n°1215
décembre 2009
Santé
CONSEIL
Les hommes en mal de compression
Porter des bas de compression pour prévenir la maladie veineuse, c’est simple pour les femmes mais compliqué pour les hommes, plutôt réticents à soigner cette affection silencieuse.
Les hommes vivent moins longtemps que les femmes. Est-ce parce qu’ils sont moins attentifs à leur santé que leurs compagnes, qui consultent 2,5 fois plus qu’eux ? Parce qu’ils adoptent plus de comportements à risque (alcool, tabac, alimentation désordonnée, amour de la vitesse) ? En tout cas, ils négligent leur santé, fuient les dépistages et tout ce qui concerne la prévention : 60% des Français consultent quand la maladie est déjà installée, et 15 % quand les complications apparaissent. Et quand ils peuvent cacher leur affection sous leur pantalon, comme dans la maladie veineuse, ils tergiversent encore plus !
Les patients demandent :
« À quand le porte-jarretelles ? »
Selon les dernières estimations, un quart de la population mâle entre 40 et 50 ans est concernée, passant à deux tiers après 60 ans. À cet âge, le nombre d’hommes atteints par la maladie veineuse est équivalent à celui des femmes de 40 ans. Les principaux signes sont, chez l’un comme chez l’autre, des tensions, des lourdeurs, des crampes, mais les hommes souffrent davantage d’oedèmes, de fortes douleurs, de démangeaisons, de varices. La raison ? Ils consultent plusieurs années après l’apparition des premiers symptômes, alors que les femmes se précipitent chez leur médecin à la moindre varicosité. Prise à temps, la maladie veineuse requiert, dans la majorité des cas, le port de chaussettes de compression, des conseils d’hygiène de vie, des médicaments veinotoniques. Tout simplement.
Papa fait de la résistance
Toutes les occasions sont bonnes pour entamer le dialogue. Une fois « coincés », les patients réagissent plutôt bien, comme en témoigne le Dr Yves Guglielmetti, médecin spécialisé en médecine physique et réadaptation au Centre médico-chirurgical Paris-V. « Je pose des contentions chez les hommes pour prévenir les phlébites, à l’occasion d’un claquage de muscle ou d’une entorse. Ça les amuse beaucoup, ils demandent immanquablement : “À quand le porte-jarretelles?” Pour obtenir l’observance, je leur fais peur, en dépeignant les complications les plus dramatiques. Mais une fois qu’ils ont compris, ils jouent le jeu et s’avèrent aussi sérieux que les femmes. Il ne faut jamais leur parler de bas, mais de chaussettes! » Et de conseiller : « Dans tous les cas, je recommande les chaussettes de classe 2 pour les hommes à partir de 40 ans dans les situations à risque : en avion, dans les professions debout, dansles tâches sédentaires, et je les invite à marcher tous les jours, une demi-heure au moins, en posant d’abord le talon sur la chaussée, puis en déroulant le pied. » Un espoir cependant : les citadins de moins de 40 ans et de catégorie socioprofessionnelle plutôt élevée sont plus convaincus de la nécessité d’une compression préventive. D’autant que les fabricants leur proposent des gammes plus variées. Hélas, nombreux sont ceux qui considèrent encore que la pathologie veineuse n’empêche pas de vivre!
Jacqueline Machu
Photo : Miguel Medina 
« Il ne faut jamais parler aux hommes de bas, mais de chaussettes ! », rappelle le Dr Yves Guglielmetti.
Les 5 bons conseils
1 Les hommes sont plus sensibles au confort et notamment à l’épaisseur des matières, qu’à l’apparence du tissu.
2 Tenir compte de l’activité du patient : dans des chaussures de sécurité ou des bottes de chantier, on conseillera des chaussettes épaisses et résistantes contenant par exemple de la laine.
3 Ne jamais parler de bas, à la connotation très féminine, mais de chaussettes de contention.
4 Pour la ville, proposer des chaussettes fines de style classique contenant du fil d’Écosse, ou des mélanges microfibres et soie.
5 Pour les loisirs, préférer les fibres antitranspirantes et les couleurs plus gaies, comme le coloris « jean ».