n°1219
avril 2010
Pratique
INFORMATIQUE
Logiciels : peut mieux faire
Recherche d’efficacité économique et de rentabilité, amélioration de l’ergonomie, intégration d’outils de communication : telles sont les grandes tendances sur les logiciels de gestion officinaux. Et les pharmaciens : qu’en pensent-ils vraiment ?
Hier simples outils de gestion, les logiciels de pharmacie sont passés à la vitesse supérieure. Crise oblige, ils entendent aujourd’hui se positionner comme les partenaires indispensables des officinaux pour lutter contre les baisses de marge, la restriction du chiffre d’affaires, mais aussi pour les accompagner dans leurs nouvelles missions. Rien de moins… Les sociétés de service informatique sont formelles : tous les développements effectués cherchent à optimiser les actes du pharmacien sous les deux aspects, celui de chef d’entreprise et celui de professionnel de santé. En intégrant bien entendu l’aspect réglementaire, avec tous les outils et les normes actuelles, les nouveaux codes CIP et bien sûr le Dossier pharmaceutique. « L’actualisation du DP est l’une de nos priorités. Nous portons nos efforts sur l’ergonomie, la productivité et l’efficacité. Nous allons bien au-delà de la demande des pharmaciens dans ce domaine car, pour eux, le DP reste une contrainte », indique Evelyne Quireza, directrice marketing chez Isipharm. Sans compter la nouvelle version de Sesam- Vitale ! Tous les pharmaciens devront être équipés de logiciels assurant la télétransmission en 1.40 (norme de référence à venir) au 31 décembre 2010. L’un des principaux objectifs : la sécurisation du paiement de la part complémentaire. À l’heure actuelle, certains fabricants ont pris de l’avance en faisant évoluer progressivement leurs logiciels qui ont déjà reçu l’agrément officiel, d’autres ne les ont pas encore rendus compatibles. L’installation est pourtant très lourde et très longue à déployer sur le parc informatique. Ce qui signifie que les pharmaciens doivent s’assurer que leur logiciel évolue au mieux dans ce sens, afin que tout soit parfaitement opérationnel au jour J. Cette version Sesam-Vitale sera d’autre part la seule capable de télétransmettre les codes CIP 13 (voir encadré ci-contre), ce qui impose – encore une fois ! – une modification des matériels informatiques et des logiciels de gestion.
Optimiser sa stratégie d’achat
En dehors de ces obligations réglementaires, les fabricants font le forcing sur le développement d’outils portant sur les stratégies d’achat et de vente. Comme le fait remarquer Evelyne Quireza, « bien vendre est important. Mais la base est de bien savoir acheter, en maîtrisant ses achats en direct qui pèsent désormais pour plus de 17% dans le CA moyen des officines ». « Une gestion précise et pointue des achats et une gestion de stocks rigoureuse sont les bases d’une officine rentable ! », poursuit Virginie Boissier, responsable marketing chez ASP Line. Afin d’aider le pharmacien à maîtriser ses stocks, Isipharm a élaboré, pour Léo, un outil appelé « grille standard ». Cette grille permet de commander tel ou tel produit en fonction de son prix, des conditions d’achats, des coûts de main d’oeuvre et de stockage. Chez Pharmagest, avec le LGPI/CIP Global Services, le pharmacien est épaulé pour optimiser sa stratégie d’achat direct. « Le pharmacien n’a pas besoin de naviguer dans plusieurs menus : il a tout sous la main pour préparer sa commande. Via une gestion interactive de ses achats, il anticipe ses besoins, ses attentes. Il peut faire des prévisions de volumes d’achats et négocier efficacement avec ses fournisseurs », plaide Jérôme Lapray, responsable du marketing direct pour Pharmagest Inter@ctive-CIP.
« Une gestion rigoureuse des achats et des stocks sont les bases d’une officine rentable. » Virginie Boissier, ASP Line Un outil d’alerte des commandes a été intégré dans le logiciel Caduciel, « qui rend possible une mise en surveillance, chez les fournisseurs, d’un certain nombre de produits phares. Un indicateur permet au pharmacien de savoir s’il a besoin ou non de passer une commande », explique Philippe Desquesses, responsable marketing et communication.
Pour faire face à la concurrence tous azimuts à laquelle sont confrontés les officinaux, Alliadis a développé Alliance Premium dans une logique d’accompagnement et d’optimisation de la politique commerciale. L’approche des achats a ainsi été complètement revue pour permettre au titulaire d’identifier facilement le meilleur circuit de réapprovisionnement, avec l’indication, pour un produit à commander, de l’ensemble des conditions commerciales des différents fournisseurs. « En fonction de ses impératifs, des volumes d’achats, de son organisation, le pharmacien peut opter pour un réassort auprès de son répartiteur, une commande directe vers les fournisseurs, une négociation par marché, en constituant des portefeuilles de produits pour cibler des segments précis (solaires, rentrée scolaire, etc.), répondre aux besoins de réapprovisionnement saisonnier, etc. », précise Sophie Roussel, directrice marketing Alliadis.
