n°1209
avril 2009
Actualité
Edito
Des raisons de se battre
A moins d’en devenir un jour de simples résidents, quand le grand âge les aura gagnés, les pharmaciens se demandent bien s’il y a encore une place pour eux aux côtés des personnes âgées dépendantes hébergées en institution. Le statut et le mode de prise en charge du médicament et des produits de santé dans les Ehpad se caractérisent depuis des années par une valse hésitation dont le sens profond, je dois l’avouer, nous échappe. Au gré des lois et des humeurs politiques, la personne âgée résidente en établissement se retrouve malgré elle baladée d’une tendance à une autre. Tantôt considérée comme un assuré social de plein droit, tantôt contingentée dans son accès aux soins. Le forfait de soins des Ehpad, lui, joue les contorsionnistes, selon qu’on y intègre, ou pas, le médicament. Pour les dispositifs médicaux, la messe est dite depuis cet été. Pour le médicament, on nous renvoie au bilan des expérimentations qui vont être lancées dans les prochains mois. Dès maintenant, on ne peut que nourrir les plus vives inquiétudes sur l’avenir, Ce qui se joue dans les maisons de retraites dépasse les intérêts corporatifs des uns et des autres lorsque les choix thérapeutiques, la qualité du suivi pharmaco-médical, le confort de vie des personnes âgées seront fonction des marges budgétaires des établissements et de leur politique d’achats. Dans un tel contexte, difficile d’augurer ce que sera, demain, le rôle du pharmacien. La convention-cadre sur laquelle la Fédération travaille depuis plusieurs années n’a pas encore vu le jour ; la question de la préparation des doses à administrer est toujours suspendue à la parution d’un arrêté ; enfin, le projet de loi HPST prévoit que le pharmacien puisse assurer la fonction de pharmacien référent pour un Ehpad ne disposant pas de pharmacie à usage intérieur, sans que l’on connaisse bien l’articulation de cette mission avec celle du pharmacien dispensateur, qui pourrait bien devenir un pharmacien de coordination. Autant dire que ceux de nos confrères qui comptent une ou plusieurs maisons de retraite dans leur patientèle attendent avec angoisse de voir de quoi demain sera fait. Or, plus les officines sont modestes, et plus la part de chiffre d’affaires que représente leur clientèle Ehpad est importante. Dans un climat tendu, où s’affrontent des intérêts parfois contradictoires ou divergents, où l’on attend des pharmaciens qu’ils fournissent des services complémentaires à enveloppe constante, il est de notre responsabilité de rappeler quelques évidences. Non, les officines ne pourront pas supporter les effets économiques d’une réforme qui ignore la compétence, la disponibilité et la plus-value en termes d’observance et de lutte contre la iatrogénie qu’apportent les pharmaciens dans le dispositif. Porter un coup fatal à ces postes avancés de soins que sont les officines de proximité, dans des espaces souvent désertés par les offreurs de soins, serait entériner la fragilisation de ces zones. Quant aux personnes âgées dépendantes hébergées en maisons de retraite, dont la loi dispose pourtant qu’elles jouissent du même statut qu’à leur domicile, veut-on courir le risque d’une forme de rétrogradation sociale ? Ce qui se joue dans les maisons de retraites dépasse les intérêts corporatifs des uns et des autres. Il serait temps de s’en rendre compte !
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina