n°1205 décembre 2008
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Actualité Crise Vos banques assurent-elles ?
Le serpent monétaire a-t-il mordu les officines ? La crise du crédit que connaît le système n'est pas sans conséquences sur une profession qui compte énormément sur ses banques au jour le jour.
Le bonheur tient parfois à une autorisation de découvert. C'est la mésaventure qui est arrivé à Charles Fauré, président du Syndicat des pharmaciens des Bouches-du-Rhône : « Quand ma femme a ouvert la lettre du Crédit lyonnais nous annonçant que tout découvert nous était dorénavant interdit, elle a pleuré ». Sauvé in extremis par une autre banque - le Crédit agricole - et aidé par son grossiste, le pharmacien marseillais a réussi à colmater la brèche de justesse. Mais il ne décolère pas et estime ne pas être un cas isolé. « Le marché des officines est trop cher, les confrères sont surendettés. Ni les banques, en accordant des crédits faramineux, ni les agences de transaction, en maintenant les prix beaucoup trop hauts, n'ont joué leur rôle », s'emporte-t-il. Même si le parallèle est abusif, on ne peut s'empêcher de comparer cette situation à celle des « subprimes » aux Etats-Unis où le système a poussé à la faillite des gens à qui l'ont avait trop prêté en gageant sur une valeur sans cesse montante de leur bien. On n'en est bien sûr pas là en France. Mais la frilosité des banquiers - souvent entretenue par une actualité anxiogène - peut jouer de vilains tours à des pharmaciens « sur la tangente ».

Dix de chute

Pas besoin pour cela d'une faute de gestion, c'est l'effet « domino », avec d'un côté une baisse du chiffre d'affaires lié aux franchises ou à une baisse des consultations chez ses prescripteurs habituels et de l'autre une banque moins prompte à pardonner des écarts de trésorerie qui seraient passés inaperçus habituellement… La frilosité des banquiers peut jouer de vilains tours à des pharmaciens « sur la tangente » dans cette conjoncture, la catastrophe n'est pas loin. Il faut alors prendre des mesures drastiques : « La pression économique affecte sérieusement ma marge et mon résultat. Avec les encours de prêts, ma trésorerie reste négative, voire dépasse le découvert autorisé. J'ai donc déjà pris des mesures pour réduire les frais fixes ainsi que la masse salariale. J'ai décidé de ne pas remplacer un salarié temps plein sur le départ (…) j'ai revu les contrats d'assurance et de maintenances », détaille Olivier Stahl, de la pharmacie Sainte-Odile à Obernai (67). Difficile néanmoins de tirer des conclusions d'ensemble car tous les effets de la crise ne se sont pas encore fait sentir. C'est du moins l'opinion de Issam Moussly, pharmacien à Pleurs dans la Marne : « Beaucoup de pharmaciens en difficulté sont un peu honteux, qu'il y ait une faute de gestion ou pas, et ils viennent voir le syndicat trop tard au moment où nous ne pouvons plus les aider. J'ai peur que de nombreux cas ne se révèlent que dans quelques mois au moment du dépôt de bilan ». Quoiqu'il en soit et à condition de se battre, remonter la pente est toujours possible. « La banque ne doit pas être uniquement le partenaire des bons moments », estime Charles Fauré. Ainsi soit-il.  

Laurent Simon
Photo Miguel Medina 
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Quelques conseils de crise
■ N'hésitez pas à faire jouer la concurrence entre les banques. Malgré une difficulté passagère, les pharmaciens restent des clients convoités.
■ Diminuer les frais fixes au maximum, par exemple en renégociant les contrats avec les prestataires. ■ Réduire la masse salariale par un licenciement économique peut être envisagée à condition de ne pas perdre un élément de valeur, qui sera dur à réintégrer une fois les problèmes financiers résolus.
■ Garder de bonnes relations avec son grossiste ! Son rôle est au moins aussi important que celui de votre banquier. Paiement à 30 ou 60 jours, voire rééchelonnement des paiements, les grossistes sont généralement prêts à accorder des facilités à leur client. Il faut tout faire pour éviter de vous retrouver à payer « au cul du camion ».
■ Privilégier dans ses ventes la trésorerie à la marge en stoppant pour un temps les achats directs à part sur les molécules à forte rotation (Doliprane…).
■ Demander à son banquier - ou à un autre ! - le réétalement du ou des prêts contractés pour alléger la charge mensuelle et pouvoir payer ses employés… et se payer !