n°1185
décembre 2006
Actualité
Edito
De l’air !
Décidément, la pharmacie est à la peine, et il est permis de se demander si elle est encore réellement considérée par nos ministères de tutelle ou bien si elle n’est plus à leurs yeux, qu’un simple réseau de distribution sans aucune valeur ajoutée. Ainsi, alors que le Plan médicament 2006 poursuit ses ravages sur notre économie, le Parlement a finalement voté un Ondam soins de ville à 1,1 %, contre les 0,8 % initialement proposés par le ministère de la Santé. La mobilisation de la FSPF et de ses présidents départementaux a donc permis d’infléchir la rigueur des chiffres, mais dans des proportions qui demeurent insuffisantes. Car l’objectif dévolu aux produits de santé reste quant à lui inchangé, à - 2,6 % « d’évolution » ! Ne nous y trompons pas, ces projections irréalistes risquent fort de nous exposer aux foudres du Comité d’alerte des comptes de la Sécurité sociale, en milieu d’année prochaine... c’est-à-dire après les élections présidentielles et législatives. Un comble, pour une profession qui a engendré 750 millions d’euros d’économies sur le générique en 2006. En second lieu, voici que, début novembre, le Sénat s’est saisi d’un amendement « soufflé » par l’Assurance maladie, visant à généraliser à tout le territoire le refus de tiers payant pour les patients réfractaires à la substitution générique. Une mesure qui reviendrait à priver le pharmacien de son droit de substitution pour le remplacer par une obligation de substitution, et ce au mépris des excellents résultats affichés dans une grande majorité de départements. Devant une disposition aussi pénalisante, le Conseil d’administration de la Fédération avait immédiatement manifesté son opposition, considérant qu’il était plus opportun de régler cette question par la voie conventionnelle plutôt que législative. Là aussi, l’intervention de la FSPF aura permis de remettre entre les mains des partenaires conventionnels l’initiative de la démarche, et qui plus est de faire reconnaître au pharmacien le droit de « non substitution » dans l’intérêt du patient.
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Il n’en demeure pas moins que, si l’on n’y prend garde, notre espace de liberté tendrait à se réduire comme peau de chagrin. L’addition se poursuit avec le projet de réforme des préparations magistrales, dont certains points, très discutables, menacent notre coeur de métier. Pour enfoncer le clou, le ministère de la Santé fait aujourd’hui la promotion de la vente des préservatifs dans les bureaux de tabac. A quand la vente des substituts nicotiniques par les buralistes ? L’officine est aujourd’hui dans un double carcan qui enserre son exercice professionnel et son économie. Il n’est que temps de réagir, car notre périmètre de professionnel de santé ne peut être réduit à la suite de simples considérations économiques. Les pouvoirs publics doivent redonner de l’air à l’officine en prenant notamment en compte l’effet pénalisant des conditionnements de trois mois sur notre rémunération et, pour tout dire, en révisant à la hausse la partie fixe de la marge dégressive lissée, souvent appelée, improprement, « forfait à la boîte ». C’est le sens du combat mené par la Fédération.
Philippe Berthelot
Directeur de la rédaction
Membre du Bureau national de la FSPF
Photo Miguel Medina