n°1177 février 2006
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Santé Vaccination Le BCG, envers et contre tous
La vaccination BCG doit-elle rester systématique ? La disparition du Monovax pose la question en filigrane. Les médecins sont contre, mais la loi l'oblige encore.

Le Monovax avait la peau dure. Pourtant, depuis le 1er janvier 2006, l’antédiluvienne bague de vaccination BCG a disparu. Délai de péremption trop court, injection peu précise, les normes européennes et internationales guettaient la spécialité au tournant : « Monovax était bien sûr efficace, mais on ne pouvait pas connaître la dose de vaccin réellement administrée. Son avantage résidait dans la facilité du geste, qui permettait de satisfaire à l’obligation vaccinale », témoigne Corinne Lethenet, directrice de l’information médicale des laboratoires Sanofi Pasteur MSD. Obligation stricte, puisqu’en France la vaccination anti-tuberculose est appliquée de manière systématique chez 800 000 nourrissons par an, avant l’entrée en crèche. L’autre raison de la « mise à mort » de cette spécialité est plus pragmatique : « Pour poursuivre la fabrication, il aurait fallu remettre aux normes toute la chaîne de production ainsi que le bâtiment où il était produit. C’est donc aussi une stratégie industrielle », ajoute-t-elle. Exit le Monovax, donc, et bonjour BCG SSI, son remplaçant. A la différence près que le SSI s’administre en intradermique : ni souscutanée, ni intramusculaire, l’injection nécessite de piquer dans l’épaisseur du derme.

RéticencesSeuls 30 % des médecins consentiraient à utiliser la technique de l’injection intradermique.
Favorables à des vaccinations BCG ciblées sur certaines populations, et peu formés à l’injection intradermique, qui nécessite d’ailleurs l’immobilisation de l’enfant, seuls 30 % des médecins consentiraient à utiliser cette technique, d’après un sondage réalisé en avril dernier. Ajoutez à cela un profil d’effets secondaires plus « cogné », avec, dans 1 % à 3 % des cas, des kystes, des suppurations et, éventuellement, un gonflement des ganglions proches du point d’injection... et vous obtenez une équation qui ne pourra être résolue que par un changement de politique vaccinale : ne réserver tous les ans le BCG qu’à 100000 enfants «à risques», au lieu de 800 000 actuellement. « Il faudra un ou deux ans avant que la loi change, regrette Anne Letoret, médecin en charge de la santé publique au Conseil général des Côtes d’Armor, or j’ai déjà deux cas d’enfants qui ne peuvent recevoir de vaccination BCG, parce que leur médecin de famille ne veut pas la pratiquer, et à qui on refuse l’entrée en crèche. » A moins de séances « express » de formation des pédiatres et des généralistes à l’injection intradermique sur tout le territoire, il y a donc fort à parier que la course au BCG a commencé pour les jeunes mamans.

Laurent Simon
Photo Miguel Medina

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