En France, l’Institut de veille sanitaire estime que 300 000 personnes sont contaminées par le virus de l’hépatite B. Si plus de 80 % guérissent spontanément, 20 à 30 % développeront une cirrhose et, pour une faible proportion, un cancer du foie. Plus de 1000 décès annuels sont ainsi liés à une infection chronique par le virus de l’hépatite B. Alors que 5000 nouvelles contaminations se produisent chaque année, il n’existe, à ce jour, aucun traitement véritablement efficace. Seul un vaccin permet de se prémunir. Or, le taux de couverture vaccinale des nouveaux-nés est actuellement de 21 % en France, contre 90 % en Italie. En cause, le flou entretenu par les autorités sanitaires, après le lancement d’une campagne de vaccination de masse en 1994.
Chronique d’un renoncement
En 1994, 25 millions de Français se font vacciner contre ce « Sida qui s’attrape par la salive », disait-on à l’époque. Deux ans plus tard, des personnes affirment avoir été rendues malades par le vaccin – scléroses en plaques, maladies auto-immunes... – et une association de victimes, Revahb, est créée en 1997. L’inquiétude gagne alors le milieu médical. En 1998, Bernard Kouchner déclare que « l’on ne peut pas exclure que la vaccination puisse révéler ou faciliter le développement de ces affections chez certains vaccinés. » Il annonce que la vaccination des préadolescents est suspendue, tout en recommandant de vacciner les nourrissons. Le taux de vaccination, lui, s’effondre... En 2000, l’État indemnise une vingtaine de personnes en reconnaissant un lien de causalité entre leur maladie et le vaccin. Un an plus tard, près de 700 cas de maladies caractérisées par une démyélinisation du système nerveux central sont signalés aux autorités sanitaires. La plupart concernent des femmes adultes, mais aucun signalement n’est repéré chez les enfants de moins de 25 mois. Suivent alors pas moins de neuf études épidémiologiques pour estimer le risque. Or, aucune d’entre elles n’établit l’existence d’une augmentation statistiquement significative du risque de sclérose en plaque. Début 2004 paraît alors l’étude du Dr Hernan, qui, passant en revue la base des médecins généralistes du Royaume-Uni, découvre, que, parmi les 163 personnes qui ont développé une SEP, entre 1993 et 2000, 11 ont été vaccinées contre l’hépatite B.
Rassurer les médecins et le public
« Sur le plan scientifique, le débat est clos », Pr. Patrick Marcellin
L’OMS estime que ces données « ne justifient pas l’interruption ou la modification des programmes de vaccination contre l’hépatite B. » En France, en novembre 2004, une audition publique d’experts se tient sur le thème « vaccination contre le virus de l’hépatite B et SEP : état des lieux ». Rien de nouveau, concluent ces experts : au contraire, leur rapport d’orientation confirme les recommandations de 2003, préconisant notamment la vaccination des nourrissons. On peut alors recommencer à communiquer... C’est dans ce contexte que la Fédération nationale des pôles de référence et réseaux hépatites (FPRH), l’association de malades SOS Hépatites et l’Association française pour l’étude du foie ont décidé de monter au créneau avec le lancement de la première « Journée nationale hépatites », qui s’est tenue le 21 janvier. Les représentants de ces associations se sont prononcés pour la vaccination systématique des nourrissons et le rattrapage des pré-adolescents, jusqu’à 15 ans. Pour le Pr. Patrick Marcellin, président de la FPRH, « sur le plan scientifique, le débat est clos, sur le plan psychologique, il convient de rassurer les médecins et le public. » De l’avis général, il faudrait aujourd’hui un vrai courage politique afin que tout le monde parle, enfin, d’une seule voix.
Jacqueline Machu
photo Miguel Medina

Stratégie de vaccination officielle
● Vaccination obligatoire des personnels de santé exposés à un risque de contamination.
● Vaccination recommandée pour les personnes qui présentent des risques individuels de contamination : usagers de drogue intraveineuse, partenaires sexuels multiples, rapports non protégés, voyages en zone de forte endémie...
● Vaccination recommandée des nourrissons dans la première année de vie.