n°1195 décembre 2007
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Santé Epidémiologie La douleur a-t-elle un sexe ?
Les études sont formelles : les femmes souffrent plus souvent que les hommes, et de façon plus intense.
Si les femmes font l’expérience d’un certain nombre de douleurs spécifiques liées à leurs fonctions biologiques (cycle menstruel, grossesse, accouchement), elles offrent également une sensibilité accrue aux phénomènes algiques de manière générale. Une différence liée au genre qui commence à émerger dès l’adolescence et qui se poursuit ensuite dans la vie adulte. Les études épidémiologiques réalisées sur les différents types de douleurs communément ressenties mettent en évidence une incidence, une intensité et une durée des douleurs plus élevées chez les femmes que chez les hommes. Cette tendance s’applique aux céphalées, aux douleurs musculo-squelettiques Il ressort que les seuils d’apparition et de tolérance à la douleur chez la femme sont systématiquement plus bas que chez l’homme et aux douleurs abdominales (y compris lorsqu’on exclut les dysménorrhées). Une nette prévalence féminine est d’autre part constatée pour la migraine, la fibromyalgie, la polyarthrite rhumatoïde et le syndrome du côlon irritable. Des études européennes et américaines ont ainsi montré que 6 à 8 % des hommes souffrent de migraine chaque année, contre 15 à 18 % des femmes. Autrement dit, les trois quarts des migraineux sont des migraineuses. Alors que, avant la puberté, la parité entre filles et garçons face à la migraine est respectée, ce n’est plus du tout le cas à partir de l’adolescence. Dans le même registre, la fibromyalgie – une affection qui génère des douleurs étendues et diffuses – atteindrait trois à quatre femmes pour un homme. Quatre pour un, c’est aussi la proportion de femmes atteintes par la polyarthrite rhumatoïde ; quant au syndrome du côlon irritable, les deux tiers des malades sont des femmes.

Seuil abaissé

L’existence d’un lien avec la vie hormonale explique en partie cette forte prévalence féminine. Mais en partie seulement. Si le lien entre la maladie migraineuse et les hormones est flagrant, des facteurs héréditaires et génétiques, des mécanismes neuro-vasculaires participent également à la survenue de la migraine. De multiples facteurs hormonaux ou génétiques, entre autres, semblent également intervenir dans le déclenchement de la polyarthrite rhumatoïde. Plusieurs études expérimentales ont cherché à mettre en évidence cette différence homme/femme : il ressort que les seuils d’apparition et de tolérance à la douleur chez la femme sont systématiquement plus bas que chez l’homme. C’est notamment un facteur clé d’apparition de la fibromyalgie. Cette différence de sensibilité pourrait en partie s’expliquer par des stratégies différentes pour faire face aux stimuli douloureux. Des chercheurs ont notamment montré que le fait de se focaliser sur la partie douloureuse du corps permettait aux hommes d’augmenter leur seuil de douleur et de tolérance au mal. En se concentrant sur les aspects émotionnels de la douleur plutôt que sur les sensations physiques, les femmes pourraient la ressentir plus fortement...

Claire Grevot
Photo Miguel Medina
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La place des antalgiques
- Tous les migraineux ont besoin d’un traitement pour soulager la crise (AINS ou triptan). Lorsque la migraine atteint sérieusement la qualité de vie, un traitement de fond est en plus nécessaire.

- Le traitement médicamenteux de la polyarthrite rhumatoïde comporte des molécules visant les symptômes (antalgiques, anti-inflammatoires) et des thérapeutiques de fond. Les premières diminuent l’inflammation et calment la douleur.

- Les antalgiques simples type paracétamol améliorent sensiblement les douleurs dans la fibromyalgie.

- D’après les études réalisées avec certaines molécules, il existe des différences d’efficacité liées au sexe : les opioïdes type morphiniques auraient notamment une efficacité supérieure chez les hommes.