n°1229
Avril 2011
Santé
CONSEIL
Lucentis en sursis
Voilà deux ans que Lucentis occupe les réfrigérateurs des pharmacies. Peut-être plus pour longtemps si Avastin fait ses preuves.
Pour traiter une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), lentilles et lunettes ne sont d’aucune utilité. Pour les 400 000 personnes atteintes d’une DMLA dite exsudative ne restent que les injections intravitréennes. Disponible en France depuis 2008, le ranibizumab (Lucentis) inhibe la prolifération des vaisseaux anormaux responsables de lésions de la rétine centrale appelée aussi macula. La délivrance de ce fragment d’anticorps monoclonal humanisé, dirigé contre le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF), s’est démocratisée dans les officines en raison de son efficacité. En effet, deux études ont démontré que 95 % des patients traités par le ranibizumab avaient conservé leur vision à douze mois. Mieux encore, 35 à 40 % d’entre eux avaient gagné en acuité visuelle. Une première ! Mais à quel prix… L’anticorps dont dérive Lucentis, déjà commercialisé sous le nom d’Avastin (bevacizumab), serait en effet cinquante fois moins cher pour une efficacité similaire. Dès 2007, un article paru dans le British Journal of Ophthalmology dénonçait cet écart de prix, démontrant que Lucentis devrait faire preuve d’une efficacité au moins deux fois et demie supérieure à celle d’Avastin pour justifier son prix.
Utilisation non encadrée
Conséquence de cette situation ubuesque, les ophtalmologistes américains utilisent largement l’Avastin hors AMM pour traiter à moindre coût leurs patients atteints de DMLA. Une pratique dont leurs confrères français ne se privent pas non plus. Un communiqué de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, paru en septembre 2009, rappelait d’ailleurs que le bevacizumab n’est indiqué que pour le traitement du cancer colorectal métastatique. À cette occasion, l’Afssaps mettait en garde contre la possible « formation d’agrégats partiellement réversibles lorsque la solution d’Avastin est soumise à un stress mécanique », comme l’agitation ou le simple prélèvement de produit à la seringue. Or l’utilisation du bevacizumab en injections intravitréennes nécessite un reconditionnement du flacon en plusieurs seringues. Il était également rappelé qu’aucune étude solide ne démontre l’efficacité d’Avastin en ophtalmologie. Le laboratoire Genentech, qui détient le brevet des deux anticorps, soutient aussi que le bevacizumab, trois fois plus gros que le ranibizumab, pénétrerait moins facilement dans la rétine. Cependant, face au succès empirique des injections d’Avastin dans la DMLA, ces arguments ne font pas mouche. Afin d’éviter une utilisation non encadrée du bevacizumab, source potentielle de sous-déclaration des effets indésirables, l’étude
« Comparison of agerelated macular degeneration treatments trials » (Catt) a été lancée aux États-Unis en 2008. Son but : comparer l’efficacité et la sécurité d’Avastin par rapport à Lucentis. Les résultats sont attendus pour le printemps. Si la non-infériorité du bevacizumab est démontrée, la prise en charge de la DMLA exsudative pourrait être revue en faveur d’Avastin, médicament réservé à l’usage hospitalier. Économiquement plus intéressant pour la société, ce transfert de prescription court-circuiterait néanmoins l’officine… Du moins dans un premier temps. ❙
Anaïs Bellan
Notabene : sur 600 000 personnes atteintes de DMLA en France, deux tiers présentent une forme exsudative, le tiers restant une forme sèche.

L’injection intravitréenne
L’injection intravitréenne ne dure que quelques secondes : une aiguille très fine est introduite jusqu’à la garde à travers la sclère (blanc de l’oeil), perpendiculairement à la paroi, en direction du centre du globe. Une fois le principe actif injecté, l’aiguille est retirée lentement. Après l’injection, une instillation de collyre antibiotique est réalisée. L’oeil traité reste indolore dans la très grande majorité des cas. Un pansement oculaire n’est pas nécessaire. En revanche, un collyre antibiotique est souvent prescrit pendant trois jours après l’injection.
Sources : Société française d’ophtalmologie et Journal français d’ophtalmologie.