n°1199 avril 2008
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Actualité A la une Bachelot à la rescousse
La ministre de la Santé a adressé aux parlementaires un véritable plaidoyer pour le système officinal français. Un soutien sans failles, conditionné à la participation des pharmaciens aux efforts de croissance.  
La lettre date du 31 janvier, mais le fait qu’elle arrive si tard aux oreilles des pharmaciens n’a rien de surprenant : elle ne leur était pas adressée. A la lecture de la longue missive consacrée au système pharmaceutique français, on ne peut même pas soupçonner Roselyne Bachelot d’avoir voulu flatter l’égo des potards à la veille d’échéances électorales délicates. C’est en effet aux seuls parlementaires, députés et sénateurs, que ce plaidoyer était réservé. La ministre y prend acte des inquiétudes entendues dans les circonscriptions –« vous êtes actuellement sollicités par des pharmaciens inquiets face aux mises en cause répétées de leur profession » – et elle décide d’y répondre. Une réponse argumentée (lire page ci-contre) dont Philippe Gaertner, président de la FSPF, salue le principe tout autant que le contenu : « La ministre expose et justifie dans son courrier les trois piliers sur lesquels repose notre profession, et sur lesquels nous fondons depuis toujours notre défense syndicale : la propriété du capital, le maillage du réseau et le monopole de compétence. En outre, elle rappelle que les pharmaciens d’officine travaillent dans une logique de santé publique, au moment même où l’on voit se succéder une série de rapports qui préconisent de faire vaciller ce modèle ».

Soutien sous condition  

Consciente de cette pression, Roselyne Bachelot ne se contente d’ailleurs pas de tresser des lauriers au modèle officinal français. Si elle souligne les atouts du réseau et lui renouvelle son soutien – « je considère que le monopole pharmaceutique doit être préservé pour le bien de tous » – elle rappelle aussi qu’il n’est nullement dispensé « de s’intégrer dans l’objectif national d’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens ». Pour ce faire, elle détaille les mesures proposées aux pharmaciens « visant à optimiser le service pharmaceutique en le rendant plus concurrentiel » : nouvelle loi de répartition, mise à disposition « sécurisée » de certains médicaments devant le comptoir, création d’un statut de centrale d’achats pour les pharmaciens, meilleure implication dans des actions de santé publique, optimisation des coûts de distribution… la préservation des fondamentaux de l’officine se fera à ce prix.
« La menace est réelle, et on ne doit pas rester les bras croisés ! », Didier Vieilly, président du syndicat du Rhône. « Nous sommes en phase avec la ministre de la Santé, et ça n’est pas parce qu’on défend notre modèle qu’on s’interdit d’évoluer dans notre contenu métier et dans nos missions auprès des patients, bien au contraire ! », réagit Philippe Gaertner. Une adhésion qui ne vaut pas blanc-seing : « cela ne nous empêche pas de nourrir des inquiétudes sur certains dossiers, notamment celui du libre accès aux médicaments de prescription facultative ». Mais pour l’heure, le président de la Fédération veut saluer cette importante initiative, nécessaire à défaut d’être suffisante : « Aujourd’hui, nous parlons du cadre français, et la lettre de la ministre est un soutien décisif face aux apôtres de la déréglementation sauvage. La suite du travail consistera à expliquer notre position aux instances européennes. L’argumentation de Mme Bachelot est la preuve que nous avons eu raison de défendre les trois piliers de notre exercice, sans en sacrifier aucun, et surtout pas celui du capital ! Il nous faut maintenant, avec le soutien de notre gouvernement, faire valoir cette logique d’ensemble au niveau européen ». La route est encore longue, mais le soutien affiché par Roselyne Bachelot représente, pour les pharmaciens, un encouragement de taille.