Booster ses ventes
Vous l’ignorez peut-être, mais la communication inter-officines pour optimiser les commandes groupées est l’une des autres grandes tendances des développements de logiciels. Dans Alliance Premium, via PharmaConnect, les officines s’organisent en groupe d’acheteurs. Chaque groupe se compose d’une pharmacie négociatrice et de pharmacies participantes. « La pharmacie en charge de la commande interroge et récupère automatiquement, auprès des pharmacies du groupe, l’état de stocks et l’historique des ventes. À partir de ces données centralisées, elle peut harmoniser et optimiser les stocks, négocier de meilleures conditions d’achat auprès des fournisseurs », rapporte Sophie Roussel. « La gestion des commandes groupées entre officines peut s’effectuer en temps réel dans Caduciel », indique de son côté Philippe Desquesses. Depuis le LGPI/CIPGS, il est possible, avec OffiCentral, d’interroger à distance la disponibilité d’un produit au sein du groupement auquel appartient le pharmacien, de préparer les commandes, de fixer les prix de vente dans les pharmacies. « Les logiciels apportent ce qu’il faut si on apprend à s’en servir », Andrée Ivaldi, pharmacienne
Quid de la stratégie de vente ? Avec le LGPI/CIPGS, le pharmacien est censé pouvoir suivre précisément ses promotions en cours et savoir ce qu’elles lui rapportent. Par ailleurs, il fixe ses prix de ventes sur une gamme de produits en s’appuyant notamment sur ses statistiques IMS. « Il devient hyper-réactif, ne travaille pas à l’aveuglette car il va simuler réellement l’impact sur ses ventes et sa marge avant de valider. Il peut bloquer la modification du prix de vente des produits fixés. Et tout cela sans risque pour sa marge", souligne Jérôme Lapray. Un outil axé sur la politique de prix a également été mis en place dans le logiciel Caduciel, « pour une gestion cohérente, par rapport à la marge générale de l’officine". De son côté, Alliance Premium intègre des fonctionnalités qui permettent de s’assurer un bon positionnement prix. Un observateur, Atout Prix, intègre les relevés de prix et le titulaire peut accéder à l’ensemble des indicateurs sur la parapharmacie et les médicaments non remboursés (prix moyen constaté, le plus haut, le plus bas). « Le titulaire visualise, en temps réel, les indicateurs qu’il a choisis. À l’aide de la photographie instantanée des pratiques commerciales de ses confrères, il est mieux armé pour négocier avec ses fournisseurs. De plus, la comparaison avec les pharmacies de même catégorie permet d’ajuster les prix au marché et d’être plus compétitif », commente Sophie Roussel. Alliance Premium met également à disposition un outil de compensation de marges donnant le moyen de baisser les prix des produits leader pour en faire des produits d’appel et compenser cet effort de marge sur d’autres produits, à moins forte rotation par exemple.
Mieux servir le patient
Comme on le voit, accélérer les performances économiques du pharmacien est au centre des préoccupations des fabricants de logiciels. Mais proposent-ils aussi des solutions nouvelles pour optimiser le conseil, la dispensation, l’accompagnement du patient? Pour anticiper les nouvelles missions qui s’annoncent pour le pharmacien ? « Proposer des outils de conseil au comptoir permet d’augmenter la qualité de la relation pharmacien/ patient », rappelle Virginie Boissier. Si l’édition de fiches conseil est désormais proposée par la majorité des fabricants, l’accent est mis, chez certains, sur les services d’alerte et d’accompagnement (renouvellement de traitement pour les malades chroniques, informations et conseils, réservation de produits ou arrivée de commande, etc.), via le téléphone mobile ou encore le site Internet de l’officine. « L’objectif de ces services est double : améliorer l’observance des traitements pour le patient, fidéliser la clientèle pour le pharmacien », déclare Jérôme Lapray. Le groupe Alliadis mise, quant à lui, sur le développement de la collaboration pharmacien d’officine-Ehpad, avec la mise à disposition de solutions permettant de professionnaliser et sécuriser les relations avec ces établissements (informatisation et semi-automatisation de l’étiquetage des piluliers notamment). Le marché du maintien à domicile est également visé avec la création d’outils pour la gestion (location, vente) du matériel médical (module en option chez Alliadis, intégré à la licence LGPI Integral chez Pharmagest Inter@ctive – CIP, en option payante de 450 euros pour ce qui concerne la gestion avancée chez Isipharm, inclus dans le Périphar Pack, donc sans surcoût chez ASP Line). « Plus il y a d’évolutions, plus on s’éloigne de la pratique. » Françoise Rouve, pharmacienne
Enfin, et quels que soient les modules, les fabricants portent leurs efforts sur l’ergonomie, avec pour objectif, comme insiste Évelyne Quireza, « le confort d’utilisation et la rapidité des actions réalisées. Avec Léo, le pharmacien peut enchaîner les ventes directes et celles sur ordonnance sans perdre le fil ». Des efforts qu’apprécient les pharmaciens, comme Alain Le Baron, pharmacien à Hellemmes (Nord), qui attend de son logiciel et des différents modules « une prise en main rapide, une rapidité au comptoir, pour un gain de temps optimal ».
