n°1195 décembre 2007
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Actualité Elections FSPF Passage de témoin
Dans un contexte tourmenté pour la profession, Philippe Gaertner prend la présidence de la FSPF.
L’homme qui accède aujourd’hui à la présidence de la FSPF était loin d’envisager, il y a encore un an, la possibilité de faire acte de candidature. Il a d’abord fallu l’annonce, par Pierre Leportier, de son intention de se limiter à un seul mandat. Puis les appels et pressions amicales exercées par plusieurs élus, notamment au sein du Bureau national dont il avait rejoint les rangs, d’abord en qualité d’observateur, puis en tant que membre à part entière. Seul en lice, Philippe Gaertner n’était pas pour autant dispensé de convaincre. Dans le discours prononcé devant les présidents départementaux réunis en Assemblée générale, il a donc décliné les idées fortes de sa présidence. Nous vous en livrons quelques extraits :

Imposer le pharmacien


« Dans la conduite des affaires de notre Fédération, […] je compte défendre un certain nombre d’idées fortes à la fois quant aux convictions que j’ai d’imposer le pharmacien d’officine comme le maillon indispensable dans la chaîne du médicament, de l’accompagnement du patient pour une meilleure observance dans l’éducation thérapeutique, dans la chaîne de soins et dans le maintien à domicile des personnes âgées, dépendantes ou malades et, dans la prévention en matière de santé mais également, et c’est essentiel pour remplir ces rôles, défendre l’économie de l’officine qui est aujourd’hui attaquée en tous points et le plus souvent de façon collatérale dans une partie de billard complexe où l’on nous fait croire qu’on ne touche pas à la rémunération de l’officine et enfin, en envisageant avec le Bureau et vous tous une nouvelle dynamique dans le fonctionnement et la gouvernance de notre Fédération. »

Défendre l’économie officinale


« Depuis 2006 nous assistons à une dégradation de l’économie de l’officine. Cette dégradation est sournoise car elle s’appuie sur des mesures qui pèsent directement sur l’économie de l’officine sans que ces mêmes mesures ne soient négociées avec la profession, ce qui est intolérable. […] Il n’est pas possible pour les chefs d’entreprise que nous sommes d’être soumis à une pression permanente sur nos revenus. […] Est-il acceptable de voir s’installer une volonté de réduction du réseau par l’asphyxie organisée des structures les plus petites ou les plus fragiles économiquement? […] Avec les partenaires sociaux, nous avons toujours cherché à faire évoluer notre convention collective et les courbes économiques prouvent que chaque fois que les revenus de l’officine s’améliorent, les collaborateurs en recueillent les fruits. Il n’est pas facile dans des TPE de faire évoluer les acquis sociaux et pourtant notre branche a toujours cherché à améliorer les conditions, ce qui est indispensable pour continuer à attirer de nouveaux collaborateurs vers l’officine mais est également un signe fort dans le cadre du développement de la croissance. L’effectif total n’a cessé d’augmenter ainsi que la masse salariale. Pour que l’officine puisse assumer toutes les tâches auxquelles elle participe et qu’elle puise accompagner encore mieux les patients, nous avons besoin que l’Etat nous garantisse une parfaite lisibilité basée sur une politique de prix et de marge qui tienne compte de l’accroissement des contraintes qui pèsent sur l’officine et des services qu’elle apporte. Nous continuerons à défendre la logique d’une marge commerciale liée au prix du produit, c’est la seule qui permettra de garantir aux 23 000 officines un revenu leur permettant d’assurer auprès des patients les services attendus par les patients et la collectivité. »

Un pharmacien professionnel de santé

« La Convention nationale signée en 2006 avec l’Assurance maladie a confirmé notre compétence et notre intégration dans l’organisation des soins. Mon équipe orientera de façon toujours plus déterminée notre profession dans la voie du pharmacien professionnel de santé.

