Avec 18 cas humains avérés de grippe aviaire en Turquie, la menace est désormais aux portes de l’Europe. Pourtant, le niveau d’alerte dans lequel se trouve actuellement la France est inchangé, situé à « 3A », et donc à michemin sur les six niveaux que compte l’échelle d’alerte de l’OMS. Dans le principe, ce plan remonte à octobre 2004, et, dès le départ, le ministre avait affiché la couleur : il était destiné à s’adapter au gré de la propagation du virus à de nouveaux continents. « Le plan présenté aujourd’hui n’est pas définitif », a ainsi précisé Xavier Bertrand, auditionné le 11 janvier à l’Assemblée nationale par la mission d’information sur la grippe aviaire. Même si aucun cas de contamination interhumaine n’a été répertorié, il est urgent d’organiser et d’adapter le système de santé afin de freiner la diffusion de cette épidémie potentielle sur le territoire. Afin de limiter les contaminations, l’action sanitaire consistera à « soigner le plus possible à domicile afin de ne pas surcharger les hôpitaux, qui seraient réservés aux cas d’urgence les plus graves ». Les professionnels de santé seront sollicités pour épauler les médecins libéraux, mobilisés en première ligne, « avec, en cas de besoin, un relais hospitalier pour la régulation des Samu », a-t-il ajouté. Dans la continuité du plan précédent, les commandes de matériels de protection seront revues à la hausse.
Masques, antiviraux et vaccins
Pour permettre à la population de se protéger individuellement, deux types de masques sont prévus : les FFP2, à capacité de filtration élevée, qui doivent être remplacés toutes les quatre heures pour les professionnels en contact avec les malades, et d’autre part les masques antiprojection destinés aux malades, afin de protéger leur entourage. Près de 50 millions de masques FFP2 ont d’ores et déjà été stockés dans les établissements de santé, notamment dans leurs services d’urgences, et seront distribués gratuitement aux professionnels de santé libéraux, le cas échéant. S’y sont ajoutées deux autres commandes correspondant à 148 millions de pièces : 68 millions seront livrées d’ici fin février et les 80 millions restants, entre mars et fin mai. Au final, cela représente un total de 200 millions d’unités de FFP2 – soit le tiers de la production mondiale annuelle –, d’où le choix de produire ces masques en France. La première unité de production nationale a ouvert dans le département du Nord et trois autres sites de production ouvriront courant 2006 en Bretagne, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes. « La capacité de production sera de 140 millions en 2006, de 300 à 400 millions en 2007 », a indiqué Xavier Bertrand. Pour les malades, 500 millions de masques antiprojection – dits chirurgicaux – avaient initialement été commandés. Cette commande a été portée à un milliard d’unités, qui seront disponibles d’ici la fin de l’année, à un rythme de 250 millions d’unités par trimestre, « délivrées gratuitement en cas de pandémie ».
Distribution gratuite en cas de pandémie
Fin 2005, 13,8 millions de traitements antiviraux de Tamiflu ont été livrés sous forme de boîtes à 75 mg/10 gélules, ainsi que 200 000 doses de Relenza sous forme d’inhalateurs, destinés aux hôpitaux. En 2006, 10 millions de traitements de Tamiflu supplémentaires ont été commandés ainsi que 9 millions de doses de Relenza, qui seront disponibles entre 2006 et 2007 pour couvrir les besoins de toute la population. Au final, 33 millions de traitement antiviraux seront disponibles d’ici l’an prochain. « Nous avons fait le choix de dépasser le taux de couverture préconisé par l’OMS – 27 millions – pour pouvoir faire face à toute situation », a précisé le ministre de la Santé. En cas de pandémie, les antiviraux seront distribués gratuitement, dans un conditionnement adapté : pour le Tamiflu, des boîtes de 5 comprimés sécables, dosés à 30 mg, afin d’adapter le dosage (30, 45, 60 et 75 mg). En cas d’alerte, la Pharmacie centrale des armées, chargée le moment venu de conditionner en gélules l’oseltamivir dont elle dispose, approvisionnera les répartiteurs, qui fourniront à leur tour une dotation de base aux officinaux. Le processus particulier d’approvisionnement des officines fera ultérieurement l’objet d’une convention entre les répartiteurs et le ministère afin de stocker les produits sur un nombre restreint de sites. Pour renouveler leurs stocks, les pharmaciens devront ensuite adresser leur commande par fax à un grossiste. Quant à la constitution de stocks de vaccins, Xavier Bertrand a rappelé que 2 millions de doses de vaccin prépandémique avaient été commandées, et que 40 millions de traitements vaccinaux pandémiques avaient été réservés pour faire face à une hypothétique crise sanitaire. Cinq laboratoires pharmaceutiques ont été saisis pour porter la réservation à 62 millions, sachant que, dans le meilleur des cas, ce vaccin ne sera disponible que six mois après l’identification du virus muté.
