n°1209
avril 2009
Santé
MAD
Pharmacien à domicile
Le maintien à domicile fait partie intégrante du rôle de l’officinal. Néanmoins, avant de s’y engager, mieux vaut connaître toutes les implications et les investissements requis.
Le maintien à domicile (MAD) reste un secteur sous-exploité par les pharmaciens. Pourtant, il est en pleine expansion (le marché progresse de 10 % par an depuis deux-trois ans) et va encore se développer dans les années à venir. A l’origine de cette montée en puissance : le vieillissement de la population, la progression des handicaps (perte d’autonomie, voire dépendance) et le retour à domicile de patients « lourds », les durées d’hospitalisations se raccourcissant au profit de la prise en charge en ville. Le rôle du pharmacien dans ce domaine ? « Il est de conseiller dans l’acquisition d’un matériel adapté, en prenant en compte la cause et l’importance du handicap ainsi que l’environnement, pour aider le patient et sa famille », répond Michel Gallet, ancien chef de service en cardiologie et urgences, et formateur UTIP.
Pourquoi se lancer ?
■ Pour passer du stade de dispensateur de médicaments à celui de professionnel de santé qui s’occupe d’un malade à part entière. Le MAD est en effet synonyme de prise en charge globale qui inclut, non seulement le médicament, mais aussi d’autres aspects liés à l’état de santé du patient (fourniture d’accessoires, de dispositifs médicaux, etc.).
■ Pour diversifier son activité, voir le patient d’une façon différente.
■ Pour conserver le monopole sur le médicament et tout ce qui lui est rattaché, notamment les dispositifs médicaux placés à domicile (pompes à chimiothérapie, à insuline, oxygénothérapie, etc.).
■ Pour la notoriété, la fidélisation de la clientèle, « où les retombées peuvent être considérables », signale Michel Gallet. Et sur le plan économique ? « Il faut bien avoir à l’esprit que le MAD restera un acte marginal en termes d’importance du chiffre d’affaires. Cependant, il n’est pas négligeable », rapporte Christian Camuzeaux, docteur en pharmacie et directeur Formation, sécurité, qualité chez Locapharm. Comment procéder ? Comment s’investir ? « Faire du MAD est aussi un engagement humain »
■ Se former (soi-même ou un membre du personnel, adjoint ou préparateur), notamment en passant un diplôme d’université (DU) de maintien à domicile.
■ Détecter les prescripteurs directs (médecin généraliste, spécialiste, etc.) ou indirects (infirmière, sage-femme, etc.) pour les informer que l’on est formé au MAD, donc compétent.
■ Choisir son ou ses prestataires (deux au maximum), liés ou non au grossiste-répartiteur. « Il est important que le pharmacien étudie la nature du contrat* proposé, voie les responsabilités engagées. Il ne doit pas se focaliser uniquement sur les conditions commerciales. Par ailleurs, mieux vaut travailler avec un prestataire susceptible de répondre à tous les besoins dans un domaine, et privilégier ceux qui font le choix clair de l’officine », détaille Christian Camuzeaux.
■ Avoir un stock minimum, en tenant compte de la ruralité de la zone où est implantée l’officine (plus la zone est rurale, plus le potentiel de développement du MAD est important).
■ Conseiller sur le choix du matériel et gérer celui-ci sur le long terme pour éviter tous retentissements sur la santé du patient (renouvellement dans le temps des fournitures, du matelas anti-escarres, etc.). « Faire du MAD nécessite de franchir le comptoir et d’aller au domicile du patient. C’est un engagement humain, associé à des compétences, de l’énergie, de la volonté, une certaine envie. Toutes ces qualités sont exigées pour développer le MAD dans son officine et lutter contre la concurrence », conclut Christian Camuzeaux.
Claire Grevot
Miguel Medina
* Contrat de type sous-traitant – responsable, dans lequel le donneur d’ordre peut être soit le prestataire, soit le pharmacien. Il peut aussi s’agir d’un partage de responsabilités, dans lequel le pharmacien conserve la maîtrise sur ses patients tout en sous-traitant ou délégant certains aspects du MAD. 
Même en pleine expansion, le MAD reste un secteur sous exploité par le pharmacien.