n°1195
décembre 2007
Santé
Automédication
Millepertuis, mille vertus
C’est l’histoire d’un retour en grâce. Hypericum, non content d’être efficace, serait aussi une source d’économies pour l’Assurance maladie.
Bien mieux qu’un remède de grand-mère : un remède de grand-mère qui marche. Hypericum perforatum fait partie de la Pharmacopée depuis 1818. Après avoir été banni dans des conditions compliquées au début des années 2000, le millepertuis s’est refait une santé. Il serait non seulement efficace dans certains troubles dépressifs, mais en plus pratiquement dénué d’effets secondaires. La littérature internationale est abondante et de bonne qualité, et certaines études le jugent aussi efficace que la paroxétine dans la dépression légère à modérée, même si deux essais cliniques publiés dans le JAMA (Journal of the american medical association) concluent à son inefficacité dans les dépressions sévères. « Déjà plus de 500 000 boîtes de Mildac ont été vendues, soit environ 200 000 patients traités », se flatte-t-on chez Médiflor, et seul un tiers des patients sont passés par le médecin pour se le procurer : le millepertuis est donc tout à fait dans l’air du temps de l’automédication. Pour appuyer ses propos, le fabricant a organisé une étude médico-économique : « Mildac ferait économiser entre 35,5 % et 52 % des coûts médicaux imputés à l’Assurance maladie pour la prise en charge des manifestations dépressives légères et transitoires, soit entre 25,4 et 45,7 millions d’euros d’économies ». Rien que ça.
Effets vertueux
« Toutefois, certains paramètres nous ont fait surestimer les économies attendues du Mildac pour l’Assurance maladie. En particulier, nous avons considéré que le taux de substitution entre Mildac et IRSS [inhibiteurs de recapture sélectifs de la sérotonine, ndlr] était de 100 %, ce qui n’est pas le cas dans les faits », analyse Hélène Sultan-Taïeb, enseignante en économie de la santé, qui a réalisé l’étude pour le compte de Médiflor. A l’inverse, certains paramètres ont fait sous-évaluer les économies attendues : « Nous avons choisi une prévalence faible des troubles dépressifs légers à modérés parmi l’ensemble des troubles dépressifs : 5 %. Ensuite, nous n’avons pas tenu compte des coprescriptions liées aux IRSS pour corriger leurs effets secondaires. Enfin nous avons considéré que le nombre de consultations médicales était identique entre le Mildac et les IRSS alors qu’il est certainement inférieur dans un contexte d’automédication.» L’étude, en revanche, ne prend pas en compte l’impact éventuel des très nombreuses interactions médicamenteuses que le millepertuis peut provoquer, en particulier avec la digitaline ou certains antirétroviraux. Attention, donc, surtout dans un contexte d’automédication où le patient est seul face à son traitement. D’autant qu’il ne faudrait pas masquer avec du millepertuis les signes d’une dépression plus profonde, auquel cas le passage par la case médecin serait indispensable.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina
Des fleurs d'Hypéricum Perforatum