenir les personnes qui le souhaitent le plus longtemps possible chez elles.
Les pharmaciens s’inquiètent des initiatives prises dans certains Etats européens visant à « sortir des officines » les médicaments de prescription facultative. Comptez-vous défendre le maintien du médicament à l’officine ?
La délivrance du médicament doit rester du monopole du pharmacien d’officine.
Contrairement à d’autres pays européens, le pharmacien français est un professionnel libéral indépendant, propriétaire de son officine. Comptez-vous défendre ce modèle ?
Il n’est pas dans mon intention de modifier ce dispositif. Le principe du pharmacien propriétaire de sa pharmacie est utile pour la proximité de l’offre et pour éviter les dérives capitalistiques.
Nous vous avons communiqué les questions et préoccupations de nos lecteurs. La plupart d’entre elles traduisent un fort pessimisme et une absence de perspectives d’avenir pour la profession. Que souhaitez-vous leur dire ?
Je comprends tout à fait que les pharmaciens soient inquiets, comme le sont d’autres professionnels maltraités par les réformes du quinquennat qui s’achève, et je pense en particulier aux personnels hospitaliers. Je veux les rassurer sur ma volonté de préserver la Sécurité sociale et de garantir à tous l’accès à la santé. Je serai attentive à la situation des officines. Mais j’attends en contrepartie une forte implication des pharmaciens dans leur rôle de professionnels de santé. La santé pour tous, qui est l’un des axes forts du Pacte présidentiel que j’ai proposé au pays, signifie aussi l’accès pour tous à la pharmacie. Les tâches ne manquent pas. Or, il revient à la profession de définir le métier du pharmacien du 21e siècle, qui doit s’adapter à un monde en mouvement : la prévention, la médecine, les médicaments, les technologies, les attentes des patients, les risques et les besoins de santé publique évoluent. L’officine de demain sera nécessairement différente de celle du siècle dernier. Je vous encourage donc toutes et tous à participer à cette évolution et à demeurer des acteurs indispensables et incontournables de la chaîne de soin.
Propos recueillis par Laurent Gainza
Photos Miguel Medina

Les points-clés
● Pas de remise en question du monopole, de la loi de répartition ni de l’exercice personnel.
● Poursuite de la politique incitative de développement du médicament générique.
● Pas de mise à disposition devant le comptoir en « self service » des médicaments d’automédication.
● Pour lutter contre la désertification médicale, mise en place de bourses d’études, d’aides à l’installation de partenariat avec les collectivités territoriales.