Les Français, champions d’Europe des troubles mentaux ? Ce triste exploit est confirmé par la première grande étude épidémiologique européenne menée sur les troubles mentaux, baptisée ESEMeD*. Réalisée en 2001-2003 en population générale, elle a été conduite dans six pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Pays-Bas et Italie) grâce aux efforts concertés de l’OMS, de l’Union européenne et de GlaxoSmithKline. Elle s’est déroulée dans le contexte plus général d’une très grande étude conduite par l’OMS dans vingt six pays. L’objectif d’ESEMeD : évaluer la prévalence et la prise en charge des troubles psychiatriques les plus fréquents (dépression et anxiété). Que font ressortir les données recueillies en France ? Que la prévalence des troubles mentaux est élevée dans la population française, et même plus importante que celle déterminée sur l’ensemble des six pays étudiés (voir encadré ci-dessous). Autres enseignements : les troubles dépressifs et anxieux sont significativement plus fréquents chez les femmes ; la fréquence des troubles est moins importante chez les personnes âgées et chez celles vivant en milieu rural ; enfin, les troubles dépressifs sont plus fréquents chez les personnes vivant sans conjoint et chez celles sans emploi rémunéré. L’étude montre également que 38 % des sujets présentant un trouble dépressif ont également associé un trouble anxieux ou un trouble lié à l’alcool.
Réponse médicamenteuse
L’usage des anxiolytiques-hypnotiques reste plus important que celui des antidépresseursQuid du traitement ? Lors de l’enquête, 21 % des personnes interrogées ont déclaré avoir pris un psychotrope au moins une fois dans l’année : un anxiolytique-hypnotique (pour 19 % d’entre elles), un antidépresseur (6 %), un antipsychotique (0,8 %), un thymorégulateur (0,4 %). A noter qu’un quart des usagers d’anxiolytique- hypnotiques (soit 4 % de la population générale) en a un usage répété. Chez les personnes présentant des troubles dépressifs ou anxieux récents, l’usage des anxiolytiques-hypnotiques reste plus important que celui des antidépresseurs. D’autre part, parmi les usagers des anxiolytiques-hypnotiques, la moitié seulement a présenté un épisode anxieux, dépressif ou lié à l’alcool au cours de la vie alors que cette proportion s’élève à 80 % chez les usagers d’antidépresseurs. Si l’étude ESEMeD donne une idée précise des conditions d’usage des psychotropes, elle permet aussi de mettre en perspective la France par rapport à cinq autres pays européens. Ainsi, la comparaison montre que l’usage des anxiolytiques- hypnotiques et des antidépresseurs est plus élevée dans notre pays, avec des durées moyennes d’usage plus courtes. Depuis deux décennies, alors que l’usage des anxiolytiques-hypnotiques semble avoir diminué en France, on observe que l’usage des antidépresseurs a, quant à lui, augmenté. Les résultats de l’étude démontrent la nécessité de mieux cadrer l’usage des psychotropes pour une meilleure prise en charge des troubles mentaux. En effet, l’impact social de ces troubles est majeur, avec les retentissements qui en résultent sur la qualité de vie, l’incapacité et le handicap.
Claire Grevot
Miguel Medina
* L’étude ESEMeD (European study of epidemiology of mental disorders) a été menée auprès de plus de 21 000 sujets, dont 2 894 en France. Méthode d’enquête utilisée : tirage au sort aléatoire des sujets, entretien en face-à-face au domicile.

Des chiffres qui en disent long
Sur l’ensemble des six pays de l’étude et rapportée à la vie entière, voici la prévalence des différents troubles étudiés :
● Troubles mentaux (troubles dépressifs, anxieux ou liés à l’alcool) : 25 %
● Troubles dépressifs : 14 %
● Troubles anxieux : 13,6 %
En France, ces taux décollent :
● Troubles mentaux : 38,4 %
● Troubles dépressifs : 24,1 %
● Troubles anxieux : 22,4 %