Un carton vert assorti d’un sifflet, tels sont les symboles forts qui ornent l’affiche qu’adresse la Fédération à l’ensemble des pharmaciens français. Une référence à l’officinal qui, par son engagement dans la substitution, se pose comme un arbitre du marché du générique. L’enjeu est de taille, et il s’agit de jouer sur deux tableaux : assurer la qualité des soins et permettre à l’Assurance maladie de réaliser des économies. « Dire oui aux économies si la santé y trouve son compte », tel sera désormais le leitmotiv des pharmaciens dans leurs négociations futures. De l’incitation du pharmacien dépend, en effet, la croissance du marché des génériques. Une mission d’importance, les économies de santé devant être poursuivies sous peine de voir ressurgir la menace d’un TFR généralisé, « qui couperait l’officine d’une partie de ses ressources nécessaires et qui représenterait assurément un danger à moyen et long terme », a averti Jean-Pierre Lamothe à l’occasion du lancement de la campagne. « L’ensemble de la collectivité serait perdante au final », a ajouté le vice-président de la FSPF, en charge des affaires économiques.
Objectifs personnels
Certes, la crise est passée, un compromis a été trouvé avec le ministère de la Santé, et de nouveaux objectifs ont été fixés. Mais la menace subsiste, d’où la nécessité de rester mobilisés, de ne pas relâcher la pression, pour faire en sorte que le pharmacien de soit plus le bouc émissaire d’un gouvernement en quête d’économies. De fait, la FSPF et l’Uncam ont conclu le 6 janvier un accord relatif à la fixation d’objectifs de délivrance des spécialités génériques. Nouvel objectif affiché : un taux de pénétration des génériques de 70 % à la fin de l’année – contre 61 % fin 2005 –, comme alternative à la généralisation du TFR. Organisé au niveau national et local, le suivi de ces objectifs se focalise notamment sur vingt molécules à fort potentiel d’économies. Reste maintenant à appliquer cet accord sur le terrain, à poursuivre sur la lancée des importantes économies – 1,5 milliard d’euros – réalisées depuis cinq ans grâce à la substitution. Malgré les avancées conséquentes obtenues des Pouvoirs publics, il est capital aujourd’hui de rappeler la nécessité de promouvoir la substitution, d’inciter davantage les assurés à opter pour le générique et de convaincre les réfractaires du bien-fondé de cette démarche.
Dimension citoyenne
C’est de la réussite personnelle de chaque pharmacien que dépendra le succès de l’objectif collectif, et il reste donc à décliner cet accord individuellement. « Il s’agit d’un enjeu extrêmement important pour la profession, mais également très exigeant », a prévenu Pierre Leportier, président de la FSPF. La Fédération se propose donc d’accompagner les pharmaciens dans cette démarche tout en expliquant aux assurés l’enjeu et la pertinence de la substitution. A cette fin, deux affiches de 60 cm sur 80 – à exposer dans la vitrine et/ou à l’intérieur de l’officine – seront envoyées à chacune des 22 700 pharmacies françaises, pour les inciter à éduquer les assurés. Elles seront accompagnées d’affichettes explicatives et de tracts à distribuer aux patients. Cette campagne de communication affiche un quintuple objectif : remercier les assurés d’avoir écouté et suivi leur pharmacien, informer le grand public sur les économies réalisées, maintenir la mobilisation des professionnels de santé et des patients pour le développement du générique, démontrer la faculté de mobilisation des pharmaciens et – enfin – faire valoir leur position de défenseurs du système français d’Assurance maladie. Mais, surtout, « encourager ceux qui substituent le moins à faire un effort en matière de substitution », insiste Jean- Pierre Lamothe. C’est en effet sur ces derniers que repose en grande partie la réussite de l’objectif négocié avec l’Uncam. Chaque pharmacien va recevoir un tableau fixant son objectif personnel en fonction de son niveau de substitution actuel, et cette courbe d’objectifs génériques individuels est beaucoup plus exigeante pour les pharmaciens qui substituent peu (lire en pages suivantes). L’objectif collectif sera atteint si ceux qui sont en dessous de la moyenne nationale la rejoignent. « Les freins à l’acceptation de la substitution sont en train de se lever les uns après les autres, du fait d’une meilleure connaissance du sujet par le grand public », constate Jean-Pierre Lamothe, optimiste. Revenons à la campagne d’affiches : une mobilisation d’envergure implique l’adhésion des clients. Il s’agit pour les pharmaciens d’en faire leurs alliés face aux menaces qui peuvent peser sur l’officine, tout en les remerciant pour la confiance dont ils ont fait preuve jusqu’à présent vis-à-vis de la substitution. « Bravo continuons ». Le slogan de la campagne, laconique, est explicite, et la FSPF espère que les pharmaciens joueront massivement le jeu.
Menace tacite
L’accord tripartite entre l’Uncam, les syndicats de pharmaciens et les syndicats de médecins constituera un autre paramètre fondamental pour favoriser une meilleure pénétration des génériques, en promouvant la prescription dans le répertoire des génériques. Cet accord est en cours, mais son texte définitif n’a pas encore été validé. « Nous souhaitons que l’accord tripartite soit signé le plus rapidement possible, note Pierre Leportier. Les médecins n’y sont pas réticents, car cela va dans le sens de leur objectif, dans le cadre de la convention médicale, mais ils sont actuellement dans une phase de négociations délicates avec l’Assurance maladie, ce qui retarde un peu cette négociation. » Que se passerait-il en cas d’échec de la mobilisation ? « Rien n’est mentionné dans la lettre du ministre quant à cette perspective, souligne Pierre Leportier. Mais cet accord participe du plan d’économies. Il est indispensable que cet objectif soit atteint en fin d’année, faute de quoi les économies prévues dans le cadre du plan médicament 2006 et de la loi de financement de la Sécurité sociale ne seraient pas réalisées. » Dans ce cas, il y a fort à parier que Xavier Bertrand souhaitera rattraper le manque à gagner en 2007, notamment par le biais du TFR généralisé ou en brandissant la menace de sanctions individuelles pour les pharmaciens les moins « performants » en termes de substitution.
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
