n°1195
décembre 2007
Actualité
Recyclage
Où en est Cyclamed ?
Si le dispositif de collecte des MNU poursuit ses activités, son volet humanitaire est en sursis après quatorze ans d’un fonctionnement décrié.
Après l’« affaire » des médicaments non utilisés (MNU) détournés, après le rapport accablant de l’Igas en janvier 2005 qui préconisait de mettre fin au dispositif, 2007 aura marqué un tournant décisif pour Cyclamed. En janvier dernier, un amendement était voté, mettant fin à la revalorisation humanitaire des MNU au terme d’une période transitoire de 18 mois, le temps de permettre à un dispositif alternatif de prendre le relais. Au chapitre des griefs retenus contre Cyclamed : des produits inadaptés, dégradés ou périmés, un manque de contrôle des circuits de distribution à l’étranger ou encore des problèmes de conservation et de traçabilité. Si l'association s'est faite discrète, elle n'en continue pas moins
de fonctionner Enfin, une revalorisation humanitaire insuffisante avec moins de 5 % des MNU redistribués ! Si, depuis, l’association s’est faite discrète, elle n’en continue pas moins de fonctionner, son approbation ayant été renouvelée en février dernier. En apparence, rien ne change : Cyclamed a toujours pour mission de récupérer les médicaments et d’en assurer l’incinération. Quant aux pharmaciens, ils sont toujours contraints de collecter ces MNU. Malgré cette obligation juridique, « on observe un certain désengagement », déplore Bénédicte Niérat-Munier, chargée de la communication de Cyclamed. Désengagement des pharmaciens, mais aussi des patients : en 2006, les quantités rapportées étaient en chute de 6 %. « Il faut que les patients continuent à rapporter à leur pharmacie leurs MNU dans leurs emballages », insiste-t-elle.
Evaluer les besoins
Reste qu’une certaine confusion entoure le volet humanitaire de Cyclamed. S’il avait été admis que la période transitoire courait jusqu’à mi-2008, Pharmacie humanitaire internationale (PHI) a récemment pris position pour que ce délai soit prolongé. Une requête entendue au ministère de la Santé et entérinée par le Sénat en attendant son passage à l’Assemblée. Ce qui entraînerait la prolongation de ce moratoire jusqu’à début 2010. Le temps pour la grosse dizaine de partenaires humanitaires de Cyclamed d’envisager de nouvelles sources d’approvisionnement. D’où des réunions régulières à la Direction générale de la santé depuis le mois de juin, afin d’évaluer les besoins des humanitaires, de se pencher sur leurs demandes d’agrément et d’établir des listes de médicaments prioritaires, ceux-ci différant selon leur destination finale (la France ou les pays en voie de développement). En d’autres termes, pour mettre un peu d’ordre dans cette nébuleuse et structurer le dispositif futur. « Une chose est sûre : même si ses compétences sont étendues, Tulipe, [l’association humanitaire fondée par le Leem, NDLR] qui sera le principal fournisseur de médicaments, ne pourra pas couvrir tous les besoins », insiste André Kuypers, membre du Bureau national de la FSPF. Dans l’intervalle, PHI, comme ses homologues, continue à s’approvisionner via Cyclamed et les centrales d’achat de médicaments. « Pour la suite, à défaut de savoir ce que Tulipe pourra nous fournir, il faudra envisager de s’approvisionner davantage auprès des centrales d’achat ou des laboratoires, ce qui impliquera des financements, avance Jean-Marc Merle, président de PHI. Nous sommes tous dans l’expectative, la balle est dans leur camp.» Le 13 décembre, la prochaine réunion au ministère de la Santé devrait permettre d’y voir plus clair.
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
Moins de 5 % des MNU collectés sont redistribués à des fins humanitaires.