n°1205 décembre 2008
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Actualité Interview « Le maillage va souffrir »
Economie officinale malmenée, nouvelles mesures pénalisantes découlant du PLFSS, crise financière mondiale… En cette période de turbulences, le président de l'APR appelle ses confrères à un sursaut salvateur.

Comment la situation économique de l'officine va-t-elle évoluer au vu du PLFSS qui vient d'être adopté par le Parlement ?
Les pharmaciens subissent déjà les effets des mesures d'économie de santé issues des PLFSS successifs : les grands conditionnements, la baisse des marges arrière et du prix des princeps, les différents plans de maîtrise médicalisée, les déremboursements… Les volumes et les prix s'effondrent. Il est donc urgent que la profession évolue vers un autre mode de rémunération, dissociant délivrance et services rendus. Nous sommes totalement en phase avec la FSPF sur ce dossier.

La crise économique mondiale a-t-elle des répercussions sur l'économie de l'officine ?
La perte de pouvoir d'achat des Français et la crise financière amplifient encore le problème. Nous observons une baisse de 10 % de notre chiffre d'affaires depuis juillet, et le phénomène semble installé durablement dans toutes les pharmacies. Cela se traduit aussi par la cherté du crédit et par des transactions d'officines en chute libre. Les pharmaciens proches de la retraite ne peuvent plus vendre et les jeunes n'ont plus la capacité d'acheter. Tout cela risque d'affecter le maillage territorial et donc le service de santé.
“On parle de 4 000 pharmacies au bord du dépôt de bilan et un tiers de la profession serait dangereusement endettée “
La situation actuelle risque-t-elle aussi d'accélérer l'ouverture du capital des officines ?
Si le capital venait à s'ouvrir, cela se solderait immanquablement par une transformation radicale de notre façon d'exercer. Il faut imaginer des possibilités fiscales permettant de transmettre des parts à travers une holding uniquement constituée de pharmaciens en exercice. Si le capital est respecté, le maillage le sera aussi. Mais avec la crise économique que nous traversons, le maillage va être mis à mal. On parle de 4 000 pharmacies au bord du dépôt de bilan et un tiers de la profession serait dangereusement endetté. Et malgré cela, on nous demande encore 300 millions d'économies avec le PLFSS !

L'article 45 de ce projet de loi, qui prévoit de réintégrer le médicament dans le forfait de soins des Ehpad pour une phase expérimentale de deux ans, a finalement été adopté. Qu'est-ce que cela va changer pour les résidents et pour les officinaux ?
Pour les officines, l'article 45 représentera un manque à gagner considérable. Côté patients, le risque est que les plus malades, les plus dépendants soient écartés des maisons de retraite. Roselyne Bachelot a déclaré voir comme une chance pour la profession le fait de réintroduire le budget de soins dans le budget global. Il faudra qu'elle m'explique où est notre chance dans cette histoire.

Que préconisez-vous face aux menaces qui pèsent sur le réseau ?
Je crois beaucoup à l'idée de territoire de santé, regroupant une population, des structures médicales et paramédicales, des pharmacies et des professionnels de santé. Si nous ne proposons rien, on nous imposera des normes nouvelles sans que nous puissions les discuter. Il faut avancer sur ce dossier sinon je crains que ce ne soient les Agences régionales de santé qui ne s'en emparent un jour et décident à notre place, avec le risque que cela se traduise par une liberté totale d'installation. Il faut prendre les devants, profiter de ce coup de frein économique pour proposer des choses.

Propos recueillis par Fanny Rey
Photo Miguel Medina
Image
Yves Trouillet.
Chiffres-clés
Réalisé avec le concours de Fiducial, l'étude économique 2007 de l'APR, dévoilée le 22 novembre lors de l'AG de l'association à Beaune, a été réalisée à partir d'un échantillon de 131 bilans et comptes de résultats transmis par ses adhérents. En voici les données principales :
■ Chiffre d'affaires moyen des officines rurales : 1 483 k €
■ Evolution du CA moyen : + 2,13 % (contre 1,38 % en 2006)
■ Marge commerciale de 26,97 % contre 27,31 % en 2006. En valeur, elle est passée de 324 k € en 2000 à 396 k € l'an dernier.