 Laurent Gainza
Photo Miguel Medina

LA LETTRE DE ROSELYNE BACHELOT AUX PARLEMENTAIRES
 (texte intégral)
Messieurs les députés, Mesdames les députées, Vous êtes actuellement sollicités par des pharmaciens inquiets face aux mises en causes répétées de leur profession, notamment quant au contentieux communautaire sur la détention du capital des officines par des pharmaciens, au rapport de la commission pour la libération de la croissance, mettant en cause la « rente de situation » dont bénéficieraient les pharmaciens, ou encore le rapport Beigbeder, qui recommande une dérégulation totale de la distribution des médicaments. Je tiens à réaffirmer ce que j'ai déjà exprimé publiquement : je considère que le monopole pharmaceutique doit être préservé pour le bien de tous.
• C’est avant tout une question de santé publique. Le médicament doit rester, pour la protection de la santé de la population, identifié comme un produit spécifique dont le potentiel bénéfique est toujours, qu’il soit soumis à prescription ou non, remboursable ou non, assorti de risques. L'accompagnement et les conseils d’un professionnel de santé indépendant, dont la responsabilité personnelle est pleinement engagée, sont indispensables. II faut qu’ils soient garantis pour tous les patients qui en ont.besoin, dans un commerce dédié et professionnalisé, dont l’organisation permet d’avoir une visibilité sur le parcours de soin du patient.
• C’est également une question de société, considérant les services rendus aujourd’hui par ce réseau à la population française, dont l’équilibre tient aujourd’hui sur trois piliers : la propriété de son capital, qui impose à son titulaire d’assumer la responsabilité pleine et entière de l'ensemble de l’activité de son officine ; le maillage du réseau des officines sur le territoire, garantissant son adaptation aux besoins de la population, y compris dans les zones peu attractives ; le monopole, contrepartie d’une compétence assurée par une formation initiale et continue de haut niveau sur des produits dont la sensibilité tient tant à leur impact sur la santé publique qu’à la nécessité d’en maîtriser les coûts pour la collectivité. Le pharmacien d’officine, en France, est un professionnel de santé proche de chez soi, facilement accessible sans rendez-vous, sur une large amplitude horaire, avec un service de gardes adapté. La disponibilité de professionnels de santé à même de conseiller les patients et de les orienter le cas échéant doit être préservée, en particulier dans le contexte actuel de difficultés croissantes en matière de démographie médicale. Par ailleurs, le maintien d’une chaîne allant de la fabrication à la distribution dans un strict cadre pharmaceutique permet de garantir une traçabilité, rempart efficace contre la pénétration de médicaments contrefaits. Toutefois, les mises en cause actuelles montrent que la valeur ajoutée du réseau pharmaceutique n’exonère pas les officines de s’intégrer dans l’objectif national d’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens. Face à ces enjeux, j'ai proposé aux pharmaciens un plan d'action cohérent, visant à optimiser le service pharmaceutique en le rendant plus concurrentiel.
1. En garantissant un maillage officinal adapté aux besoins de la population, permettre à chaque officine de disposer d'un volant d’activité suffisant pour offrir un service répondant aux exigences actuelles de qualité (stock, présence pharmaceutique, formation, disponibilité de conseils, écoute, etc.) et diminuer les coûts de la distribution pharmaceutique assumés par l’assurance maladie, qui sont encore élevés dans notre pays.
Je considère que le monopole pharmaceutique doit être préservé pour le bien de tous. C’est l’objet de l’article 59 de la LFSS pour 2008, qui incite dans les zones surdenses au regroupement des petites officines leur permettant, sans priver la population, de supporter d’éventuelles variations de marges. Ainsi, cet article augmente le quota de population pour l’ouverture d’une pharmacie supplémentaire et privilégie les regroupements et les transferts, limitant les créations aux seules zones où existe un véritable besoin non couvert.
2. Permettre la mise à disposition sécurisée de certains médicaments devant le comptoir des pharmacies que l’on peut appeler « libre service sécurisé », pour offrir un choix éclairé et accompagné de conseils individualisés, pouvant prendre en compte le parcours de soins du patient, lorsqu’il souhaite se soigner sans consulter un médecin. Cela incitera à offrir des prix publics concurrentiels et améliorer le pouvoir d’achat.
3. Créer un statut de centrale d’achats, auquel jusqu’ici les pharmaciens n’avaient pas accès, pour permettre à toute pharmacie d’avoir accès à des prix d’achat concurrentiels pour la majorité des médicaments non remboursables. II permettra de faire baisser de façon généralisée les prix de vente au public et d’éviter ces écarts de prix démesurés qu’on pouvait constater d’une officine à l’autre.
4. Mise en valeur du réseau des pharmacies d’officine dans la mise en oeuvre des actions et des plans de santé publique, plans nationaux (cancer, Alzheimer, canicule, grippe aviaire, etc.), veille, Je considère que le monopole pharmaceutique doit être préservé pour le bien de tous alertes sanitaires, éducation thérapeutique, prévention, etc.
5. Optimisation des coûts de distribution des médicaments pour l’assurance maladie : rendez-vous réguliers avec les pharmaciens pour étudier, sur la base d’indicateurs chiffrés, les moyens d’optimisation des coûts. Le réseau officinal est organisé, maîtrisé et contrôlé pour en garantir la qualité et le rôle dans la protection de la santé de nos concitoyens. Cette qualité dépend d’un équilibre reposant trois piliers: fragilisation de l’un d’entre eux, et principalement du monopole, fait risquer l’écroulement d’un édifice tenant une place importante dans notre société, sans réelle contrepartie, notamment en termes de croissance. Le plan d’actions que je mets en place permettra,. et ce sera évalué, d’améliorer le pouvoir d’achat sans détruire une organisation qui rend des services précieux à la population française. Telle est ma vision, en tant que ministre de la santé, des réponses à apporter aux inquiétudes des pharmaciens. Vous pouvez les assurer qu’ils trouveront en moi, comme je l’ai montré par exemple en écrivant à la commission Attali, une alliée pour défendre ce réseau, qui n’est sans doute pas étranger à la performance qui vient à nouveau d’être reconnue à notre système de santé, au travers d’une étude plaçant la France à la première place de 19 pays industrialisés pour la prise en charge de maladies médicalement curables. Je vous prie d’agréer, Messieurs les députés, Mesdames les députées, l’expression de mes salutations distinguées.

