Crise cardiaque, attaque cérébrale, artérite des membres inférieurs, insuffisance rénale, lésions de la rétine... Autant de conséquences plus ou moins dramatiques de l’hypertension artérielle. Cette affection chronique toucherait près de 10 millions de Français, un chiffre qui ne cesse d’augmenter, notamment chez les populations vieillissantes, sédentaires ou en surpoids. D’après le Comité français de lutte contre l’hypertension artérielle, un tiers des adultes de plus de 35 ans serait atteint d’une hypertension non dépistée ou non traitée. La partie immergée de l’iceberg... Mal dépistée, l’hypertension serait également mal connue, comme l’indique un sondage réalisé pour l’Ordre national des pharmaciens en décembre 2005 : pour plus de 60 % des interrogés, il s’agirait d’une maladie nerveuse due au stress. Et seule la moitié des personnes interrogées fait le lien entre hypertension artérielle et infarctus du myocarde. Absence de symptôme et méconnaissance de cette affectation expliquent que les risques inhérents à cette maladie soient trop souvent négligés. Ne se sentant pas vraiment malades, un tiers des hypertendus interrompraient leur traitement. Ce qui signifie le retour de l’hypertension dans 90 % des cas.
Education sanitaire et suivi thérapeutique
Méconnaissance, dépistage insuffisant, mauvaise observance des traitements : c’est sur ces lacunes que l’Ordre a décidé d’agir, grâce à cette campagne organisée en synergie avec les syndicats pharmaceutiques et les groupements. Détecter les hypertendus qui s’ignorent et veiller au meilleur suivi possible pour les personnes traitées, tel est l’objectif qui sera assigné aux officinaux courant février. Pour pallier la méconnaissance et la négligence des risques, à eux de faire acquérir à leurs patients les réflexes de prévention et de surveillance, d’expliquer l’action du médicament et son bon usage dans un langage compréhensible par tous, d’informer sur les possibles effets indésirables du suivi thérapeutique, de veiller à l’absence d’interactions avec d’autres traitements. A eux, aussi, de s’assurer que les contrôles médicaux et biologiques requis sont effectués. Cela implique d’identifier les facteurs de risques d’hypertension et d’inciter à consulter un médecin pour diagnostic. En d’autres termes, de promouvoir une meilleure hygiène de vie et d’enseigner les réflexes essentiels, comme de faire prendre sa tension au moins une fois par an à partir de 40 ans et dès 30 ans en cas d’hérédité.
« La mesure ponctuelle à l’officine n’est pas la meilleure méthode et doit déboucher plus souvent vers un conseil à l’automesure »
Promouvoir l’automesure
« La mesure ponctuelle à l’officine n’est pas la meilleure méthode et doit déboucher plus souvent vers un conseil à l’automesure », souligne le Dr Nicolas Postel- Vinay, membre du comité scientifique de la campagne. Réalisée à domicile avec un tensiomètre adapté (validé et recommandé par l’Afssaps), l’automesure est reconnue comme un élément important d’aide au diagnostic de l’hypertension. Au médecin d’interpréter des mesures élevées ou inattendues, le cas échéant. Pour assurer cette mission, chaque officine disposera d’un kit de campagne composé de brochures pour les patients hypertendus sous traitement et pour les patients potentiellement hypertendus – deux supports de dialogue et de conseil –, de deux affiches, de cinq badges et d’une fiche technique. Cette mobilisation collective des pharmaciens sera relayée par une campagne publicitaire dans 61 titres de la presse quotidienne régionale entre le 1er et le 15 février. Cette campagne constitue un nouveau pas en avant sur la voie de l’affirmation de leur rôle d’acteur de santé, dans un contexte largement favorable à une évolution de leurs missions, comme le résume Jean Parrot, président de l’Ordre national des pharmaciens : « Cette campagne est une pièce de plus dans le puzzle des actions dans lesquelles le pharmacien doit s’engager en relation avec les autres professionnels de santé. »
Fanny Rey
