n°1195 décembre 2007
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Santé Informatique La santé passera par le Net
La Haute autorité de santé (HAS) a reçu pour mission de certifier les sites français dédiés à la santé. Objectif : améliorer la qualité de l’information médicale diffusée via Internet.
Un patient sur cinq consulte Internet pour rechercher de l’information en santé. Problème : la qualité des informations médicales diffusées s’avère très inégale. Si l’on peut en effet faire confiance aux sites mis en ligne par des organismes publics comme la Haute autorité de santé, l’Afssaps ou l’Assurance maladie, les associations reconnues dans le monde de la santé ou encore les sociétés savantes, la fiabilité, la fraîcheur et l’objectivité de l’information ne sont pas toujours au rendez-vous ailleurs. Selon une étude Inserm menée sur les habitudes de recherche d’informations en santé par Internet (voir encadré), les utilisateurs du web santé vérifient peu la véracité des informations recueillies. «Vraisemblablement par manque de repères ou par facilité : ils ne peuvent faire jouer leur esprit critique et retiennent les informations qui les arrangent. Internet ne fait qu’amplifier un phénomène qui existe déjà vis-à-vis de l’information médicale », constate Micheline Bernard-Harlaut, présidente du centre technique régional de la consommation. Comme le souligne Etienne Caniard, président de la commission Qualité et diffusion de l’information médicale à l’HAS, « par rapport aux autres médias, les sites Internet représentent globalement plus de danger, du fait notamment de l’accès direct, à partir de moteurs de recherche, à des informations dont on ne connaît parfois ni la source ni les émetteurs, mais aussi de l’abondance des informations immédiatement disponibles et du mode de questionnement (1) ». Autre gros problème pointé par Micheline Bernard-Harlaut : « La publicité sur Internet est présente à tous les niveaux et échappe à tout contrôle ».

Label qualité

Afin d’aider les internautes à sélectionner leurs sources de renseignements et prévenir les dangers potentiels, la HAS a pour mission depuis 2004 de mettre en place une démarche de certification des sites. « Nous avons décidé de certifier un processus de qualité plutôt que le contenu des sites », indique Etienne Caniard. En d’autres termes, les sites doivent respecter certains critères, basés sur l’indépendance (identification de l’origine du financement, séparation des contenus publicitaires des contenus éditoriaux), l’actualisation, la citation des sources, la qualification des rédacteurs, etc. « Toutes les études effectuées montre qu’une certification doit respecter deux contraintes : elle doit être, pour les sites, gratuite et volontaire, le label de qualité utilisé pour les repérer doit être reconnu. L’HAS a choisi d’accréditer le label HON (2) car c’est actuellement le seul bénéficiant d’une notoriété et d’une qualité incontestables », rapporte Etienne Caniard. Concrètement, tous ceux qui souhaiteront bénéficier de ce label devront en faire la demande, puis se soumettre à la procédure de certification. S’ils répondent aux exigences, ils seront labellisés HON. « Nous devons inciter tous les sites – y compris les institutionnels, associatifs, etc. – ayant cette démarche qualité à se soumettre à la procédure de certification. Plus nous aurons de sites de qualité labellisés, plus l’internaute aura de repères pour s’y retrouver ».

Professionnels impliqués

Parallèlement à l’élaboration de la procédure de certification, la HAS a souhaité impliquer plus directement les internautes, en leur donnant la possibilité d’avoir un rôle actif. « Nous avons établi pour eux une liste de recommandations générales, simples, afin qu’ils puissent développer un réflexe de lecture critique (s’interroger sur l’identité du site, sur les mentions qui doivent y figurer, etc), et choisir avec davantage de sécurité les sites sur lesquels ils iront s’informer », explique Etienne Caniard. " La publicité sur Internet est présente à tous les niveaux et échappe à tous les contrôles. "Les procédures de certification et ces recommandations seront prochainement rendues publiques sur le site www.has-sante.fr. Les professionnels de santé ont par ailleurs été invités à participer aux travaux de la HAS. « Le groupe constitué de médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, etc. travaillera dans deux directions : évaluer la certification des sites dédiés à la santé d’une part, déterminer les sites “fréquentables” qu’il est possible de conseiller aux patients d’autre part », précise Etienne Caniard. Le souhait de la HAS est d’inciter l’ensemble des professionnels à s’informer et à orienter leurs patients vers des sites de qualité. Ceci en tenant compte de la situation du patient, de sa pathologie, de sa capacité à recevoir l’information, etc. « Il faut veiller à conseiller un site compréhensible, le vocabulaire n’étant pas toujours adapté au grand public », indique Micheline Bernard-Harlaut. En consultant sans repère les sites web de santé, les internautes s’exposent à y trouver non seulement des informations obsolètes, trompeuses, biaisées ou orientées (publicité déguisée, information sponsorisée par des groupes de pression, etc.) mais aussi des éléments inadaptés à leur situation personnelle (un danger d’autant plus grand lorsqu’il s’agit de personnes vulnérables ou dans un contexte délicat). A contrario, une utilisation d’Internet bien encadrée peut contribuer à améliorer la compréhension de la maladie, l’adhésion au traitement, la relation patients – professionnels. Certification des sites, éveil de l’esprit critique du public, sollicitation des professionnels de santé… L’amélioration de la qualité de l’information médicale diffusée sur Internet nécessite, au final, l’implication de tous les acteurs.

Claire Grevot
Photo DR

(1) Pour exemple : on obtient, sur Google, près de 500 000 réponses en tapant « guérison garantie du cancer » sans les guillemets... et plus aucune réponse en mettant les guillemets, c’est-à-dire en ne négligeant aucun des termes de la question.

(2) Distingué et récompensé par l’Union Européenne, HON (Health On the Net) émane d’une fondation suisse, indépendante, qui collabore avec l’OMS. La liste des sites HON peut être consultée sur www.hon.ch.  

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Petits conseils à l’internaute éclairé
Sur Internet, il est possible de passer d’une information universitaire à une donnée militante ou commerciale sans y prendre garde. Pour être sûr de ses sources, mieux vaut se poser les questions suivantes :
• Quelle est la nature du site (universitaire, commercial, institutionnel, associatif...) ?
•A quand remonte sa dernière mise à jour ?
• Qui est l’auteur de l’article ? Le propos est-il clairement référencé ? (toujours se méfier d’un article qui n’est pas signé et/ou daté, d’une information dont on ne connaît pas la source)
• Quels types de liens sont établis ? (toujours mesurer la portée des liens, se méfier de l’existence de nombreux liens avec d’autres sites).  

Qui consulte le plus ? A quelles occasions ?D’après les premiers résultats d’une étude réalisée par l’Inserm sur les habitudes de recherche, l’état de santé, la maladie chronique notamment, est un facteur très souvent associé à la recherche d’informations médicales sur Internet, à titre diagnostic ou curatif. Deux grandes catégories d’internautes peuvent être distinguées :
• ceux qui vont sur Internet pour être mieux informés avant leur visite chez le médecin,
• ceux qui éprouvent le besoin de naviguer sur Internet après leur consultation, estimant que le médecin ne leur a pas donné suffisamment d’explications.