n°1235
decembre 2011
Actualité
ANALYSE
Après-demain, l’e-prescription
Avec la scannérisation des ordonnances, les pharmaciens font un grand pas vers la simplification. Fini les liasses d’ordonnance à convoyer par les grossistes et le classement des duplicatas ! Bientôt tout sera numérisé. Tout, sauf la prescription…
Même si les intervenants ne veulent pas se mettre la pression, nul doute que la scannérisation et l’envoi des ordonnances, sous forme de cédéroms ou bien de flux Internet aux caisses d’Assurance maladie (voir encadré ci-dessous), va se mettre en place rapidement. Tout le monde y a en effet intérêt. « 50 % des pharmacies sont déjà équipées en scanner pour conserver une trace des cartes de mutuelles des patients, analyse Christian Armando, PDG d’Alliadis, en pointe sur ce dossier. Il faut un scanner assez performant en termes de vitesse, mais l’évolution nécessite plus de petits ajustements que de gros équipements. Au regard du confort de fonctionnement, cela vaut le coup : sur une pharmacie qui traite cent dossiers par jour, le gain de temps représente trois ou quatre heures par semaine. »
La Caisse nationale d’Assurance maladie, qui vient d’accorder 350 euros net aux pharmaciens par an pour s’équiper en scanner (voir L’Hebdo du pharmacien du 18 novembre), sait où sont ses intérêts : les gains de productivité sont importants à la fois en termes humains et matériels. Sous l’impulsion nationale, les caisses primaires d’Assurance maladie vont devoir aller de l’avant, même si elles vont certainement le faire en ordre dispersé, certaines CPAM, comme celle du Pas-de Calais ou des Charentes-Maritimes, étant plus avancées que d’autres. « Les meilleurs vendeurs de cette mesure seront les pharmaciens eux-mêmes quand ils se rendront compte que cela marche. Il faut avancer le plus rapidement possible tout en le faisant correctement », se félicite François Martial, président de la commission Protection sociale de la FSPF, signataire de l’avenant avec l’Assurance maladie.
Ce train à grande vitesse en cache néanmoins un autre, bien plus lent : celui de la e-prescription. La dématérialisation totale des ordonnances reste en effet en plan depuis plusieurs années, malgré un projet porté par l’Ordre national des médecins. Le projet est pourtant séduisant : l’ordonnance électronique irait directement s’intégrer dans le Dossier médical personnel, lui-même à terme imbriqué dans le Dossier pharmaceutique… La traçabilité totale ! « Cela pourrait être une réponse à la délivrance de certaines substances très encadrées, comme les stupéfiants ou la buprénorphine, à condition bien sûr de prévoir des roues de secours en cas de panne d’Internet ou d’électricité », avance François Martial. Voilà pour l’utopie. « Le principal frein à l’e-prescription vient du retard des éditeurs de logiciels médicaux. » Jean-Jacques Fraslin, i-med
En pratique, les choses sont (beaucoup) plus compliquées. « Un projet d’e-prescription portée par la carte Vitale 2 avait été évoqué mais a été abandonné il y a dix ans, se souvient Jean-Jacques Fraslin, médecin généraliste, spécialiste des questions d’e-santé et fondateur du site i-med.fr. Aujourd’hui, le principal frein vient du retard des éditeurs de logiciels. Seuls deux modules de prescription médicamenteuse ont été agréés [Crossway et Almapro, NDLR] : les éditeurs doivent financer ces développements sur leurs fonds propres. » C’est pourtant une étape indispensable : les médecins devront avoir des logiciels agréés… et des ordinateurs en état de marche. On se souvient de la polémique lancée par Christian Saout, président du Collectif interassociatif sur la santé, lorsqu’il avait déclaré que les médecins achetaient peut-être des « Playmobil et des sacs à main » avec les fonds de l’Assurance maladie destinés à l’informatisation de la profession. Pour outranciers qu’ils étaient, ces propos traduisent le retard pris par les prescripteurs en ce domaine, même s’il se comble actuellement : « Le taux d’équipement des médecins est assez élevé, mais 50 % des ordonnances restent manuelles. L’outil informatique, bien que présent, n’est pas forcément utilisé. Beaucoup préfèrent encore le stylo », remarque Christian Armando. Finalement, le plus dur à vaincre, ce sont les habitudes.
Laurent Simon
Photo : Miguel Medina
Notabene
Signe de l’implication de la Caisse nationale d’Assurance maladie, son président, Frédéric Van Roekeghem, est allé en personne visiter la pharmacie pilote de l’expérimentation Scor (voir encadré).
Vers le zéro CD-Rom !
Elles sont pour l’instant trois, à l’heure où nous écrivons ces lignes. Trois pharmacies en phase de développement du protocole Scor (pour « scannérisation des ordonnances »), qui prévoit la transmission des flux de feuilles de soins électroniques (FSE) ou des feuillets Cerfa ainsi que des ordonnances scannérisées directement par Internet et non plus par l’envoi de cédéroms à graver chaque jour. Ce procédé sera amené à être généralisé à toutes les officines courant 2012. Le protocole est mené de façon pionnière par Alliadis. « Tout est automatisé et le processus est même plus clair qu’avec l’envoi de cédéroms : par exemple, le rapprochement entre Cerfa et ordonnance est automatique et, si la qualité n’est pas suffisante, on peut y revenir sans avoir à retraiter complètement la vente, témoigne Franck Nicodème, titulaire à Saint-Pierre (Pas-de- Calais), un des premiers en France à expérimenter ce système. Cela ne demande pas spécialement de compétences informatiques. Au niveau matériel, le coût à prévoir est celui d’un scanner et d’un serveur : j’ai personnellement deux disques durs. Quelques lots ne passent pas avec la Sécu mais c’est rare. » 
La dématérialisation totale des prescriptions tient pour beaucoup à l’informatisation des médecins... et à la qualité de la connexion internet disponible.
350 euros pour scanner
L’avenant signé entre les syndicats de pharmaciens et l’Assurance maladie le stipule : toutes les officines qui scannent les ordonnances auront droit à une aide pérenne, versée tous les ans en début d’année, de 350 euros HT (418,60 euros TTC), qui viendra remplacer la subvention de 0,15 euro par copie d’ordonnance. Une fois la procédure mise en place entre la pharmacie et la CPAM s’ouvre une période de validation de trois mois, renouvelable en cas de problèmes, pendant laquelle le pharmacien devra conserver les duplicatas. La qualité des pièces numériques doit permettre de les exploiter dans 99 % des cas. À vos scanners !