n°1195 décembre 2007
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Actualité Interview Les ruraux vous saluent bien
Réélu le 17 novembre à la présidence de l’APR, Yves Trouillet en appelle à l’union syndicale et lance un pronostic : dans cinq ans, c’est sur les questions de santé que se jouera l’élection présidentielle.
Cette année encore, à l’occasion de l’AG de l’APR, vous avez commenté les résultats de votre enquête économique annuelle. Qu’en retenez-vous ?
Yves Trouillet : Globalement, les tendances sont au rouge et depuis longtemps. Plusieurs mesures ont encore été prises cette année – limitation des avantages sur le générique, baisse des prescriptions – et leurs effets se feront encore sentir dans les mois qui viennent. Qui plus est, la réforme de la loi Galland sur les marges arrière ne fera qu’aggraver la situation. Il ne faut pas oublier qu’avec le développement des génériques, ces ressources ont pris une place de plus en plus importante dans l’économie des officines. Dans ces conditions, une suppression sèche des marges arrière entraînerait la mort immédiate de plus milliers de pharmacies*.

Comment les pharmacies rurales s’en tirent-elles ?
Certaines officines tirent leur épingle du jeu, mais ce n’est malheureusement pas le cas de toutes. Il existe deux types de ruralité. Il y a la ruralité dynamique, celle des gros bourgs, qui sont des centres d’approvisionnement, bien desservis en voies de communication, et puis il y a la petite pharmacie rurale dans une zone désertifiée, qui a perdu son médecin, et qui a aujourd’hui l’impression d’être le dernier des Mohicans.

On a vu le gouvernement reculer sur les moyens initialement envisagés pour inciter les médecins à s’installer à la campagne. Votre analyse ?
C’est reculer pour mieux sauter. Bientôt, on n’aura plus qu’à transformer ces zones en parcs naturels ! Plus sérieusement, le monde rural a des avantages : l’air pur, les paysages, une vie moins chère, des voies de communication qui le rapprochent des villes… mais malgré tous ces atouts, si l’on n’arrive pas à y maintenir des services de santé de proximité, les gens ne seront pas tentés d’y aller, de peur d’y être un jour bloqués par la maladie. Je fais partie des gens qui pensent, comme beaucoup de responsables politiques, que la prochaine campagne présidentielle se jouera làdessus. Dans cinq ans, c’est sur le maintien des services de santé – libéraux et publiques – que se jouera le sort de l’élection.

Comprenez-vous le peu d’attrait que la campagne exerce sur les jeunes, qu’ils soient pharmaciens ou médecins ?
J’ai été jeune, vous savez, et j’ai dans ma famille, notamment parmi mes enfants, des jeunes professionnels de santé. Je sais que la campagne, quand on sort de la fac, qu’on a connu la vie en ville, c’est un peu un repoussoir. Et puis, on évolue, on se construit sa vie, et l’on découvre que vivre en zone rurale n’est pas forcément synonyme « Je pense que le chef de l’Etat a eu le temps, depuis ses déclarations, de mûrir sa position » d’ennui. Vous savez, je n’ai pas le sentiment de vivre dans un village ringard, paumé, entouré de gens malheureux ! Ce qui fait peur aux jeunes aujourd’hui, ça n’est pas la ringardise, c’est plutôt l’esclavage qu’entraîne souvent l’exercice personnel de la pharmacie. Si on est capable de proposer des structures rassemblant plusieurs diplômés, où chacun peut s’épanouir sur le plan professionnel et personnel, les jeunes ne le refuseront pas. Nos futurs confrères veulent être des pharmaciens à part entière, dans toute la dimension du métier. Ils redoutent la pression économique d’une affaire à gérer, et c’est pourquoi ils sont tentés par l’exercice en commun. Ce qu’ils veulent, c’est travailler en équipe, avoir le temps de l’expertise dans leur délivrance, le temps de l’écoute auprès du patient.

