n°1185
décembre 2006
Santé
Supplémentation
Un hiver vitaminé
Toute ordonnance évoquant une affection ORL, une grippe ou une bronchite peut susciter un conseil : vitamine C ou complexes vitaminiques.
De nos jours, la prise de vitamines ne vise plus à combler des carences, mais plutôt à pallier des insuffisances qui risqueraient d’altérer des fonctions physiologiques normales. Ainsi, lors des pathologies hivernales, il est devenu habituel de recourir à la vitamine C, la plus célèbre de toutes, mais aussi la plus controversée. Oui ou non, peut-elle vraiment prévenir le rhume ?
Une vitamine controversée
C’est le double prix Nobel, Linus Pauling, qui a fait le lit de la polémique. En 1970, il annonce dans son ouvrage Vitamin C and the Common Cold (La vitamine C et le rhume) que prendre 1 g de vitamine C par jour réduit l'incidence des rhumes de 45 % en moyenne. En 1976, il révise son ouvrage et suggère des doses plus élevées encore. Pauling lui-même en prenait au moins 12 g par jour, passant à 40 g s'il commençait un rhume ! Il est mort à 93 ans. Depuis, quantité d’études contradictoires continuent à alimenter la controverse. Un très grand nombre d’entre elles démontre que la prise quotidienne de 200mg de vitamine C ne réduit pas le risque d'attraper un rhume. Certaines autres, en revanche, montrent que la prise régulière de vitamine C avant l'apparition du rhume peut réduire sa durée d'une demi-journée (!) chez l'adulte. Mais il faut avoir commencé le traitement avant les premiers symptômes : la prise de vitamine C pendant la durée du rhume n'aurait aucun effet. Enfin, certaines études révèlent que les bénéfices du traitement sont intéressants chez les personnes qui subissent un stress physique intense, comme les soldats, les skieurs et les coureurs de marathon. Chez eux, la prise de vitamine C a réduit l'incidence du rhume de moitié. Pour ajouter à la perplexité, les apports nutritionnels recommandés (ANR) fluctuent, selon le pays, entre 60 mg aux Etats-Unis et 110 mg par jour en France.
Supplémentation raisonnée
Nos autorités sanitaires ont tranché : pour maintenir sa forme, une alimentation adaptée constitue la meilleure des sources de vitamines. Environ 500 g de fruits et légumes par jour suffisent pour couvrir les besoins quotidiens en vitamine C. Pourtant trois Français sur quatre ne le font pas. De plus il est admis que le surmenage, le stress, les régimes alimentaires anarchiques, le grand âge "tirent" sur les réserves. Par exemple, l‘Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) recommande un supplément de 20 % de vitamine C chez ceux qui consomment plus de 10 cigarettes par jour pour contrecarrer le stress oxydant lié au tabac. Tout cela plaide donc, pour l’instant, en faveur d’une supplémentation, mais raisonnée. Au comptoir, la vitamine C peut être conseillé dans les états grippaux et les rhumes, à raison de 1 g le matin. Lors de la convalescence qui suit une infection, on peut préconiser de 500 mg à 1 g par jour. Préventivement, il peut être également intéressant de l'associer, en cure, à d’autres micro-nutriments. Nombreux sont les cocktails à base de vitamine C ; les vitamines A, D, E et celles du groupe B y sont également présentes. On trouve aussi des cocktails de vitamines, minéraux et oligo-éléments qui permettent de couvrir une bonne partie des besoins en une seule prise. L’un des minéraux les plus intéressants dans la fatigue est le magnésium, qui intervient dans l'adaptation au stress, la transmission de l'influx nerveux et les contractions musculaires. Quant aux oligo-éléments comme le fer, le cuivre, le zinc, le sélénium, ils agissent comme catalyseurs des réactions biochimiques. Certains complexes antiasthéniques contiennent aussi des acides aminés, comme l'arginine, l'acide aspartique, l'acide glutamique… Un arsenal qui ne doit pas faire oublier les règles essentielles d'hygiène de vie : du sommeil, une alimentation équilibrée, de l’exercice.
Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina