n°1189 avril 2007
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Santé Vétérinaire Vermifugation : les bons conseils
Si les parasites internes des carnivores domestiques constituent une menace pour ces derniers, ils représentent également un réel danger pour l’homme en cas de transmission.

Pourquoi faut-il vermifuger les chiens et les chats ?
Parce que c’est le seul moyen de lutte efficace contre les vers, en particulier digestifs. Des parasites très pathogènes peuvent en effet contaminer les animaux. Du groupe des vers ronds, les ascarides, les trichures, les ankylostomes comptent parmi les parasites intestinaux les plus fréquents. Ils peuvent être à l’origine de maladies graves (parfois mortelles). Les parasites intestinaux sont d’autre part responsables de maladies transmissibles à l’homme, les zoonoses (ascarides, échinocoques notamment). Ces maladies sont transmises lors de l’ingestion par l’homme d’oeufs larvés ou d’embryophores* libérés avec les matières fécales des chiens ou des chats parasités. Qu’il s’agisse de l’animal ou de l’homme, les symptômes des maladies parasitaires ne sont pas spécifiques, les vers ne sont visibles qu’à un stade très avancé et ne font parler d’eux que lorsque la pathologie est installée. Conséquence : le diagnostic ne se fait généralement qu’une fois les signes apparus, à un certain stade de gravité. Une vermifugation des animaux est donc nécessaire.

Quelles sont les principales zoonoses transmises par les parasites digestifs qu’il est possible de prévenir par la vermifugation ?
- Les échinococcoses : elles sont dues aux larves d’échinocoques. A l’état adulte, ce sont des vers plats mesurant quelques millimètres de long contaminant les chiens et les chats qui consomment de petites proies (campagnols, souris, etc.). Chez l’homme, la contamination s’effectue par l’ingestion d’embryophores*. Les larves d’échinocoques peuvent se développer dans l’organisme, en particulier dans le foie où elles donnent naissance à des kystes ou conduisent à une destruction totale du tissu. L’échinococcose est une maladie rare mais qui peut être très grave.
- La toxocarose : elle est transmise par les ascarides, des vers de grande taille fréquemment retrouvés chez les chiots et les chatons. L’homme est contaminé par ingestion d’œufs larvés sur des fruits ou des légumes souillés et mal lavés. Les enfants peuvent aussi être contaminés en jouant dans les jardins publics, bacs à sable, etc. Arrivées dans l’intestin, les larves passent dans la circulation sanguine et se répandent dans l’organisme. La toxocarose peut engendrer des douleurs abdominales, de la fièvre, de la fatigue, des troubles oculaires et allergiques.
- L’ankylostomose : elle est transmise par les ankylostomes, des parasites qui prolifèrent principalement dans les chenils, animaleries et élevages. Ces vers se transmettent par voie transcutanée (les larves traversent la peau). L’ankylostomose peut se manifester par des lésions cutanées.

Quand vermifuger et comment ?
- Tout dépend de l’âge et des habitudes de vie de l’animal. Une vermifugation fréquente s’impose pour les chiots et les chatons (tous les quinze jours) et pour les chiens de chasse (les risques sont multipliés chez les animaux ayant accès à des proies).
- Si la vermifugation élimine le parasite, elle ne protège pas pour autant l’animal : en effet, celui-ci peut se recontaminer le lendemain. Cependant, les parasites mettent du temps à évoluer dans l’organisme (il faut au moins un mois pour que le parasite devienne mature et donc potentiellement dangereux pour l’homme). D’où la nécessité de trouver un protocole adapté afin de garantir le contrôle rigoureux des parasites des animaux de compagnie. A savoir : une vermifugation effectuée quatre fois par an permet déjà de réduire considérablement les risques, pour l’animal et pour l’homme.
- Un certain nombre de molécules de la famille des benzimidazoles et de celle des macrolides antiparasitaires mais aussi l’émodepside, le lévamisole, le nitroscanate, le pyrantel sont efficaces sur les ascarides et autres parasites digestifs, exception faite des échinocoques qui requièrent l’utilisation d’un traitement à base de praziquantel. Comprimé, pâte orale, solution buvable, spot-on ? Le choix de la forme d’administration dépend du propriétaire… et de la bonne volonté de l’animal.

Claire Grevot
Photo DR

* Les embryophores donnent naissance à des larves.

Pour en savoir plus : www.vermifuger.com et www.esccap.org


Les conseils du vétérinaire
Par le professeur jacques Guillot, enseignant-chercheur à l’École nationale vétérinaire d’Alfort et président du Cepha (Comité d’experts en parasitologie humaine et animale).
En matière de vermifugation, certains conseils s’avèrent utiles à prodiguer aux propriétaires d’animaux domestiques transitant par l’officine pour l’achat d’un produit :
- respecter le protocole du traitement : tenir compte des intervalles de prise, des fourchettes de poids, etc. ;
- s’assurer que le produit a bien été avalé par l’animal ;
- ne pas utiliser un même produit pour vermifuger un chien et un chat. A chaque type d’animal correspond un produit spécifique, avec une concentration établie en fonction du poids, une galénique adaptée à une bonne prise, etc. ;
- ne pas employer toujours le même type de produit lorsqu’un protocole régulier de vermifugation a été mis en place (pour éliminer tout risque de résistance) ;
- ne pas oublier de traiter parallèlement l’animal contre les puces, à l’origine de la transmission d’un ver plat, Dipylidium caninum (qui peut aussi se transmettre à l’homme) ;
- vermifuger de préférence avant vaccination, surtout s’il s’agit d’un jeune animal (on constate parfois des échecs à la vaccination liés à la présence d’un grand nombre de parasites intestinaux) ;
- accompagner la vermifugation d’un ensemble de mesures d’hygiène : veiller notamment à l’hygiène des mains, en premier lieu celles des enfants, éviter les contacts trop étroits avec l’animal (dormir avec, se laisser lécher, etc.) ;
- enfin, les conseils prodigués par un vétérinaire sont toujours pertinents. Le vétérinaire est en effet le mieux placé pour établir une stratégie adaptée (vermifugation indispensable ou non, fréquente, etc.) et choisir le produit le plus approprié, en fonction du risque. L’âge de l’animal, son alimentation, son environnement ou sa zone géographique de résidence doivent être pris en compte. Chaque animal est un cas particulier et la vermifugation ne doit pas être considérée comme un acte banal et standardisé.

Image

Ancylostoma caninum attaché
à la muqueuse intestinale
 


Des millions de facteurs à risque...
• La France compte près de 8,5 millions de chiens et plus de 9millions de chats auxquels s’ajoutent les nouveaux animaux de compagnie, facteurs de risque de transmission d’agents pathogènes à l’homme.
• Parmi les chiens et les chats, 70 % sont porteurs de parasites.
• Fréquent dans le sud de la France, Dirofilaria immitis est un ver rond particulièrement pathogène qui peut également contaminer l'homme. Appelé ver du cœur, il se transmet par piqûre de moustique et sa prolifération chez l’animal se traduit par une insuffisance cardiaque parfois mortelle.