n°1199
avril 2008
Santé
Allergies
Le boom des particules fines
La fréquence des allergies est en croissance constante. Dans cette escalade, le rôle de la pollution par les voies aériennes n’est plus à discuter.
D’après les estimations actuelles, 25 à 30 % de la population serait atteinte par les allergies, tous âges et toutes formes confondus. Pour certains experts, ce taux pourrait atteindre 50 % d’ici 25 à 30 ans. « La pollution de l’air, extérieur et/ou intérieur, intervient par un mécanisme double : une amplification des réactions chez des sujets déjà allergiques et une initiation d’un processus allergique chez des sujets qui ne l’étaient pas avant l’exposition aux polluants », explique Alain Grimfeld, chef de service de pédiatrie-pneumologie et allergologie de l’hôpital Trousseau à Paris.
Immunité perturbée
Le premier mécanisme met en jeu l’effet pro-inflammatoire des polluants, qui fait qu’une personne allergique à une substance développera des réactions plus fréquentes et plus intenses à cette substance quand elle aura été préalablement exposée aux polluants. « Cette éventualité est extrêmement fréquente : il suffit d’imaginer la situation de personnes allergiques aux pollens dans une grande ville ou habitant près d’une voie à grande circulation », souligne Alain Grimfeld. Dans le second cas, les polluants perturbent la réponse immunitaire des sujets exposés, et en orientent certaines voies vers une réaction de type allergique. Au sein de ces mécanismes, la responsabilité prédominante des particules ultrafines a été mise en évidence. « Ces résultats sont particulièrement importants, surtout si on les relie au développement considérable des nanotechnologies produisant et utilisant des nanoparticules », indique Alain Grimfeld.
Asthme aggravé
Par ailleurs, depuis une quinzaine d’années, des études, menées dans le cadre d’observation des relations entre santé et environnement, ont permis de mettre en évidence des liens de causalité entre la pollution physico-chimique de l’air et la pérennisation de l’asthme. Plus récemment, ces travaux ont montré le lien existant entre la pollution d’origine automobile et l’apparition de nouveaux cas de la maladie. « La pollution physico-chimique de l’air agit en provoquant et/ou en aggravant l’inflammation à l’origine de l’asthme », précise Alain Grimfeld. Polluants incriminés : les polluants oxydants comme les oxydes d’azote ou l’ozone, responsables de ce que l’on appelle un stress oxydant (voir encadré). Ou encore les particules fines, comportant un noyau de carbone, produites, entre autres, par la circulation automobile. Comment agir au plan thérapeutique si l’on prend pour cible la pollution ? Réponse d’Alain Grimfeld : « en mettant en oeuvre des actions de prévention primaire et secondaire ». Le premier type d’action, développé à l’échelle de la population, comporte toutes les mesures destinées à améliorer la qualité de l’air. Le second, instauré chez un individu donné, une fois les allergies déclarées, associe l’éviction aux polluants et aux allergènes avec les médicaments classiques ou des traitements d’immunothérapie spécifique.
Claire Grevot
Photo Miguel Medina
Pour en savoir pluswww.cnaa-asthme-allergie.org
La première journée du Congrès national d’asthme et d’allergie qui se tiendra du 18 au 20 juin 2008 à l’Institut Pasteur à Paris sera consacré à la pollution et ses conséquences dans les domaines de l’asthme et de l’allergie. 
Stress oxydantGrâce à l’action combinée d’anti-oxydants fournis par l’alimentation et d’enzymes spécifiques fabriquées par l’organisme, nous nous défendons en permanence contre la toxicité de l’oxygène. Cependant, lorsque ces moyens de défense sont dépassés, nous entrons dans une phase de déséquilibre, penchant vers les mécanismes d’oxydation tissulaire, avec production de radicaux libres. Très récemment, il a été montré que certains sujets, génétiquement déficitaires dans l’une des enzymes protectrices, sont beaucoup plus vulnérables au stress oxydant que les personnes non déficitaires.