Quelles attentes ?
On le voit, les éditeurs entendent bien fournir à leurs clients des outils « tout-en-un », à même d’optimiser leurs actes au quotidien. Mais, au juste, l’ensemble des évolutions proposées sont-elles adaptées aux attentes et besoins réels des pharmaciens ? Les avis sont partagés, entre le « oui, dans l’ensemble » et le « non catégorique ». Philippe Van De Wiele, installé à Saint- Saturnin- lès-Avignon (Vaucluse), fait partie des « globalement satisfaits », même s’il pense qu’il serait possible « d’améliorer encore la gestion de l’officine (stock et prix au plus juste), de libérer du temps supplémentaire, de diminuer les coûts de comptabilité, pour faire naître des sources d’économie ». En revanche, pour Françoise Rouve, pharmacienne titulaire à Estagel (Pyrénées-Orientales), « plus il y a d’évolutions, plus on s’éloigne de la pratique : les manipulations sont de plus en plus nombreuses et le fonctionnement du logiciel est de plus en plus long ». De l’avis d’Andrée Ivaldi, titulaire à Paris, et de son confrère du Nord, Alain Le Baron, le degré de satisfaction et les attentes dépendent en partie de l’aisance qu’a le pharmacien avec l’informatique. « Les logiciels apportent tout ce qu’il faut, même plus que ce qu’il faut, à partir du moment où on sait les paramétrer et si on apprend à les manipuler pour les utiliser et les exploiter au mieux », assure Andrée Ivaldi. « Les attentes varient toutefois selon la façon de travailler : elles sont différentes si l’on travaille en individuel ou en groupement », ajoute Alain Le Baron.
" Nous devons lutter contre le monopole des prestataires ! " Naceur Elkotti, pharmacien
Cependant, les pharmaciens regrettent de ne pas être davantage impliqués ou consultés dans l’évolution des logiciels qui leur sont dédiés. « Les logiciels sont bien conçus, les procédures relativement simples, les services assez bien réalisés. Aujourd’hui, globalement, tous effectuent les tâches principales de la pharmacie sans problème. Mais il y a certaines fonctionnalités dont on pourrait se passer et d’autres qui pourraient être plus ciblées, plus efficaces, plus utiles à la pratique », note Naceur Elkotti, pharmacien à Strasbourg. Pourtant, les fabricants assurent travailler en étroite collaboration avec les utilisateurs. Il semblerait que, sur ce point, des marges de progrès existent… « Il est difficile de se faire entendre pour avoir des améliorations. On ne sent pas les fabricants à l’écoute. On se voit imposer des modifications qui ne vont pas forcément dans le sens que l’on voudrait, et d’autres, demandées, ne sont pas mises en oeuvre. Comme, par exemple, des améliorations de l’ergonomie, de la facturation au comptoir avec une meilleure lisibilité du ticket client, le détail du prix. J’aimerais qu’il y ait plus de transparence, comme avoir à disposition un agenda précisant les échéances des modifications qui seront prises en compte », insiste Jean-Paul Sourie, installé à Saint-Céré (Lot), qui a connu par ailleurs beaucoup de difficultés lors du passage d’une version à une autre de son logiciel.
