n°1205
décembre 2008
Actualité
Edito
Une aberration économique
De mémoire de syndicat, on avait rarement vu se manifester un tel acharnement et un tel mépris des réalités économiques qui gouvernent notre profession. Grâce à la fermeté de la FSPF, les pharmaciens sont parvenus à démontrer aux pouvoirs publics, en confrontant leurs chiffres avec ceux de la Direction de la sécurité sociale, que la profession souffrait dans son économie et qu’elle avait déjà payé un lourd tribut aux plans successifs d’économies de santé. Pourquoi, dès lors, s’échiner à pénaliser notre profession, dans un Projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui signe l’agonie de toute notion de maîtrise médicalisée ? Réintégration du médicament dans le forfait de soins des maisons de retraite, généralisation des grands conditionnements, ramassage des déchets d’activités de soins à la charge des pharmaciens, ponction sauvage sur notre marge… la liste des atteintes à notre économie A quand un PLFSS qui permette d’aller de l’avant ? Un PLFSS qui sorte de cette logique punitive ?
et à notre exercice n’est que trop longue. Que veut-on au juste, sinon nous signifier que notre engagement dans les économies de santé, dans la qualité de la dispensation, dans l’amélioration de la prévention, ont pour corollaire absurde la paupératisation et la fragilisation de nos structures ? Je sais combien les pharmaciens désespèrent de retrouver un peu de visibilité dans leur avenir et de lisibilité dans les politiques publiques en matière de santé et d’organisation des soins. Et je voudrais qu’on cesse de nous objecter que la crise financière qui sévit dans le monde abolit toute marge de manoeuvre et toute possibilité de négociation ! Cette crise-là, nous en sommes aussi les victimes. Réunis les 25 et 26 novembre en assemblée générale, les présidents de syndicats départementaux nous ont fait part de l’exaspération de nos confrères. Nous le savions, ils nous l’ont confirmé : les pharmaciens ne comprennent pas ce projet de loi. A quand un PLFSS qui permette à l’officine d’aller de l’avant ? Un PLFSS qui sorte de cette logique punitive – ou ressentie comme telle – consistant à demander toujours plus avec toujours moins de moyens ? Le constat que nous avons dressé, et que nous avons partagé pour une grande partie avec les services de l’Etat, est le suivant : l’officine est en danger. Il y a beau temps qu’on ne peut plus se payer le luxe de vouloir négocier les modalités de notre mise à mort. C’est pourquoi nous réaffirmons notre refus de toute baisse de marge, et avons décidé en Assemblée générale le principe d’actions fortes dans cette hypothèse. Feca à de telles incertitudes, nous demandons aux pouvoirs publics que soient organisés des Etats généraux de la Pharmacie. L'avenir de notre profession est en jeu : parlons-en !
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina