n°1219 avril 2010
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Santé CONSEIL HE, le « bio » est-il essentiel ?
La labellisation d’une huile essentielle (HE) fait grimper son prix d’environ 35%. Cette différence de coût reflète-t-elle réellement une différence de qualité ? 
Pour de nombreux produits vendus en officine (cosmétiques, compléments alimentaires…), le label bio est un « plus » qui plaît à la clientèle. Dans le domaine des huiles essentielles (HE), la tendance verte ressemble plus à une brise qu’à une tornade! Comme l’explique Julien Kaibeck, aromatologue pour Pranarôm, « si le marché des HE se développe en France depuis plusieurs années, les labellisées bio comme les nonbio profitent de la croissance du secteur dans les mêmes proportions ». La montée en puissance du bio, remarquée dans d’autres domaines, est probablement freinée ici par le facteur économique : pour le consommateur, « bio » signifie avant tout « flambée des prix ». Il faut savoir que toutes les HE commercialisées en officine respectent des normes strictes de qualité.  
Pour le consommateur, « bio » signifie avant tout « flambée des prix». Pour le contrôle de leur composition, elles subissent des tests précis, comme le confirme Jean-Marc Soulier, pharmacien et responsable achat et contrôle qualité pour Phytosun Arôms : « Chaque lot d’HE, qu’il soit bio ou non, est analysé systématiquement par chromatographie et spectrométrie de masse pour établir sa composition biochimique.  On s’assure ainsi de la qualité de l’HE et de ses vertus thérapeutiques. » Pas de différence donc du point de vue des vertus thérapeutiques, quel que soit le statut de l’huile essentielle.

Pollutions
De l’aveu même de Jean-Marc Soulier, « de nos jours, personne ne peut affirmer qu’un produit est sans résidus ; les pollutions de toutes sortes sont omniprésentes ». Les laboratoires fournisseurs d’huiles essentielles ne sont évidemment pas naïfs : de fait, une large proportion des HE provient de pays où le risque de fraude à la certification bio n’est pas négligeable (Chine, Afrique du Nord, Inde…). En conséquence, la présence de pesticides est testée en routine sur tous les lots entrants dans les entrepôts, notamment pour les Citrus. Mais « mettre en évidence des quantités infimes d’un produit, cela demande des analyses plus poussées que celles qui servent à l’authentification qualitative des HE… », précise le Dr Philippe Goëb, formateur en aromathérapie, consultant pour Phytosun Arôms. Or « les analyses de pesticides sont coûteuses », confirme Jean- Marc Soulier. D’autant qu’il faut préalablement déterminer quels polluants rechercher… Les experts interrogés sont unanimes : une HE bio doit contenir moins de résidus qu’une HE conventionnelle… Mais cela ne veut pas dire que toutes les HE conventionnelles contiennent des résidus et que toutes les HE bio en sont vierges. La qualité des huiles essentielles repose sur un ensemble de critères, allant des caractéristiques de la plante utilisée à la qualité de sa distillation. Le label bio n’est qu’une distinction de plus ; conseiller des HE affichant le logo AB ne sera pertinent que chez les patients adhérant aux valeurs écologiques.
Alexandra Chopard
Photo : Miguel Medina 

[ Nota bene ]
LOT formation propose des cours d’aromathérapie destinés aux équipes officinales. Adressez vos demandes à : Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir


Être ou ne pas être « bio »
C’est du côté de la teneur en pesticides qu’il faut chercher la singularité des HE labellisées. Les plantes « bio », destinées à la distillation, sont en effet cultivées selon des méthodes particulières, visant à limiter voire interdire le recours aux produits phytosanitaires. Mais une subtilité de la législation échappe généralement à la réflexion du public : ce n’est pas l’HE elle-même qui est expertisée, mais bien l’exploitation agricole produisant la plante destinée à la distillation. Pour obtenir leur certification, les huiles essentielles n’ont donc pas besoin de justifier de leur non-contamination par les polluants. Elles sont bio, parce que produites dans des conditions ad hoc.  

Image
Qu’une huile essentielle soit bio ou non, ses vertus thérapeutiques sont les mêmes.