n°1229
Avril 2011
Santé
ALLERGOLOGIE
L’immunothérapie au comptoir
Grazax a fait entrer la désensibilisation à l’officine. Jugé innovant par les allergologues, les autorités ne lui ont pourtant accordé qu’une ASMR « mineure » et évaluent en ce moment son futur concurrent.
C’est une première : depuis janvier, les pharmaciens peuvent délivrer un traitement d’immunothérapie allergénique. Commercialisé par le laboratoire danois ALK-Abelló, Grazax a débarqué derrière les comptoirs sous la forme de lyophilisats à prendre par voie sublinguale. Une petite révolution, puisque jusqu’à présent les traitements de désensibilisation des rhinites et conjonctivites allergiques déclenchées par les pollens de graminées consistaient en des allergènes préparés spécifiquement pour un seul individu (APSI), à commander au laboratoire sous forme d’injections ou d’une solution à pulvériser selon un protocole astreignant. Grazax, lui, a décroché une autorisation de mise sur le marché – les APSI n’en ont pas – et présente l’avantage de n’être administré en cabinet médical que la première fois afin d’évaluer la survenue éventuelle d’effets indésirables. Par la suite, le patient prendra à son domicile son comprimé quotidien trois ans durant, en commençant au moins quatre mois avant la saison des pollens de graminées qui débute mi-avril.
Cinq contre un
Selon la Haute Autorité de santé, l’efficacité clinique serait « limitée » : il s’agit pour elle d’un traitement de deuxième intention. Le rapport efficacité/effets indésirables est, lui, « moyen ». Bref, l’amélioration du service médical rendu est jugée mineure (ASMR IV) et la prise en charge a été fixée à 15 %. « Une insulte pour les allergologues !, s’insurge le Pr Pascal Demoly, directeur du service d’allergologie du centre hospitalo-universitaire de Montpellier et président de la Société française d’allergologie. Cette innovation est deux fois plus puissante qu’un antihistaminique et au moins aussi efficace qu’un corticoïde, sans compter que ce traitement s’adresse aux patients les plus sévères, répondant insuffisamment au traitement pharmacologique. Nous avons donc demandé un rendez- vous auprès du ministre de la Santé. » Le Pr Demoly indique par ailleurs que ALK est repassé devant la Commission de la transparence il y a près d’un mois. En attendant une éventuelle meilleure prise en charge, Grazax pourrait bientôt se voir concurrencer par Oralair. Développé par Stallergènes, ce comprimé sublingual est en cours d’évaluation par les autorités de santé dans la même indication. Mais, à la différence de son prédécesseur, il se compose de cinq extraits de pollens (ivraie, pâturin, fléole, dactyle et flouve). Grazax ne contient, lui, qu’un allergène standardisé de fléole des prés. « Certes, mais ces deux traitements présentent à peu près la même quantité d’allergènes majeurs (protéines contenues dans le pollen de fléole et reconnues comme allergènes) et, avec ce pollen, on est quasiment certain d’obtenir 100 % de chances de désensibilisation croisée », explique le Pr Demoly. Quoi qu’il en soit, Oralair a devancé Grazax sur le marché allemand où il est commercialisé depuis deux ans. Est-ce parce qu’il ne se prend que cinq mois par an, durant trois ans ? Réponse prochainement.
Anne-Laure Mercier
©alk-abelló
Un anti-acariens en 2013
Stallergènes a aussi dans ses cartons Actair, un comprimé d’immunothérapie contre les acariens pour lequel le laboratoire déposera un dossier d’enregistrement cette année auprès des autorités de santé allemandes, en vue d’une commercialisation en 2012. Le marché européen pourrait alors voir arriver Actair l’année suivante, à l’issue d’une procédure de reconnaissance mutuelle. Stallergènes évoque une efficacité après quatre mois de traitement et la persistance d’un effet thérapeutique après un an. 
La population cible de Grazax est estimée à environ 70 000 enfants et adolescents et jusqu’à 320 000 adultes.
Grazax est indiqué à partir de 5 ans et jusqu’à 65 ans. Mais aucune donnée n’est disponible chez l’enfant au-delà d’une seule saison de pollens de graminées.