n°1197 fevrier 2008
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Actualité Comptoir Franchises, l’interrogation permanente
Maintenant que les franchises sont entrées en application, reste à en recadrer les modalités face à des patients souvent désorientés.
Passée la grogne de devoir à nouveau mettre la main à la poche, l’heure serait plutôt à la résignation et à l’incompréhension. Car si l’effet des franchises est indolore à la caisse pour les patients bénéficiant du tiers-payant – soit 90% des personnes achetant des médicaments sur ordonnance – et pour les malades chroniques, au comptoir les questions fusent, les clients se demandant bien souvent comment ils vont devoir s’acquitter des fameux 50 centimes d’euro. Mais qu’ontils réellement compris des modalités de cet impôt de solidarité ? Pas grand-chose, à en croire nombre d’officinaux confrontés au quotidien à l’ignorance de leurs clients en la matière. « Depuis début janvier, en région parisienne, les clients sont prêts à payer quelque chose au comptoir. C’est bien la première fois que les gens nous demandent ce qu’ils nous doivent : cette mesure a eu un impact plus important que les déremboursements !, constate Manuella Anno, titulaire dans le Vald’Oise. Par contre, ils sont très mal informés et pensent qu’ils doivent payer 50 centimes d’euro pour toute l’année ou bien que le plafond annuel de 50 euros n’est pas global. Et ils ne savent pas que les mineurs, les femmes enceintes et les bénéficiaires de la CMU en sont exonérés. » Autre effet inattendu des franchises : « Certains patients essaient d’obtenir des grands conditionnements, afin de diminuer le nombre de franchises à payer… »

Confusion

Même son de cloche pour Jean Claeys, titulaire dans la Somme : «Manifestement, les patients n’ont rien compris ! Il arrive que certains patients – toujours des malades chroniques – demandent : ‘‘les 50 centimes d’euro, on ne vous les paie pas ?’’ Ce à quoi je réponds : ‘‘ non, je ne suis pas percepteur’’. Après, j’embraye sur l’explication, je les rassure en leur expliquant le principe du plafond de 50 euros. J’en profite quand l’officine est pleine, quand je sais que ça va être répété. » De fait, le bouche-à-oreille fonctionne bien dans un village de 870 habitants… « Les franchises ne les inquiètent pas, il n’y en a pas un seul qui râle. Lorsqu’ils posent des questions, on leur répond que c’est la Sécu qui gère, note de son côté Philippe Pistre, titulaire à Juvignac, dans l’Hérault. Ils savent qu’ils doivent payer et qu’il y a un plafond, mais ça s’arrête là. » Loin de se douter que dans la pratique, les 50 centimes d’euro par boîte de médicaments sont directement déduits par la Caisse au fur et à mesure des remboursements et qu’en cas de tiers-payant, la franchise à la boîte – ingérable en pharmacie – est déduite d’un remboursement ultérieur, a priori sur celui d’une consultation. Du coup, à l’officine, l’argument de la responsabilisation des patients se discute, le système faisant croire au final que ce sont les consultations médicales qui sont moins remboursées.

Fanny Rey
Photo Miguel Medina
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Un malade du Sida en grève des soins
Pour réclamer l’abrogation de cette « loi injuste », parce qu’il juge « honteux de culpabiliser les malades », Bruno-Pascal Chevalier, atteint du Sida, est entré en guerre contre les franchises médicales en cessant de se soigner, stoppant médicaments, thérapies et tout examen en octobre dernier. Le 2 janvier, il écrivait à Nicolas Sarkozy pour l’informer de sa démarche. Selon lui, « les malades de longue durée sont condamnées à dépenser 50 euros de plus par an. Autant dire les choses : c’est un impôt supplémentaire ». Loin de vouloir inciter quiconque à l’imiter, Bruno-Pascal Chevalier souhaite « rendre public ce que font déjà, selon lui, de nombreux malades de longue durée par nécessité ». La réponse du président de la République, le 15 janvier, n’aura pas eu raison de sa décision.