Une organisation sanitaire à préciser
Reste à détailler ce plan, pour préciser les modalités d’intervention des professionnels de santé, la nature des soins dispensés aux malades, la logistique des produits, le fonctionnement des établissements de santé, la gestion des déchets à risque infectieux… Il faudra pour cela attendre « quelques semaines au plus tard » pour que des annexes définissent « les mesures logistiques à adapter dans chaque secteur d’activité en cas de pandémie », a promis le ministre. Une chose est sûre : tous les maillons de la chaîne pharmaceutique seront sollicités en cas de pandémie. Comme l’a annoncé Xavier Bertrand, cinq groupes de contact* ont été mis en place auprès des professionnels de santé, « qui doivent faire des propositions rapidement » sur les cinq thèmes suivants : la prise en charge à domicile, le recours aux établissements de santé, la délivrance des produits et le rôle des médecins et des pharmaciens, l’information et la communication, les outils de formation. Loin d’être figé, le plan actuel se présente donc comme un tableau d’ensemble voué à évoluer en fonction des propositions des uns et des autres. Même si plusieurs paramètres ne seront connus qu’en cas de survenue d’une pandémie, un exercice national de simulation d’une pandémie de grippe aura lieu en mars pour évaluer la mise en oeuvre de ce plan ministériel actualisé.
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
* Tout professionnel de santé peut faire part au ministère de son souhait de faire partie de l’un des groupes de contact à l’adresse e-mail suivante :
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Quels masques ?
En cas de pandémie, et en l’absence de vaccin, la protection des soignants au chevet des malades reposera essentiellement sur le port d’un masque filtrant de type FFP2. Ce masque de protection respiratoire jetable est destiné à protéger celui qui le porte contre l’inhalation d’agents infectieux transmissibles par voie aérienne. La conformité de ces appareils est attestée par le marquage CE dont le sigle, suivi du numéro d’un organisme notifié, figure sur l’appareil luimême. Côté patients, si le masque antiprojection prévient la contamination de son entourage et de son environnement, il ne le protége en aucun cas contre les agents infectieux transmissibles par voie aérienne. La conformité de ces dispositifs médicaux de classe I est attestée par le marquage CE dont le sigle est porté sur l’emballage. Une fois en place, il est capital de ne pas manipuler le masque ou l’appareil de protection respiratoire sous peine de le détériorer, et de se contaminer les mains. Il faut impérativement se laver les mains après avoir enlevé le masque et éliminer ce dernier dans la filière des déchets d’activité de soins à risques infectieux.
Pour en savoir plus
● L’intégralité du plan (68 pages) est disponible sur le site interministériel dédié à la grippe aviaire : ww.grippeaviaire.gouv.fr
● Info grippe aviaire : 0 825302 302 (0,15 € la minute, du lundi au samedi de 8h00 à 20h00).
● Comment se procurer un masque ? http://www.sante.gouv.fr/htm/ dossiers/grippe_aviaire/ adresse_masques.pdf Multiplication des foyers en Turquie, arrivée prochaine des oiseaux migrateurs d’Afrique : l’étau se resserre autour de l’Europe