n°1197 fevrier 2008
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Santé Aromathérapie Fragrant délit de toxicité
Les huiles essentielles ont beau être d’origine naturelle, elles n’en sont pas moins des produits actifs. Et donc potentiellement dangereux.
Le bien-être, certes, mais pas n’importe comment. Les huiles essentielles et l’art de les utiliser – que l’on appelle couramment aromathérapie – requièrent quelques connaissances et pas mal de précautions. Souvent convaincus de leur innocuité, les patients ont donc besoin d’être guidés, et le pharmacien est le premier concerné d’autant que certaines plantes relèvent de son monopole (voir encadré ci-dessous). Heureusement l’Afssaps veille au grain : « Il fallait réviser le vieux décret concernant les huiles essentielles sous monopole pharmaceutique, les libellés étaient beaucoup trop généraux, comme pour le thuya ou l’absinthe, par exemple. Chaque plante peut évidemment comporter plusieurs espèces. Il fallait une nomenclature pour clarifier. Nombre d’huiles essentielles ont même une toxicité intrinsèque, comme la rue, la sabine, la moutarde ou le chénopode (voir encadré) et le sassafran est un précurseur de psychotrope. Il fallait éviter que toutes ces huiles circulent librement sur le marché », témoigne An Lê, responsable de l’unité pharmacopée de l’Agence. Ces substances circulent très largement dans la population française, sans d’ailleurs beaucoup de contrôles de personnels formés. On les trouve à la commande sur Internet sans toujours le bon conseil associé. « Quant à leur usage en dehors du circuit pharmaceutique, c’est un peu le maquis, même si nous n’avons pas eu d’alerte inquiétante récemment », confirme An Lê. Contactés, les centres anti-poison et les centres régionaux de pharmacovigilance pointent surtout des cas d’ingestion accidentelle d’huiles essentielles quelle que soit leur forme : une centaine par an et par région en approximation grossière, le plus souvent sans gravité. « Le plus fréquemment, ce sont des huiles essentielles d’Eucalyptus globulus, puis de lavande, de thym, de citronnelle, de niaouli, de pin. Les huiles essentielles, surtout l’eucalyptus, posent les problèmes les plus fréquents en cas d’ingestion par l’enfant, quelques millilitres étant susceptibles de donner des convulsions. Un cas récent a concerné une huile blanche et a été responsable d’une détresse respiratoire grave, qui a nécessité des soins de réanimation », témoigne, après consultation des registres pour les régions Centre et Pays de la Loire, le professeur Patrick Harry du centre anti-poison d’Angers. L’eucalyptus est notoirement contre-indiqué chez l’enfant puisqu’il provoque des convulsions graves mais les parents ne le savent pas toujours.

De bons conseils

Surtout qu’il est parfois difficile de trier le bon grain de l’ivraie parmi les discours new-age que proposent parfois les tenants de l’aromathérapie. Quelques conseils de base permettront d’éviter l’immense majorité des désagréments. On déconseillera l’usage d’huiles essentielles chez la femme enceinte ou allaitante ainsi que chez les enfants de moins de cinq ans. Surtout certaines dont la tératogénécité est avérée, comme la sabine, le camphrier, l’angélique, l’armoise, le bois de rose, le cèdre... la liste est longue. D’autre part, en cas d’achat en dehors du circuit officinal, conseillez bien à vos patients de repérer la nomenclature de la plante : il n’y a pas une sauge mais des sauges, aux propriétés aussi différentes que leurs noms peuvent être proches (voir interview ci-contre). De plus, les huiles essentielles n’ont pas nécessairement les mêmes propriétés que les plantes dont elles sont extraites ! Une véritable jungle... Evidemment, éloignez les flacons de la portée des enfants. Et pour utiliser les plus sensibilisantes ou irritantes de ces huiles directement sur la peau, n’hésitez pas à les diluer dans de l’huile végétale pour les adoucir à raison de 10 ou 20 volumes pour un seul d’huile essentielle. L’huile de pépins de raisin fait bien l’affaire, tout comme l’huile d’amande douce ou de noisette ou tout bêtement l’huile de tournesol de bonne qualité. Il faut de manière générale éviter leur application sur les muqueuses et vérifier que l’huile utilisée n’est pas photosensibilisante (rue, chénopode...). Les personnes allergiques ne sont généralement pas de bons clients pour ce genre de thérapie et, plus surprenant, éviter de les conseiller chez nos amis les bêtes, chez qui elles peuvent être toxiques. Une fois ces quelques précautions prises, les huiles essentielles resteront en odeur de sainteté.

Laurent Simon
Photo Miguel Medina

Les huiles sous monopole pharmaceutique
Grande absinthe (Artemisia absinthium) : NEUROTOXIQUE
Petite absinthe (A. pontica) : NEUROTOXIQUE C Armoise commune (A. vulgaris) : NEUROTOXIQUE
Armoise blanche (A. herba alba) : NEUROTOXIQUE
Armoise arborescente (A. arborescens) : NEUROTOXIQUE
Chénopode vermifuge (Chenopodium ambrosioides et C. anthelminticum) : PHOTOTOXIQUE
Hysope (Hyssopus officinalis) : NEUROTOXIQUE
Moutarde jonciforme (Brassica juncea) : IRRITANTE
Rue (Ruta graveolens) : PHOTOTOXIQUE
Sabine (Juniperus sabina) : TERATOGENE, IRRITANTE
Sassafras (Sassafras albidum) : CANCERIGENE (chez le rongeur)
Sauge officinale (Salvia officinalis) : NEUROTOXIQUE
Tanaisie (Tanacetum vulgare) : NEUROTOXIQUE
Thuya du Canada alias cèdre blanc (Thuya occidentalis) et cèdre de Corée (T. Koraenensis), dits «cèdre feuille» : NEUROTOXIQUE
Thuya (T. plicata) : NEUROTOXIQUE NEUROTOXIQUE : induction de crises épileptiformes et tétaniformes, troubles psychiques et sensoriels

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INTERVIEW
 « On ne peut pas faire de généralités »

Marie-Claire Laparé, consultante et enseignante en aromathérapie

Peut-on dire que les huiles essentielles sont dangereuses ?
Les dangers des huiles essentielles sont attribuables à certaines des substances biochimiques qu’elles contiennent. Il est inapproprié de parler de «dangers» sans connaître le chémotype de telle huile essentielle. Prenons la sauge comme exemple. Tout d’abord, nous nommons la sauge par son espèce botanique : Salvia officinalis ou Salvia sclarea. La première contient des thujones, famille cétones, très toxiques, abortives. La seconde a pour composante majoritaire l’acétate de linalyle, un ester terpénique qui la fait s’apparenter à la Lavandula officinalis, donc sans danger dans une posologie appropriée.

La sécurité d’utilisation dépend donc d’une bonne information du professionnel de santé...

Il est évident que le produit doit être étiqueté avec précision. Donc, que l’huile essentielle doit provenir d’un producteur d’un distributeur sérieux. C’est chromatographie en phase gazeuse qui nous donne toutes les précisions sur le chémotype, c’est analyse coûteuse que doit le producteur consciencieux, adhère à un label de qualité soumet au cahier des charges. huiles essentielles disponibles dans le commerce ne répondent pas toutes ce critère.

Quel est le meilleur conseil à donner patient ?
Dans la centaine d’huiles essentielles disponibles sur le marché, nous avons un large éventail de toxicité allant du plus inoffensif de linalyle au plus agressif phénol comme carvacrol. Les substances biochimiques n’agissent pas de la même manière per os et, finalement, certaines sont photosensibilisantes. On ne peut pas faire de généralités.