Pour cela, nous proposerons :
– l’introduction de nouvelles mesures législatives et réglementaires afin de renforcer l’implication du pharmacien dans la coordination du maintien à domicile des personnes âgées, malades ou dépendantes ;
–    le développement, dans le cadre conventionnel avec l’Assurance maladie et de la démarche qualité, du rôle du pharmacien comme acteur majeur de la lutte contre les effets iatrogènes, de l’observance des traitements et de l’éducation thérapeutique des patients ;
–    la mise en oeuvre d’outils faisant du pharmacien un acteur engagé dans les politiques de prévention mises en place par l’Etat (vaccinations, nutrition, toxicomanies, dopage, tabagisme…) ;
 et nous demanderons :
–    la mise en oeuvre de l’obligation de formation institutionnelle ou conventionnelle, élément majeur du développement des compétences au service de ses missions ;
–    la reconnaissance des pharmaciens dans les combats sociétaux pour la préservation de l’environnement ;
–    la confirmation de leur rôle d’acteurs de la chaîne du médicament. »

Laurent Gainza
Photo Miguel Medina

Une page se tourneLe mandat aura été éprouvant, mais il aura été mené à son terme. Frappé le 7 octobre 2006 par le décès accidentel de son épouse,  Une page se tourne Pierre Leportier aura tenu à aller au bout de son engagement. « Autant il était évident que je devais achever le mandat qui m’avait été confié, autant il était évident que je ne pouvais pas en briguer un second », a-t-il expliqué aux présidents départementaux venus saluer son bilan, et élire son successeur. Passé le choc, il lui aura fallu mener de front la réorganisation de son officine, qu’il dirigeait avec sa femme, et la poursuite de son mandat. Un rythme infernal, intenable sur le long terme. Après neuf ans passés dans l’équipe de Bernard Capdeville, dont il était le « Monsieur Protection sociale », trois ans consacrés à la présidence de la FSPF, Pierre Leportier a donc quitté la Fédération. « Je vais m’impliquer dans l’interprofessionnalité, car tout est à faire en la matière. Il est important que les pharmaciens soient présents sur ce dossier, et que ces instances ne deviennent pas la propriété privée des médecins ». Le bilan de ces trois ans est conséquent, à l’image des nombreuses réformes et mesures qui ont touché – et pour certaines d’entre elles, frappé – l’officine : Il y eut, à l’automne 2005, les grandes manoeuvres sur le médicament, et l’annonce dans le nouveau PLFSS de la généralisation des TFR, immédiatement condamnée par la Fédération. Une AG extraordinaire convoquée dans l’urgence vote alors une batterie de mesures de rétorsions : arrêt des commandes de génériques, arrêt progressif de la substitution, menace d’une grève des gardes… Et, au final, un accord à l’arraché avec Xavier Bertrand, qui revient sur la mesure-phare de son Plan médicament. Aux premiers jours de 2006, la profession signe coup sur coup deux accords importants avec l’Assurance maladie : un contrat d’objectifs sur le générique, ainsi qu’un protocole d’accord sur la permanence des soins prévoyant, dans le cadre de la future convention pharmaceutique nationale, une indemnisation des astreintes et une revalorisation du service de garde et d’urgence. Laissée depuis deux ans en jachère, cette fameuse Convention nationale verra le jour dans la nuit du 29 au 30 mars. C’est historique : les pharmaciens sont enfin des professionnels de santé comme les autres ! Pourtant, quelques mois après, le ton monte : « Il n’y aura pas de trêve estivale ! », prévient Pierre Leportier. L’arrêté d’approbation de la Convention n’a toujours pas été publié, des prix limite de vente ont été instaurés sur les produits de la LPPR, et la préparation du PLFSS pour 2007 inquiète les pharmaciens. La rentrée apportera satisfaction sur les gardes, moins sur le PLFSS. Alors que l’officine encaisse durement les premiers effets des mesures votées sur le médicament, le gouvernement fixe un objectif de dépenses pour les soins de ville « irréaliste ». Nouveau bras de fer, et légère concession ministérielle qui n’empêchera pas, courant 2007, de provoquer les foudres du Comité d’alerte des comptes de la Sécu. 2007, parlons-en : la campagne présidentielle donne à la FSPF l’occasion d’interpeller les principaux candidats sur la situation de l’officine, et de sonder leurs intentions. 1000 pharmaciens répondent à l’appel, et viennent à Paris faire le plein de garanties. La main sur le coeur, tous les partis promettent de préserver les piliers de la profession, et notamment le monopole. Tous, et même l’UMP. Face à l’injonction européenne, c’est juré : le modèle français sera défendu. Oublieux de cet engagement, le président Sarkozy n’attendra pas la fin de l’été pour casser son capital-confiance, lors de l’installation de la commission Attali. Qu’à cela ne tienne, Pierre Leportier invite alors les membres de ladite commission à venir au Congrès de Saint-Malo ! Là, devant un millier de confrères, il dira à Roselyne Bachelot ses inquiétudes et sa résolution, fixant le cap des réformes que la profession serait appelée à négocier dans les temps qui viennent. Une manière de transmettre son héritage politique.
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