Et pensez-vous que le développement de l’exercice en commun pourra permettre à la fois de rémunérer chacun, mais aussi de préserver un maillage efficace ?
Sur le premier point de votre question, je rejoins l’analyse que Pierre Leportier avait développée lors du Congrès de Saint-Malo : la pharmacie est un vecteur de croissance et de développement. Et si l’on veut arriver à construire des unités plus importantes, à multiplier les services que le pharmacien pourra apporter à une population vieillissante, ce sera un beau défi à relever. A la seule condition qu’on parvienne à maintenir un maillage efficace, qui réponde aux besoins de la population. Tout est affaire d’équilibre.

Êtes-vous inquiet des menaces qui pèsent sur le modèle français, qu’il s’agisse de la mise en demeure européenne ou des fameuses attaques de Nicolas Sarkozy sur le monopole ?

J’observe que depuis, il n’en a jamais reparlé, ce qui est bon signe.

S’il avait voulu confirmer sa position, il l’aurait fait. S’il avait voulu retirer ses propos, il l’aurait peut-être fait aussi…
Je pense qu’il aurait été difficile pour lui de le faire, dans le contexte européen que l’on sait. Cela dit, je suis un optimiste, et je pense que le chef de l’Etat a eu le temps, depuis ses déclarations, de mûrir sa position sur la question. Or, la France aura un grand rôle à jouer dans le deuxième semestre 2008, lorsqu’elle prendra la présidence de l’Union européenne. Pour tout dire, je ne suis pas sûr qu’au niveau européen, au moment de la rédaction de la mise en demeure, le service pharmaceutique français avait bien été appréhendé. Je pense qu’il y aura des évolutions, mais je souhaite que le pharmacien reste maître de sa mission de santé publique. C’est pourquoi les pharmaciens – au lieu de se déchirer entre eux – doivent donner l’image d’une profession plus confraternelle, qui veut se construire et s’améliorer.

Vous ne pensez donc pas que les pharmaciens ont perdu l’oreille de l’Elysée ?
Non. Je suis persuadé que dans les mois à venir, la raison va revenir parmi nos responsables.

Propos recueillis par Laurent Gainza
Photo Miguel Medina

* Cet entretien a été réalisé avant que soit trouvé un accord entre la profession et l’Etat sur la pérennisation des conditions commerciales de l’officine.

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"L’heure des rapprochements est venue"
La présidence de la FSPF vient de changer de mains, avec l’élection de Philippe Gaertner. Un commentaire ?
Je voudrais d’abord rendre hommage au travail de Pierre Leportier, qui a connu durant ses trois ans de mandat une période très difficile. L’état des comptes sociaux est tel que les mesures qui sont prises sont de plus en plus lourdes et nombreuses, et il a su, dans ce contexte extrêmement défavorable, maintenir à flot notre profession. J’espère qu’il continuera à jouer un rôle actif à nos côtés pour le bien de la profession.

Où en sont vos relations avec la Fédération ?
Nos rapports demeurent au même niveau depuis de très nombreuses années. Nous sommes, au sein de la profession, une force d’appoint qui s’occupe plus particulièrement de certains aspects du métier dont force est de reconnaître qu’ils n’ont rien perdu de leur actualité ! Notre position traditionnelle est intéressante, au carrefour entre les syndicats et le Conseil national de l’Ordre, et cela nous pousse parfois à harmoniser les positions.

Justement, Philippe Gaertner a annoncé sa volonté de rencontrer rapidement l’ensemble des représentants de la profession et de la chaîne du médicament. Comment accueillez-vous cette démarche ?
Je suis tout à fait en union avec ces propos, et je serai à ses côtés dans cette démarche d’ouverture. J’ajouterai que les confrères souhaitent ce dialogue, car ils ne se reconnaissent plus dans la désunion syndicale, et ils veulent que la profession puisse parler d’une même voix aux pouvoirs publics. Je suis optimiste sur la possibilité d’opérer des rapprochements car de plus en plus de conditions sont réunies pour cela. Je pense que nous entrons aujourd’hui dans un nouveau cycle de réformes, et ce dernier devra être conduit par l’ensemble des pharmaciens. L’heure des rapprochements est venue, et j’y oeuvrerai de mon côté autant qu’il est possible, tant de par ma position ordinale qu’au travers de mes fonctions de président de l’APR.