n°1177 février 2006
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Santé Polémique Le Subutex sous (ré)pression

Dix ans après l’obtention de son AMM, la buprénorphine pourrait être classée comme stupéfiant. Une mesure contestée.

 

La Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies (Mildt), sous la pression du ministère de l’Intérieur, réclame l’inscription de la buprénorphine au tableau des stupéfiants. Objectif : lutter contre le trafic de rue. « C’est une mesure trop brutale, une mesure policière » s’emporte Jean Lamarche, président de l’association Croix verte et Ruban rouge. « Comme toujours, on ne demande pas l’avis de la profession. Au lieu de tout casser, il faudrait simplement resserrer la délivrance, en obligeant les médecins à noter le nom du pharmacien sur l’ordonnance. Et mettre de l’ordre dans les quelques dizaines d’officines trop complaisantes, connues de tous. Si la mesure passe, on va nous obliger à noter les références de la pièce d’identité, à nous munir d’un coffre et à modifier nos logiciels. En outre, l’arrivée d’un générique va rajouter une complication ». Difficile en effet, selon Jean Lamarche, qui connaît son monde, de faire accepter un générique par un toxicomane. De quoi démobiliser les pharmaciens, pivots d’un dispositif unique en Europe...

Fin de l’exception française ?

La France est le seul pays européen ayant permis, depuis 10 ans, un accès aussi large aux traitements de substitution aux opiacés (TSO). Résultat : près de 100000 personnes traitées, 80 % de risques d’overdose en moins (soit 3500 vies sauvées) et une réduction du nombre de contaminations par le VIH. Sans oublier la possibilité, pour ces patients, de vivre enfin une vie normale. Cependant, des usages abusifs ont été mis en évidence. Environ 20 % des quantités sont détournées – « sniffs », injections, associations de benzodiazépines, d’alcool, d’amphétamines... – et un réel trafic a été observé chez 3 % à 5 % des usagers. La Cnam a réagi en mettant en place un plan de contrôle en 2004, qui a permis de réduire à 2 % le nombre de fraudeurs fin 2005. Elle a de plus suspendu un millier de prises en charge et déposé une centaine de plaintes, au pénal, pour trafic de médicaments. Un outil de contrôle efficace, certes, mais jugé insuffisant par la Mildt, qui souhaite permettre à la police de sévir au titre de la loi sur les stupéfiants.

Les pharmaciens à la peine

Les études et les chiffres le prouvent : les régions où les dérives sont les moins nombreuses, sont celles où les pharmaciens s’impliquent. Le Dr Jean-Pierre Delouède, psychiatre et addictologue au Centre Bizia de Bordeaux, constate : « il y a un lien thérapeutique qui se crée et cela améliore l’efficacité des traitements. » Les officinaux pourront-ils consacrer le même temps à leurs « patients » quand la procédure sera devenue aussi lourde ? Stéphane Robinet, pharmacien impliqué dans le réseau toxicomanie espace MG (Strasbourg) depuis plus de 10 ans, en doute : « Nous avons du mal à recruter des pharmaciens pour la méthadone. Si le Subutex se trouve doté du même statut, de nombreux pharmaciens baisseront les bras. » A l’instar de nombreux acteurs engagés dans le TSO, Stéphane Robinet pointe plutôt le manque de formation des intervenants pour expliquer les dérives : « Il faudrait proposer une formation en addictologie dès la Faculté. » Incontestablement, l’efficacité des TSO reposera toujours sur des critères d’implication des différents partenaires et de prise en charge globale. Une prise en charge qui prenne en compte les dimensions psychologiques et sociales, où s’enracinent les souffrances de ceux qui sont englués dans une conduite d’addiction. La balle est maintenant dans le camp de Xavier Bertrand.

Jacqueline Machu
photo Miguel Medina

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Une « molécule-punition »
Afin de contrer les détournements – et de compenser l’arrivée prochaine d’un générique de Subutex – Schering-Plough va lancer un nouveau médicament, qui devrait s’appeler Subuxone (buprénorphine + naloxone). Par voie sublinguale, seule la buprénorphine exerce son action ; par voie intraveineuse, la naloxone se fixe sur les récepteurs aux opiacés, empêchant la buprénorphine d’agir. La personne s’injectant le Subuxone présenterait alors un syndrome de sevrage. « C’est le seul médicament conçu pour faire du mal à celui qui le détourne. On est encore dans le registre de la punition » regrette Stéphane