n°1199
avril 2008
Santé
Recherche
Les vaccins prennent leur envol
Devenus des produits de haute technologie, les vaccins ouvrent un champ d’application dépassant celui des maladies infectieuses.
Il y a peu d’acteurs sur le marché du vaccin. Par rapport aux fabricants de médicaments, les producteurs de vaccins forment en effet un club relativement fermé. Les raisons ? Les vaccins sont des produits complexes et leur industrialisation a un coût très élevé. De plus, contrairement aux médicaments, ce sont des produits qui ont toujours été peu valorisés. Cependant, comme l’indique Christophe Weber, PDG de GlaxoSmithKline (GSK), « cette situation est en train de changer ». Aujourd’hui, l’innovation est au centre des développements et transforme du coup les vaccins en produits de haute technologie, fortement remboursés. Les biotechnologies, qui envahissent peu à peu ce domaine (elles sont à l’origine – c’est une révolution – de vaccins moléculaires), offrent même des pistes thérapeutiques en dehors des maladies infectieuses. Entre producteurs, la compétition fait rage, ceux-ci se disputant le marché de cette nouvelle vaccinologie.
Récents lancements
Plus de cent formulations de vaccins contre une quarantaine d’infections sont actuellement disponibles. Parmi les plus récents ayant fait une entrée remarquée sur le marché : le Prévenar, des laboratoires Wyeth, seul vaccin antipneumococcique adapté aux enfants de moins de deux ans. Ce qui le distingue des autres produits ciblant le pneumocoque : il s’agit d’un vaccin heptavalent conjugué à une protéine qui offre une protection de longue durée dès l’âge de deux mois. Ce vaccin, qui a obtenu son AMM en 2001, bénéficie, depuis 2002, de recommandations officielles. Un vaccin antipneumococcique pentavalent, dirigé plus largement contre les infections bactériennes respiratoires liées au pneumocoque, est à venir : le Synflorix (GSK, en cours d’enregistrement). Les deux mastodontes du marché se livrent une bataille acharnée. D’autre part, des vaccins réellement nouveaux (car ciblant une maladie non encore accessible à la vaccination) sont tout récemment apparus : le Rotarix du laboratoire GSK et le Rotateq du laboratoire Merck (distribué en France par Sanofi Pasteur MSD), contre la gastro-entérite à rotavirus, administrables par voie orale et disponibles depuis 2006. « Rotateq est basé sur le concept original suivant : il s’agit d’un vaccin vivant atténué recombinant utilisant cinq sérotypes différents dirigés contre autant de souches de rotavirus », précise Bruno Soubeyrand, directeur médical chez Sanofi Pasteur MSD. Si, aux yeux des experts, la vaccination représente aujourd’hui le seul moyen de réduire le nombre de morts et les hospitalisations dues au rotavirus, il n’existe cependant pour l’instant aucune recommandation quant à l’utilisation de ces vaccins en France.
En plein essor
Depuis deux ans, le zona est également devenu la cible d’un vaccin : le Zostavax. Comme l’indique Bruno Soubeyrand, « il est destiné à la prévention du zona et des douleurs post-zostériennes. Indiqué à partir de 60 ans, son objectif est de renforcer l’immunité, afin de contenir le virus et éviter la recontamination virale ». Bémol : comme les précédents, il ne fait l’objet d’aucune recommandation. Principale raison : il manque encore des données sur sa durée d’efficacité. Mais l’innovation la plus marquante de ces toutes dernières années reste la mise au point d’un vaccin indiqué dans la prévention du cancer du col de l’utérus dû aux infections à Papillomavirus humain (HPV). Sur ce terrain, les deux mastodontes du marché, Sanofi Pasteur MSD et GSK, se livrent une bataille acharnée. L’un a commercialisé le Gardasil (inventé par Merck et disponible depuis fin 2006), le second a mis au point le Cervarix (en cours d’accès au marché). Le premier, Gardasil, vaccin recombinant quadrivalent, a réussi à prendre un puissant essor commercial sur l’ensemble des marchés de la planète. Il bénéficie de plus, en France, de la préférence du Haut conseil de la santé publique (HCSP) et s’accompagne de recommandations vaccinales (jeunes filles et femmes adultes de 14 à 23 ans). Selon Christophe Weber, le Cervarix offrirait pourtant « une protection plus large et plus longue ». Un autre point les différencie : « alors que le Gardasil a des indications plus larges, englobant les condylomes acuminés, le Cervarix cible spécifiquement le cancer du col », note Soizic Coursier, directeur médical chez GSK. L’avenir dira lequel est le plus protecteur...
