n°1209
avril 2009
Santé
Biotechnologies
Le casse-tête de la galénique
Produits thérapeutiques issus du vivant, les biomédicaments pèsent déjà 10 % du marché pharmaceutique. Leur explosion annoncée s’accompagne de questions sur l’optimisation de leur galénique.
Les dernières décennies ont vu s’accélérer le développement des produits thérapeutiques issus des biotechnologies, et en particulier des biomédicaments. Ceux-ci sont aujourd’hui principalement représentés par des protéines thérapeutiques et des anticorps monoclonaux. Or, les caractéristiques intrinsèques des protéines sont à l’origine d’une problématique galénique spécifique pour la mise au point de ces médicaments.
Eviter la dénaturation
Leur poids moléculaire élevé associé à leur faible perméabilité – et donc à une faible biodisponibilité – ainsi que leur sensibilité aux protéases digestives limitent considérablement les modalités possibles pour leur administration et, en particulier, ne permettent pas d’utiliser la voie orale. C’est pour cette raison que les voies injectables sont actuellement privilégiées. Les protéines se caractérisent également par leur instabilité, La dénaturation des protéines peut provoquer des réactions immunitaires néfastes leur sensibilité aux variations des conditions environnantes, comme la température ou le pH, et par une interaction potentielle avec les surfaces hydrophobes de leur contenant. Ces paramètres doivent être strictement contrôlés car la dénaturation des protéines et leur modification structurelle risque de provoquer chez le patient, non seulement une altération de leur efficacité thérapeutique mais aussi des réactions immunitaires néfastes. En outre, ainsi que le souligne Luc Grislain, directeur de l’Institut de pharmacie industrielle de Bordeaux1 : « Pour exercer leur action pharmacologique sur des récepteurs précis, ces molécules doivent conserver une conformation spatiale déterminée, ce qui exclut tout procédé industriel traumatisant ». Pour améliorer la stabilité des protéines thérapeutiques et ainsi permettre leur conservation, la technique de choix reste la lyophilisation. Une autre option consiste à former des microémulsions ayant pour avantage essentiel d’améliorer la biodisponibilité de molécules initialement peu solubles.
Améliorer la compliance
La courte demi-vie des protéines thérapeutiques est un autre de leurs inconvénients, puisque le maintien de leur action thérapeutique nécessite une fréquence d’administration difficilement compatible avec une compliance optimale en administration parentérale. Le développement de formes à libération prolongée permet de surmonter cette difficulté. Ainsi, la société Flamel Technologies2 a mis au point un système de nanoparticules non immunogènes, non toxiques et non allergisantes. Dénommé Medusa, il permet une administration contrôlée des protéines sans les dénaturer et sans modifier leur activité : les protéines restent en surface des nanoparticules qui les transportent et sont libérées dans l’organisme, les nanoparticules étant ensuite biodégradées. Les applications en cours de développement concernent l’interféron-a, l’insuline, l’interleukine-2, l’hormone de croissance, etc. L’amélioration de la compliance est un thème central de réflexion pour le développement d’autres voies d’administration, notamment nasales et pulmonaires. Le challenge est désormais entre les mains des galénistes !
Nathalie Le Goff
Photo DR
1 3e Forum national de santé – Bordeaux, décembre 2008.
2 Plus d’informations sur le site www.flamel.com

Les caractéristiques intrinsèques des biomédicaments posent de gros problèmes en termes de galénique.
LES CHIFFRES
En 2008, 107 biomédicaments étaient disponibles sur le marché français et plus de 600 candidats étaient en développement clinique à travers le monde, dont une soixantaine en phase III.
■ Le marché mondial des biomédicaments représentait 71 milliards de dollars en 2007.
■ La croissance annuelle prévisionnelle des ventes mondiales de biomédicaments entre 2008 et 2012 est de l’ordre de 12 % (contre 4 % pour les autres médicaments).
■ 16 grands domaines thérapeutiques et environ 150 maladies sont susceptibles d’être concernés par les biomédicaments.
Source Leem