Liberté chérie
Plus concrètement, quels seraient les points à améliorer par rapport à l’existant ? Philippe Van De Wiele souhaiterait pouvoir « paramétrer les remises grossistes par catégorie de produits ou faire des commandes directes chez tous les fournisseurs ». Pour Alain Le Baron, « il serait intéressant que le comptable puisse aller piocher dans le logiciel de gestion des informations concernant les ventes, avec un droit d’accès évidemment. Ce serait du temps gagné ». Mais une autre grande avancée pour le pharmacien serait d’avoir plus de liberté, pour choisir son matériel ou son fournisseur d’accès. « Certains fabricants nous imposent des prestataires sous le couvert de la sécurité (ADSL, etc.), alors que nous pourrions avoir des prix plus bas ailleurs. Nous devons lutter contre ce monopole ! », s’insurge Naceur Elkotti. De fait, les pharmaciens ignorent, dans leur très grande majorité, qu’ils conservent une liberté de choix. Plus largement, le souhait est d’instaurer un travail en commun entre les pharmaciens et les sociétés informatiques sur des projets profitables à tous. « Nous devons tendre vers plus de concertation pour pousser les sociétés informatiques à développer des modules, des fonctionnalités plus utiles à notre quotidien, insiste Naceur Elkotti. Jusqu’à présent, nous manquions d’expertise et nous ne pouvions rien imposer à titre individuel. Il faut que cela change ! » Voilà qui est dit.
Claire Grevot
Photo : Miguel Medina
Ce que proposent les éditeurs
• Performance, optimisation des stratégies d’achat et de vente :
• Gestion précise et maîtrise en direct des achats • Gestion de stock rigoureuse • Optimisation des commandes groupées • Compensation de marge • Mise en place des promotions • Fixation des prix de ventes • Tableaux de bord décisionnels.
• Outils de communication (inter-officines, pharmacies/patients)
• Ergonomie, fonctionnement tactile
Ce que demandent les pharmaciens
• Utilisation du logiciel :
Manipulations moins nombreuses, fonctionnement plus rapide.
• Pour l’officine et la pratique quotidienne :
• Amélioration de la gestion de l’officine • Possibilité d’échanges externes (pour l’expert comptable, etc.)
• Fonctionnalités plus ciblées • Possibilité de réaffecter des collaborateurs vers des tâches plus valorisantes, comme la vente, le conseil, etc. • Gain de temps • Sources d’économie.
• Vis-à-vis des fabricants :
• Véritable contribution de leur part aux évolutions • Plus d’écoute • Plus de transparence sur les modifications qui seront prises ou non en compte • Plus de liberté pour le choix du matériel, du fournisseur d’accès.

TÉMOIGNAGE : « On se sert de nous », Naceur Elkotti, pharmacien à Strasbourg.
« Nous constatons de plus en plus que les sociétés informatiques utilisent nos outils pour vendre à des laboratoires ou des groupements, des produits et des données qui sont profitables à ces derniers (statistiques de ventes, enquêtes produits, etc.), le plus souvent sans nous demander notre avis. L’explication est simple : chaque pharmacie possède aujourd’hui son logiciel, le marché est figé. Pour trouver de nouvelles ressources dans un marché saturé, ces sociétés cherchent à vendre des prestations complémentaires – pour pouvoir elles-mêmes se développer – à des clients autres qu’officinaux, qui ont des moyens plus importants. Il faut nous défendre contre cela, travailler ensemble pour pouvoir décider de ce que l’on souhaite. Et faire comprendre aux sociétés informatiques qu’elles peuvent aussi gagner en travaillant plus étroitement avec nous. »
Les codes CIP changent de taille
Chaque présentation d’une spécialité pharmaceutique est actuellement identifiée par un code CIP à 7 chiffres. En raison de la saturation de cette nomenclature et de l’évolution réglementaire (traçabilité du numéro de lot, inclusion de la date de péremption et du numéro de lot dans le marquage apposé sur les conditionnements), ce code évolue et passera à 13 caractères (changement applicable au 1er janvier 2011). Cette évolution impose une modification des matériels informatiques et des logiciels de gestion (matériel de lecture optique adapté au marquage Datamatrix, code-barres à deux dimensions, etc.).

Le « gratuit », le payant
Il est un aspect sur lequel les éditeurs communiquent moins spontanément : les prix. La gratuité n’est pas de ce monde, et il faut parfois mettre la main à la poche pour avoir accès à ce foisonnement de nouvelles fonctionnalités. Ainsi, si les outils d’achat font partie intégrante d’Alliance Premium, Pharmaconnect s’acquiert comme une option. Les outils experts pour gérer commandes directes, prix, promotions ne sont pas payants pour les utilisateurs du LGPI. Pour les pharmaciens utilisant Leo, les outils de vente, commandes, achats et tableaux de bord sont livrés sans surcoût, assure l’éditeur. Quant aux possesseurs de Périphar, ils peuvent choisir entre trois « packs » (basic, pack et pack+) dans lesquels les modules inclus sont mentionnés : quant aux évolutions effectuées dans un module, elles sont apportées sans contribution financière supplémentaire.