Pistes suivies
Parallèlement à ces lancements, un certain nombre de vaccins particulièrement innovants sont en développement, parfois même très avancé. Certains sont déjà disponibles aux Etats-Unis, comme le Simplirix de GSK, visant l’herpès. Chez GSK, on compte par ailleurs, en phase II, le Mosquirix (paludisme) ainsi que des vaccins contre l’hépatite E et la dengue, et en phase I, un développement contre le VIH. En matière de sida, la course est encore longue. Chez Merck, un essai de vaccin contre le virus VIH a été dernièrement arrêté. Les vaccins sont des produits complexes et leur industrialisation a un coût très élevé. Composé de trois gènes du virus produits synthétiquement et « emballés » dans un vecteur viral (un adénovirus atténué), ce dernier visait à stimuler, non pas la fabrication d’anticorps, mais celle des lymphocytes T, responsables de l’immunité cellulaire. Or, le vaccin n’aurait pas eu d’effet protecteur mais aurait de surcroît facilité l’infection des personnes vaccinées. Concernant le paludisme, «l’immunité parasitaire est très compliquée et freine pour le moment la mise au point de vaccins efficaces », souligne Bruno Soubeyrand. Une étude avec un vaccin antimalaria a cependant été lancée par GSK « Le vaccin a montré une efficacité de 50-60%. Il permet de réduire l’hospitalisation due à la malaria et on espère réduire la mortalité », souligne Christophe Weber. « S’attaquer aux virus instables (sida, hépatite C, etc.), aux parasites reste le challenge des années futures », souligne Soizic Coursier. « Les pathogènes émergents comme le virus respiratoire du SRAS font également l’objet de nombreuses recherches », poursuit-elle. L’approche immunothérapique est par ailleurs testée contre les cancers. « Notre vaccin le plus avancé cible une protéine surexprimée dans certains types de cancers, notamment celui du poumon. L’objectif est d’éduquer le système immunitaire afin qu’il aille détruire les cellules cancéreuses qui surexpriment la protéine. Si le concept marche, on peut penser que d’autres pathologies pourront bénéficier de cette approche », conclut Soizic Coursier.
Claire Grevot
Photo Miguel Medina

L’incontournable Comité technique des vaccinations
La mise sur le marché d’un nouveau vaccin n’est pas synonyme de son intégration automatique dans le calendrier vaccinal officiel, ce qui conditionne son remboursement et donc sa prescription. En France, l’élaboration de la politique vaccinale s’appuie en effet sur les avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) et du Comité technique des vaccinations (CTV). Sans l’avis et les recommandations de ces instances officielles (reconnaissance de l’efficacité, de la tolérance, de la durée de protection du vaccin, établissement de la population cible, etc.), pas de remboursement. Et donc peu d’utilisations par la population... et peu de ventes pour les laboratoires.
Quelques Chiffres
■ Les ventes de vaccins, tous producteurs confondus, avaient atteint 10,2 milliards d’euros en 2006 dans le monde. Elles pourraient doubler en quelques années.
■ Alors qu’un vaccin antigrippal revient à quelques euros, le Gardasil est commercialisé à plus de 100 euros la dose, soit 300 euros le traitement.
■ L’OMS estime que le rotavirus tue chaque année dans le monde – essentiellement dans les pays en voie de développement – plus de 800 000 enfants, âgés le plus souvent de moins de 5 ans. En France, comme dans les pays développés, la mortalité est très faible. En revanche, les hospitalisations d’enfants en bas âge sont nombreuses.
■ Après qu’un vaccin ait été introduit dans le monde dit favorisé, il peut s’écouler de 5 à 20 ans avant qu’il ne parvienne aux régions économiquement défavorisées.