n°1197 fevrier 2008
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Actualité Edito Une commission chasse l’autre
Syndicats, Ordre, étudiants, groupements, ministre de la Santé : les pharmaciens ont parlé d’une voix, et Nicolas Sarkozy les a entendu. Son discours lors de la remise du rapport Attali l’a prouvé : en refusant le passage de l’automédication – qu’on lui pardonnera d’avoir appelé parapharmacie – dans les grandes surfaces et en réaffirmant le rôle social du pharmacien dans l’aménagement du territoire, il a rendu hommage à une profession qui en avait bien besoin après avoir été copieusement attaquée : « pathétiquement caricaturaux », « rentes insupportables », les pharmaciens n’ont pas été épargnés ces derniers mois. Les rapports se suivent et se ressemblent : après celui de Charles Beigbeder sur le low-cost, celui de Jacques Attali – à qui Nicolas Sarkozy avait pratiquement donné carte blanche pour « libérer la croissance » il y a six mois de cela – ne fait que confirmer la tendance. Le résultat de ces cogitations laisse songeur. D’un coup d’un seul, c’est rien moins que les trois piliers fondamentaux de la profession que la commission Attali se propose d’abattre : la répartition démogéographique, la propriété de l’officine et le monopole de dispensation. Ce serait la fin de l’officine telle que nous la connaissons actuellement que propose la désormais fameuse « commission pour la libération de la croissance ». Non sans quelques inexactitudes, voire des erreurs flagrantes dans l’approche des problèmes de santé publique. Informatisation, formation du personnel, maîtrise médicalisée des dépenses de santé : les pharmaciens ne vous ont pas attendus pour libérer la croissance dans les 23 500 officines du territoire français, M. Attali. Notre secteur, qui compte moins de 2,5 % de chômage pour plus de 130 000 emplois dont 20 000 créés les dix dernières années, est l’un des seuls à pouvoir se targuer du plein emploi que vous appelez de vos voeux. Pourquoi vouloir casser cette belle mécanique ? Au nom du dogme libéral. Il fallait donc résister, expliquer ce qu’était réellement le métier d’« artisanpharmacien » à ces experts, loin des clichés du rentier que la doctrine du libéralisme véhicule sans preuve. Si le prix de la croissance est une mise en danger de la santé publique et un mitage du réseau officinal, M. Attali, les Français ne sont pas prêt à le payer. Les sondages le prouvent : 87 % des Français considèrent le pharmacien comme un professionnel de santé, et non comme un commerçant « lambda» et pas moins de 97 % considèrent qu’il est important d’avoir une pharmacie près de chez eux. Quant à l’automédication, 92 % des Français ne souhaitent pas la voir quitter l’officine, à condition d’en maîtriser les prix. Ce que la profession s’emploie à faire avec notre ministère de tutelle, sans votre aide. Le chef de l’État l’a bien compris, lui qui déclarait lors de la remise du rapport final de votre commission : «Le consommateur a certainement envie d’acheter ses médicaments moins cher, mais il n’a pas envie de vivre dans un désert ». Pour autant, la situation n’incite pas au triomphalisme : une commission chasse l’autre. La FSPF, comme toute la profession, espère que les propositions de M. Attali ne seront pas suivies par l’Etat français… quant à celles des commissaires européens, la vigilance est toujours de mise. Restons tous mobilisés.

Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

Photo Miguel Medina

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