n°1187
fevrier 2007
Actualité
Présidentielle
La Fédération entre en campagne
Les prochains mois revêtent une importance majeure pour la profession. Présidentielle, législatives, préparation du prochain PLFSS… Pierre Leportier, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, compte bien peser sur les débats.
Après une année agitée pour l’officine, comment appréhendez-vous les échéances électorales de ces prochains mois ?
Pierre Leportier : Nous comptons bien peser sur les débats, et pas seulement dans le contexte de la course à l’Elysée. L’élection présidentielle est une échéance capitale, certes, mais elle n’est pas la seule. Des élections législatives se dérouleront dans la foulée, immédiatement suivies par la préparation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2008. C’est pourquoi la Fédération entend bien, dans les semaines et les mois qui viennent, s’adresser aux présidentiables, mais aussi à l’ensemble des candidats aux élections législatives.
Commençons par la présidentielle : comment comptez-vous interpeller les candidats ?
Nous avons déjà rencontré en tête-à-tête un certain nombre de candidats et entretenons avec leurs entourages directs des relations constantes. Mais nous ne comptons pas limiter nos interventions à ces rencontres. C’est pourquoi nous ferons bientôt connaître notre plateforme politique, et transmettrons aux présidentiables notre position sur les fondamentaux de notre profession, mais aussi des questions plus précises, sur lesquelles nous voulons faire entendre notre voix.
Quelles sont ces valeurs fondamentales ?
Plus que des valeurs, il s’agit-là des véritables piliers sur lesquels repose toute notre activité, et donc le véritable service public que nous assurons à nos concitoyens. Ils sont au nombre de trois :
■ Le monopole pharmaceutique, garant de la sécurité de dispensation du médicament par un professionnel libéral formé et responsable.
■ La propriété de l’officine, garante d’un exercice professionnel échappant aux intérêts capitalistiques.
■ La loi de répartition démogéographique, enfin, qui garantit à chaque Français un service de proximité. Ces trois piliers soutiennent un réseau de santé publique de proximité qui a fait les preuves de son efficience. Il est important que les candidats à la présidence de la République se déterminent sur ces valeurs, eu égard aux évolutions inquiétantes que nous observons en Europe. Qu’on ne s’y trompe pas : tout autre type d’organisation n’apporterait pas les mêmes garanties aux citoyens en termes de sécurité sanitaire et de proximité.
Avez-vous, aujourd’hui, des raisons de craindre une déstabilisation de ce système ?
Les programmes Santé des candidats sont encore peu précis, et je ne voudrais pas intenter de procès d’intention à ce niveau de la campagne. « La Fédération ne lâchera aucun des candidats »Seulement, les positionnements de certains, d’inspiration néolibérale, ont pu nous inquiéter. C’est pourquoi la Fédération veut réaffirmer un certain nombre de principes, que l’on déclinera en revendications beaucoup plus spécifiques. Je prends l’exemple de la répartition des officines : pour maintenir un réseau de proximité, il faut bien que l’ensemble des pharmacies dispose de revenus suffisants pour rémunérer un personnel qualifié, financer sa formation continue, soutenir les nombreux services rendus à la population, qu’il s’agisse de la dispensation à domicile ou en établissements, de l’exploitation d’outils comme le DMP, de notre participation à des campagnes de prévention et de santé publique, de la permanence des soins, du suivi de patients particuliers, etc.
Précisément, quelles propositions allez-vous formuler en matière économique ?
Pour convaincre nos interlocuteurs, nous devons entrer dans des considérations extrêmement précises quant aux difficultés économiques que traverse la profession. Expliquer, notamment, que notre système actuel de rémunération avait été défini dans un contexte très inflationniste en termes de dépenses de santé. Or, on assiste aujourd’hui à un renversement de tendance, du fait des accords prix-volumes passés entre les laboratoires et les pouvoirs publics, dont les effets en termes de baisses de prix s’accompagnent d’une baisse brutale des volumes de prescription provoquée par la mise en place du parcours de soins. Enfin, le développement des conditionnements trimestriels n’arrange rien à l’affaire. Ce que nous réclamons aujourd’hui, pour permettre à nos officines de maintenir leur équilibre économique, c’est une revalorisation de la MDL. Outre cette revalorisation, il ne faudra pas non plus négliger la rémunération de certains actes spécifiques que nous serons amenés à négocier avec l’Assurance maladie au travers d’accords conventionnels.
La question du médicament générique a également un impact important sur l’économie officinale. On pense aussi aux craintes liées aux déremboursements de médicaments à SMR insuffisant. Que direz-vous aux candidats ?
Il faudra que les présidentiables se prononcent clairement sur la question cruciale du générique. Nous nous sommes battus, dans un contexte de défiance, pour devenir les acteurs « Ce que nous réclamons, aujourd’hui, c’est une revalorisation de la MDL » décisifs de ce marché, et nous entendons le rester. Les résultats sont là, avec de formidables économies dégagées pour l’Assurance maladie, dans une démarche pédagogique et responsabilisante menée auprès des Français. Il est dans l’intérêt de tous que nous conservions une rémunération incitative sur le générique, et que nous en demeurions les acteurs clé. Concernant les déremboursements, nous réclamons le maintien des vignettes oranges, car elles constituent un ultime rempart contre les transferts de prescription de complaisance. De surcroît, dès lors que les régimes complémentaires prennent en charge le différentiel de prix, ce taux de 15 % permet de maintenir un accès aux soins pour la frange la plus défavorisée de la population.
Les législatives suivront de près l’élection du nouveau président de la République. Comment les aborderez-vous ?
La plateforme que nous adresserons aux candidats à la présidentielle sera également transmise à l’ensemble des candidats à la députation, par l’intermédiaire des présidents départementaux de la FSPF, et nous leur demanderons de se positionner explicitement par rapport au prochain PLFSS. Le Comité d’alerte des comptes de la Sécurité sociale doit rendre son rapport en juin, et il est certain, au vu de l’objectif « soins de ville » voté pour cette année, que le compte n’y sera pas. Or, il est absolument hors de question que le réseau officinal fasse les frais de cette sous-estimation des pouvoirs publics, qui ont fixé pour les dépenses de soins de ville un objectif parfaitement irréaliste. Nous avons dû sacrifier deux années de croissance à l’Assurance maladie, avec une évolution de marge aujourd’hui négative, aggravée par la baisse des prescriptions. Notre situation économique fragilise les plus faibles d’entre nous, et c’est pourquoi la Fédération vient de mettre en place un observatoire des incidents de paiement auprès de la Banque de France, d’Interfimo et des répartiteurs. Les premiers résultats sont alarmants, puisque ces incidents de paiements ont doublé ces six derniers mois. Or, les effets de la loi de financement 2006 continueront de se faire sentir pendant deux ans. C’est pourquoi les candidats à la présidentielle et aux législatives doivent savoir que nous sommes résolus à ne rien céder. Vous le verrez dans les semaines et les mois à venir, la Fédération ne lâchera aucun des candidats.
Propos recueillis par Laurent Gainza
Photo Miguel Medina 
Pierre Leportier, président de la FSPF