Roselyne Bachelot-Narquin
 
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Les pharmaciens vent debout 
Si les parlementaires font remonter jusqu’au gouvernement les inquiétudes des pharmaciens, c’est que ces derniers n’hésitent pas à aller frapper à la porte de leurs permanences. La Fédération a ainsi intensifié ses efforts de pédagogie auprès du personnel politique à la faveur de la dernière campagne présidentielle, enjoignant notamment les présidents de syndicats départementaux à relayer auprès des parlementaires et des élus locaux les craintes de la profession. Le Rhône a récemment fourni une illustration de cette mobilisation. Alors que la menace des courants libéraux de Bruxelles continue de peser sur les officines françaises, le syndicat des pharmaciens local a décidé de prendre le taureau par les cornes, en recevant deux spécialistes du sujet lors de sa dernière AG : Françoise Grossetête, influente députée européenne, ainsi que Philippe Liebermann, vice-président de la FSPF. Deux témoins privilégiés des mouvements à l’oeuvre au niveau communautaire, qui ont répondu présents à l’invitation de Didier Vieilly. « La principale menace qui pèse sur l’officine, c’est l’ouverture du capital, estime l’élu syndical, et il est essentiel de mobiliser nos confrères et de sensibiliser nos politiques. En organisant ce face à face, nous avons voulu montrer à une éminente représentante du Parlement européen que les pharmaciens étaient inquiets. Dans le même temps, nous avons voulu montrer à nos confrères que nous étions réellement défendus par nos représentants syndicaux ». Le président du syndicat du Rhône croit dur comme fer à la mobilisation des départements : « Il n’est pas forcément facile de faire venir un responsable politique à une AG, mais c’est possible, et cela fait partie des choses que l’on peut faire à notre niveau pour aider nos représentants nationaux à faire passer nos messages. La menace est réelle, et on ne doit pas rester les bras croisés !