n°1215
décembre 2009
Santé
TOXICOMANIE
« Il reste beaucoup de préjugés »
Avec l’association Asud, Grégory Pfau, pharmacien, a monté un programme de sensibilisation à la réduction des risques liés à l’usage de drogues. Il nous explique en quoi consiste cette opération.
Comment est venue cette idée de programme de sensibilisation aux risques ?
Tout a commencé par une enquête lancée par l’association d’usagers Asud (voir encadré ci-dessous) auprès de pharmaciens parisiens. Il s’agissait de savoir s’ils délivraient ou non les traitements de substitution, le Stéribox, le matériel d’injection, etc. J’ai ensuite poursuivi l’opération par une enquête de satisfaction par téléphone, qui se terminait par : « Souhaitez-vous avoir des informations sur les drogues, les risques, etc. ? » Résultat : j’ai eu un retour positif d’une petite centaine de pharmacies. Autour de ce Avec l’association Asud, Grégory Pfau, pharmacien, a monté un programme de sensibilisation à la réduction des risques liés à l’usage de drogues. Il nous explique en quoi consiste cette opération. « Il reste beaucoup de préjugés » réseau, j’ai alors monté un programme de réduction des risques centré sur l’hépatite C puis je suis allé sur place rencontrer les équipes, une par une.
Quel est le contenu de ce programme ?
Il est constitué à la fois de théorie – chiffres sur l’épidémie, rappels sur le virus, les risques, etc. – et de pratique, avec un carnet d’adresses utiles pour l’équipe officinale. Parallèlement, j’ai proposé à l’équipe de participer à une expérimentation : la distribution, auprès des usagers de drogues par voie IV du Stérifilt : un système qui réduit les risques liés à l’injection de particules, notamment les abcès, les phlébites, les oedèmes. L’évaluation nous permettra de savoir combien de filtres ont été distribués, comment s’est déroulé le contact avec les usagers, etc.
"Les pharmaciens sont nombreux à penser qu’en distribuant Stéribox ou le matériel d’injection, ils favorisent l’usage. "
Quelles sont les attentes de la profession dans ce domaine ?
Les pharmaciens veulent en savoir plus. Nos actions ont en effet mis en lumière un gros manque de connaissance sur l’épidémie d’hépatite C et les usages de drogues. Il existe beaucoup de préjugés dans ce domaine. Les pharmaciens sont notamment nombreux à penser qu’en distribuant Stéribox ou le matériel d’injection, ils favorisent l’usage. Il y a tout un travail pédagogique à faire pour déconstruire les idées reçues, faire apparaître l’importance de la prévention. En tant que pharmaciens, nous devons favoriser l’intérêt de l’usager pour sa santé et le sensibiliser aux risques. Notre rôle est de l’accompagner dans une démarche de santé, comme tout citoyen.
Propos recueillis par Claire Grevot
Le coup de gueule des usagers
Depuis 2007, l’association Asud est agréée au niveau national pour représenter les usagers de drogues. « Auparavant, les usagers devaient d’abord se sevrer avant de pouvoir se faire soigner. Ils sont désormais traités avec les mêmes droits que tout citoyen », se félicite Pierre Chappard, chef de projet Asud. Aujourd’hui, c’est contre l’hépatite C, « une maladie qui fait plus de morts que le sida, dont 70% d’usagers de drogues », que l’association oriente son combat. Asud souhaiterait que l’ensemble des pharmaciens se sentent plus impliqués. « Beaucoup refusent encore de distribuer le Stéribox et les traitements de substitution : les usagers se concentrent donc dans les officines qui les acceptent et les reçoivent bien, ce qui fait fuir la clientèle et crée une sorte de ghettoïsation. » De l’avis de Pierre Chappard, la distribution du Stéribox devrait être accompagnée de prévention. « Les pharmaciens sont au contact des usagers qui débutent. Or, ceux-ci se contaminent dans les deux premières années. » Un effort reste à faire dans la profession pour accepter les usagers sous traitement de substitution comme des patients lambda.
Site : www.asud.org 
Une campagne nationale d’information sur l’interdiction des drogues a été lancée le 20 novembre. « Rappeler l’interdit est primordial pour protéger de ces dangers », estime la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.
[Nota bene] En savoir plus avec l’Utip
L’Utip lancera en 2010 une formation centrée sur les addictions, sous forme de stages d'une journée. Le programme, pas encore finalisé à ce jour, sera consultable prochainement sur www.utip.fr.