n°1197 fevrier 2008
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Actualité Polémique Les libéraux attendent au tournant.
Le président de la République a en partie dédit les conclusions de la commission Attali sur les pharmaciens. Les officinaux ne sont pas sauvés pour autant.
Ce que vous proposerez, nous le ferons », avait prévenu Nicolas Sarkozy, le 30 août dernier à l’instauration de la commission Attali dite « pour la libération de la croissance ». Autant dire que ses conclusions étaient attendues comme le loup blanc. Il ne s’en est jamais caché, Jacques Attali ne porte pas les pharmaciens dans son coeur : « rentiers » et « pathétiquement caricaturaux », entre autres amabilités. Les potards allaient en prendre pour leur grade, tout comme les autres professions réglementées. « Sur les 316 propositions de la commission, 313 ont été retenues », se rengorge Jacques Attali. Parmi les trois repoussées par Nicolas Sarkozy, on compte la suppression des départements, l’abolition du principe de précaution… et celle concernant les pharmaciens. Incroyable, si l’on pense qu’il n’y a pas six mois, lors de la mise en place de la commission de libération de la croissance, le même Nicolas Sarkozy vouait aux gémonies les professions réglementées, taxis, notaires et… pharmaciens, taxés de « rentiers de situation ». Si les taxis en ont effectivement pris pour leur grade lors de la remise du rapport, les pharmaciens sortent plutôt épargnés du tourbillon médiatique. Bien qu’il ait dans son discours confondu parapharmacie et OTC, le président tient à la pharmacie « à la française » (voir encadré) et il l’a dit haut et fort. Les propos présidentiel ont donc adouci quelques craintes, mais attention : si la question des médicaments à PMF est mise de côté, le président a été moins explicite concernant le reste de la décision 212 (voir encadré), véritable bombe atomique pour l’officine. Rappelons que la commission Attali ne propose rien moins que d’abattre les trois piliers de la profession : la répartition démogéographique, le monopole officinal et le capital réservé aux pharmaciens. « Certains lobbys ont bien travaillé », a remarqué, narquois, l’ex-conseiller de François Mitterrand en ne se privant pas d’un dernier coup de griffe à l’encontre des pharmaciens bénéficiant toujours selon lui de rentes « insupportables ». Mais l’oreille du président aura été plus sensible aux déclarations de sa ministre de la Santé Roselyne Bachelot, qui a réaffirmé son attachement au monopole qu’aux choeurs de Jacques Attali et de Michel-Edouard Leclerc. Quelques jours auparavant, ce dernier promettait de vendre sous peu des médicaments dans ses rayonnages.

Erreurs et inexactitudes

Quid du rapport lui-même ? Il en va de la santé comme d’autres domaines abordés dans ce pavé de 250 pages : certaines des propositions de Jacques Attali se télescopent avec l’action gouvernementale. Par exemple la suppression des numerus clausus, au moment même où l’Assemblée nationale et le Sénat viennent de conforter en l’aménageant la loi de répartition des officines et où le ministère de la Santé augmente considérablement le nombre d’étudiants en première année de médecine et de pharmacie (voir l’article p. 22). Cette loi de répartition, que la commission Attali souhaite voir disparaître devrait, selon elle, être remplacée par des incitations dans les zones qui seraient alors devenues déficitaires. Pourquoi alors plaider pour la suppression du quorum ? D’autre part, le rapport Attali, par la profusion de ses propositions, se prend lui-même les pieds dans le tapis lorsqu’il propose à quelques lignes d’intervalle de « lever les restrictions sur la publicité » des médicaments à prescription médicale facultative puis de « ne pas l’autoriser ». Un peu schizophrène… Pourtant et paradoxalement, ce catalogue contient en germe des mesures intéressantes, en particulier l’affirmation que les dépenses de santé doivent être considérées comme un investissement, non comme une charge : le rapport ne se choquerait pas de voir passer les dépenses de santé de 10 % du PIB actuellement à 15 % ou 20% à l’horizon 2030, ce qui représente un doublement des financements actuels.

A méditer, pourtant

Et lorsqu’il propose de développer massivement la prévention, améliorer la formation des médecins, développer fortement l’hospitalisation à domicile ou aider à la délégation de tâches vers les professions paramédicales, Jacques Attali tape dans le mille. Le renouvellement des ordonnances par les pharmaciens est même encouragé (décision 72) ! Les médecins sont d’ailleurs, dans le monde de la santé, les grands oubliés du rapport. Tout juste devront ils « lancer des campagnes de promotion de meilleurs modes de vie ». Le rapport préconise également de « développer des aides incitatives aux médecins pour leur installation », ce qui est tout sauf une nouveauté. Parmi les autres professionnels de santé, les pharmaciens sont donc bien seuls. Mais si la commission Attali est en partie hors jeu, une autre porte les mêmes propositions depuis un certain temps : la Commission européenne… Et elle risque d’être beaucoup plus dure à convaincre. En jouant la carte de l’ouverture à petits pas sur le passage de l’automédication devant le comptoir et en réaffirmant son rôle de cerbère de la santé publique, la profession a pour l’instant sauvé les meubles. Mais les huissiers de l’Europe sont toujours à la porte.

Laurent Simon
Photo Miguel Medina
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Nicolas Sarkozy épargne les pharmaciens
« Vous proposez de réformer les professions réglementées, en précisant qu’il ne s’agit pas de supprimer toute réglementation : ce serait inacceptable lorsqu’il faut des garanties en matière de compétence professionnelle ou lorsque la sécurité des personnes est en cause. [Il évoque le manque de taxis à Paris] Il y a des sujets beaucoup plus difficiles, je pense à la parapharmacie [sic, il voulait certainement évoquer les médicaments à prescription médicale facultative] ce ne sont pas des petits sujets. Pourquoi ? Je vois bien que si on met la parapharmacie dans les grandes surfaces, c’est bon pour le consommateur, c’est vrai. Mais en tant que chef de l’Etat, je dois aussi penser à l’aménagement du territoire et à l’utilité de service public du pharmacien. Dans ce cas-là, on ne peut pas réduire tout à la seule question des tarifs, car si demain dans un certain nombre de petites villes, il n’y a plus de pharmacie (…) comment rompre la solitude d’un certain nombre de personnes – et je ne parle pas seulement de personnes âgées – pour qui le pharmacien ou la pharmacienne, c’est la seule trace de vie et le seul contact humain? On n’est pas seulement dans le quantitatif mais aussi dans le qualitatif, quand on prend une décision. Ce n’est pas une question de peur mais d’étendue des problèmes. Le consommateur a certainement envie d’acheter ses médicaments moins cher, mais il n’a pas envie de vivre dans un désert. »
Source : Remise du rapport Attali, le 23 janvier 2008  

La décision qui fâche
Décision 212 : Ouvrir les conditions d’exercice des activités de pharmacie.
• Supprimer le numerus clausus, en créant un mécanisme incitatif pour que la carte des officines dans les territoires enclavés puisse satisfaire les impératifs de santé publique.
• Limiter le monopole pharmaceutique aux seuls médicaments prescrits sur ordonnance, sur le modèle italien, sans autoriser la publicité pour les produits non soumis à prescription. Cette mesure permettrait de baisser le prix de ces produits de 5% à 15 % environ, selon une étude de l’OCDE portant sur le Danemark.
• Permettre à des tiers d’investir sans restriction dans le capital des officines aux côtés de pharmaciens, à la seule condition qu’un pharmacien tienne toujours la pharmacie.
Source : Extrait du rapport de la commission