n°1199
avril 2008
Santé
Génétique
Vos gènes ont de l’avenir
Les tests génétiques font une entrée discrète dans le domaine thérapeutique. A la maison ou chez le médecin, vers un monde meilleur ou le meilleur des mondes ?
Connais toi toi-même. Maintenant que l’ADN humain a complètement été séquencé, jamais le dicton n’a eu une telle résonance. Pourtant, malgré les possibilités énormes ouvertes par la maîtrise du génome, industriels et patients ne s’y consacrent que mollement, partagés entre prudence et interrogation. L’exemple de l’Abacavir est parlant. Ce principe actif développé par GlaxoSmithKline est un antirétroviral puissant présent à la fois seul et en association dans plusieurs médicaments : Ziagen, Kivexa, Trizivir. Efficace, il est malheureusement mal toléré par 5 à 8 % des patients, qui développent une hypersensibilité au produit : fièvre, rash, troubles gastro-intestinaux, léthargie... Or cette réaction est intimement liée à la présence chez le patient d’une allèle HLA – Human leukocyt Antigen, la carte d’identité immunologique des cellules – appelée B*5701. La logique a donc voulu que l’on teste chez de nombreux patients la corrélation entre la présence de cet HLA et la réaction à l’abacavir. Ce qui fut fait chez 1956 patients provenant de 19 pays. Les résultats de l’étude PREDICT plaident en faveur d’un test prédictif systématique chez les patients traité à l’abacavir. Il s’agit d’un pas important dans la pharmacogénétique, non tant scientifique que symbolique : le test est déjà sorti au Royaume- Uni. Dans un éditorial, le New England Journal of Medecine fait néanmoins remarquer que les industriels ne s’engagent qu’à petits pas dans le développement de molécules nécessitant des tests génétiques pour être exploitées. On les comprend : cela compliquerait théoriquement l’utilisation chez les patients, diminuerait les prescriptions, et donc le chiffre d’affaires.
Avenir optimisé
Pourtant la mise sur le marché en Angleterre du test pour l’abacavir a fait augmenter ses ventes. Médecins et patients semblent donc prêts à payer le prix de la complexité. On peut dès lors se prendre à rêver : pourquoi ne pas génotyper tout un chacun et connaître la variabilité de ses cytochromes ? Ces enzymes hépatiques sont responsables de la métabolisation des médicaments. Très différentes d’un patient à l’autre, elles peuvent faire varier l’absorption d’un médicament de 1 à 10 ou être responsables d’effets secondaires ou d’interactions médicamenteuses. Par exemple, le CYP2E1 est responsable de la métabolisation du paracétamol, il existe aussi, entre autres, le 3A4 ou le 2D6. Ce dernier est responsable de la métabolisation de la codéine en morphine : chez certains patients, appelés « métaboliseurs lents », l’activité enzymatique n’est pas assez puissante : la codéine est donc plus ou moins inefficace. Il existe au contraire des métaboliseurs hyper rapides, comme cette maman à qui l’on administrait des doses raisonnables de codéine à la suite de son accouchement. La morphine métabolisée se retrouvait à haute dose très rapidement dans le lait maternel... l’enfant est malheureusement décédé. Dresser une carte génétique personnalisée de ces cytochromes permettrait donc un meilleur contrôle thérapeutique, d’autant que ces voies métaboliques sont bien connues. Au bon patient, le bon médicament à la bonne dose... A quand en vrai ?
Laurent Simon
Photo Miguel Medina

Génétique en libre service
Internet a toujours un petit temps d’avance. Souvent au grand dam des médecins. Depuis quelques années se développe la vente de tests génétiques réalisables « at home ». Le principe est simple : on paie et on reçoit chez soi un kit de prélèvement que l’on renvoie à l’adresse indiquée pour analyse. Le résultat arrive par mail en quelques jours. Paternité, maladies génétiques diverses, mais aussi prédispositions (infarctus, thrombose ou cancer du sein), l’échantillon est vaste. Trop vaste. Savoir que l’on a un risque de thrombose quatre fois supérieur à la normale est il interprétable par un patient ? Certainement pas. Pour 350 $, une femme peut aujourd’hui savoir si son gène BRCA-2 la prédispose au cancer du sein... une mauvaise réponse à la seule vraie question : « Aurai-je un jour un cancer ? ». Mais cela jusqu’à présent, aucun test ne peut le dire.