n°1197 fevrier 2008
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Santé Recherche Innovation : question de point de vue
La recherche avance-t-elle ? Entre Prescrire et les industriels du médicament, les avis sont aux antipodes.
Il est toujours amusant de comparer deux extrêmes. En termes de médicaments, les deux pôles sont représentés par la Pilule d’Or et le Bilan annuel des avancées thérapeutiques du Leem. Le premier, organisé par la très janséniste revue Prescrire, regrette chaque année « la panne d’innovation persistante » et n’a décerné cette année qu’une récompense suprême à un médicament orphelin, le Carbaglu, pour « les enfants atteints d’un trouble rare et mortel du cycle de l’urée ». Au tableau d’honneur, deux autres molécules, le Glivec et l’Herceptin dans des indications très pointues, respectivement les leucémies myéloïdes chroniques et le cancer du sein. Le Gardasil, pourtant unanimement salué par les medias et les industriels, n’est que « cité au palmarès », ce qui ne correspond qu’à une amélioration « modeste » de la prise en charge, selon Prescrire. Coté Leem, on est évidemment beaucoup plus immodeste, estimant que « la lutte contre la maladie se poursuit tous azimuts et l’avenir semble s’annoncer sous de meilleurs jours ». Les deux, en revanche, pointent bien la même tendance lourde, présente depuis quelques années : la recherche se concentre dans les marchés de niche, maladies orphelines ou cancers rares. Les « grandes maladies », à l’exception notable du Sida, souffrent, elles, de cette fameuse panne pointée par Prescrire. L’espoir viendra-t-il de la pharmacologie ? C’est peut-être la seule question à se poser : la recherche et développement telle qu’elle se pratique à l’heure actuelle semble avoir atteint un horizon indépassable. Il faudra donc à l’avenir procéder autrement. Mieux utiliser les traitements actuels pour les adapter à chacun – c’est la pharmacogénomique – est déjà une piste, en attendant que les thérapies cellulaires et géniques portent réellement leurs fruits, ce qui n’est pas vraiment le cas pour l’instant, malgré les efforts des cliniciens et de la recherche publique. A l’avenir, on ne guérira plus une maladie, mais un malade.

Laurent Simon
Photo DR
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